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François de Salignac de La Mothe-Fénelon

François de Salignac de La Mothe-Fénelon
François de Salignac de La Mothe-Fénelon

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Prélat et écrivain français (château de Fénelon, Périgord, 1651 – Cambrai 1715).

Archevêque de Cambrai, mais aussi académicien, précepteur du duc de Bourgogne et controversiste célèbre, Fénelon est une figure très importante de la seconde moitié du xviie siècle, tant sur le plan littéraire que sur celui de la spiritualité mystique alors à son crépuscule.

Fénelon est issu d'une famille de noblesse périgourdine ancienne mais de fortune modeste. Un de ses oncles, l'évêque de Sarlat, surveille sa formation au collège jésuite de Cahors ; il étudie ensuite à Paris, au collège du Plessis, où il retrouva un autre oncle, membre de la Compagnie du Saint-Sacrement et ami de Vincent de Paul et de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice. Surtout, il se lie avec M. Tronson, supérieur de ce séminaire, et devint prêtre (ordination en 1675, doctorat en théologie de l'université de Cahors en 1677).

Ce docteur en théologie devient en 1678 et pour dix années supérieur des « Nouvelles Catholiques » (chargé de veiller au salut des protestantes nouvellement converties). Cette charge pastorale et celles qu'il assumera par la suite (il s'adonne à des missions dans le Poitou et dans la Saintonge) sont centrales dans sa vie d'homme d'Église attentif au rôle de la prédication et à la place à attribuer, dans ce cadre, à l'éloquence. En atteste la rédaction, en 1680, des Dialogues sur l'éloquence en général et celle de la chaire en particulier, quand il est encore un jeune abbé. Le prédicateur moderne doit à la fois expliquer simplement l'Écriture, transmettre un savoir, sans affectation, mais aussi ajouter l'enthousiasme et la véhémence propres aux Écritures et capables d'émouvoir. Sans chercher à plaire, le prédicateur doit persuader, viser l'efficacité qui sert de caution à l'art oratoire. Car Fénelon prêche, travaille la théologie au sein du groupe des disciples de Bossuet (celui-ci le charge d'une réfutation du Traité de la nature et de la grâce de Malebranche, qui ne sera publiée qu'en 1820), compose un Traité de l'éducation des filles (1687) et un Traité du ministère des pasteurs (1688). Lié au « clan » Colbert, lié bientôt à Mme de Maintenon, il est nommé en 1689 précepteur du duc de Bourgogne, héritier présomptif du trône. C'est pour ce jeune prince destiné à régner que Fénelon écrit ses Aventures de Télémaque, qui parurent en 1699 sans le nom de l'auteur et sans autorisation, lesté de toute une réflexion sur le pouvoir et ses impératifs. La narration des aventures, qui reprend le modèle traditionnel de l'institution du prince, met en scène les différentes vertus nécessaires pour bien gouverner (la prudence) et le tableau des erreurs et des hommes à fuir (les mauvais conseillers). Dans ce roman bâti sur le modèle de l'Odyssée, on voit Mentor former l'esprit de Télémaque par les critiques qu'il fait de la politique du roi de Salente, Idoménée. Qualifié de poème en prose par l'abbé du Bos (1719), apparenté à la tragédie, au roman héroïque, souvenir du roman grec, véritable roman d'apprentissage, les mutiples références génériques attestent les facettes complexes d'un ouvrage qui déplut à Bossuet pour son paganisme littéraire et son style. Si les narrations constituaient bien un art de régner traditionnel, elles dissimulaient aussi des formules qui censuraient l'absolutisme monarchique. Le livre fut mal reçu et l'auteur dut quitter la cour. Les Aventures de Télémaque sont un ouvrage complexe, retravaillé ces dernières années par la critique, qui lui a rendu une densité trop souvent négligée.

C'est vers la fin de 1688 que Fénelon rencontre Mme Guyon, une veuve devenue ursuline depuis peu. Elle fut l'occasion de ce que le pape, Innocent XII, appela « la malheureuse affaire » du quiétisme. Fénelon trouve, en effet, en Mme Guyon une femme dotée de cette expérience mystique que lui-même ne connaît qu'à travers des itinéraires qu'il a lus chez Benoît de Canfield ou Marie de l'Incarnation, par exemple. Par cette expérience que seuls les saints (les spirituels les plus expérimentés) connaissent, Mme Guyon disait « se perdre en Dieu jusqu'à ne plus se retrouver ». Dotée du plus haut degré de l'oraison que seuls les mystiques les plus élevés peuvent connaître, elle lui offre de voir et d'entendre ces manières de parler que les simples mystiques – dotés d'un savoir qui n'est pas la doctrine – inventent dans leur colloque divin. Mais le pur amour dont elle se réclame, l'état d'abandon et de passivité qu'elle met en poèmes dans ses Torrents spirituels, par exemple, inquiètent les autorités, qui croient y reconnaître les dangers du quiétisme du théologien espagnol Miguel de Molinos, condamné en 1687. Bossuet et deux autres ecclésiastiques examinèrent les écrits de Mme Guyon ; le 10 mars 1695, les articles d'Issy condamnent les écrits guyoniens. Fénelon est dévoré du désir d'expliquer, de rendre à la fois claires et acceptables les expressions de l'expérience mystique dont il ne doute pas et qui sont, à ses yeux, le fond même de la foi chrétienne à laquelle l'Église n'est pas toujours assez attentive. Affaire d'expérience, de simplicité et non de doctrine, il souhaite donner un dictionnaire de ces expressions mystiques que l'on ne veut ou ne peut plus comprendre en cette fin du siècle. C'est pourquoi il fait paraître son Explication sur les maximes des saints sur la vie intérieure en 1697, quatre ans après être entré à l'Académie et deux ans après sa nomination à l'archevêché de Cambrai. La disgrâce tombe en juillet 1697 et, deux ans plus tard, l'acharnement de Bossuet et de Louis XIV conduisent le Saint-Office à condamner certaines des propositions de son Explication.

L'affaire du quiétisme, qui signe la fin du mysticisme et du Siècle des saints en France, la réception indignée du Télémaque, obligent l'archevêque à quitter Versailles. Son titre de précepteur lui est retiré quant à Mme Guyon, elle est embastillée. La mort du duc de Bourgogne (1712) ruine les espoirs de Bossuet de retour vers le pouvoir. À Cambrai, Fénelon poursuit néanmoins une carrière de controversiste et d'écrivain : les lettres de direction qu'il rédige font plusieurs volumes, comme ses instructions théologiques, ses fables, et son lourd traité dialogué contre le système de Jansénius, qu'il dit écrire à la manière des Provinciales de Pascal. Persuadé que l'Église ne peut errer quand elle censure un ouvrage, sûr de l'infaillibilité de l'Église et du pape, Fénelon accepte la décision romaine et meurt à Cambrai, en 1715.