En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Jean Follain

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (Canisy, Manche, 1903 – Paris 1971).

Jalon essentiel dans l'histoire de la poésie du siècle, contemporain du surréalisme, qu'il croise seulement, sans le rencontrer, il embrasse la carrière de magistrat mais donne la fleur de son temps à l'écriture. Dans une effervescence d'époque, il croise des peintres, mais aussi Reverdy et Jacob, qui sont comme deux pôles possibles de son écriture, Paulhan, qui l'introduit à la N.R.F., Eluard, qu'il loue pour la transparence sobre de sa langue. Il se lie à l'école de Rochefort. Il est marqué par ses jeunes années (l'Épicerie d'enfance, 1938). La guerre lui permet de préciser ce qu'il attend de la poésie : une parole en prise avec le monde d'ici, rétive aux prétentions de l'intellect. Il préfère s'en tenir, comme son ami André Frénaud, à une simplicité exigeante, à une « poésie à hauteur d'homme ». Usage du temps (1943) puis Exister (1947, titre-programme) s'attachent au quotidien et au banal (Célébration de la pomme de terre, 1966), à l'infime et au ténu (ici une épingle, là une plume d'oiseau). Sa poésie donne relief à ces choses crues, proches de nous (la Table, 1984), que l'habitude et le contact répété que nous avons avec elles ont effacées et éloignées de notre vue. Cette attention aux choses les plus simples ne se sépare pas d'un projet qui tente d'éclairer la brièveté du passage de l'homme dans le monde et la permanence de celui-ci. Des poèmes courts, se centrant sur ce presque rien, en disent au revers la belle unicité mais aussi la sourde nécessité. Rendant leur visage aux objets, aux êtres que notre incurie menaçait, la poésie est une lumière sensible. Des gestes brefs, mille fois répétés acquièrent la dimension d'un cérémonial, d'un rituel.

Dans cette poésie de l'attention, rien n'est donné comme allant de soi, mais tout pose problème, participe au mystère, au « secret du monde / à l'odeur si puissante. » En poésie, le monde existe et le poème, dans la diversité de ses formes, en prose aussi, s'avance à la recherche d'un ordre et d'une belle unité dont la matrice, là encore, est à chercher du côté des enfances. Follain met en relation les objets – très souvent ceux du passé (il fut taxé de passéiste) – avec l'ensemble qui les contient dans un « ordre terrestre » (1986).