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Finlande

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Les éléments les plus anciens de la tradition orale finnoise remontent à l'âge de pierre, c'est-à-dire à la période où les anciens Finnois migrent des régions centrales de la Russie actuelle en direction des rives de la Baltique, pour aboutir dans la région des pays baltes ; ce sont, d'une part, le chant chamanique, incantatoire, et, d'autre part, une poésie épique cosmogonique : le mythe finnois de la création du monde comporte l'intervention d'un oiseau, aigle ou palmipède, dont l'œuf fournit les matériaux du ciel et de la terre. Les chants des pleureuses (itkuvirret), encore pratiqués de nos jours, ont également une origine très ancienne : dans cette forme poétique originale, proprement féminine, les vers, extrêmement longs, s'improvisent jusqu'à l'épuisement du souffle.

L'âge de bronze correspond pour la littérature orale finnoise à l'assimilation des influences baltes : c'est de cette époque que date la notion de kaleva, le forgeron mythique. Apparaissent aussi alors les chants sur la « naissance » du seigle, de la bière, ainsi que les chants du fer, de la fabrication d'une barque et de la création du kantélé, instrument de musique qui symbolisera la poésie dite kalévaléenne. Tandis que les anciennes divinités vont évoluer pour se rapprocher de la nature humaine (comme le forgeron, Ilmarinen, créateur du monde), la poésie lyrique s'enrichit d'un genre élégiaque, et on peut distinguer dans ce trésor anonyme la présence d'une personnalité féminine qu'on a appelée « la poétesse des oiseaux » à cause de nombreux éléments poétiques utilisant des symboles ornithologiques.

C'est au cours des premiers siècles de notre ère que les Finnois immigrent dans l'actuelle Finlande. Ils entrent en contact avec les Varègues. Des motifs guerriers sont alors introduits dans la poésie orale et les divinités deviennent des héros combattants. Des sujets nouveaux sont également empruntés aux sagas scandinaves, comme celui du Sampo, objet magique qui produit les richesses et le bonheur et qui constitue l'un des thèmes principaux de l'actuel Kalevala. Le personnage de Väinämöinen, à la fois chaman, barde et guerrier, s'enrichit des influences germaniques.

Développement de la littérature écrite

Dès l'arrivée des premiers missionnaires catholiques, consécutive aux expéditions militaires suédoises des xiie et xiiie s. qui finiront par faire de la Finlande une province de la Suède, les croyances et coutumes païennes sont refoulées vers les régions périphériques du pays, et, avec elles, la tradition orale, restée vivace jusqu'à nos jours dans les profondeurs des forêts caréliennes. Des légendes versifiées, d'origine allemande ou anglaise, sont adaptées dans la rhétorique autochtone (le Chant du Créateur, le Chant de la mort de l'évêque Henri, le Chant de Madeleine). Au xive s., l'adoption de la ballade scandinave est à la source de poèmes populaires remarquables, comme le Chant d'Annikainen et la Mort d'Élina.

La fin du xve s. voit les débuts de l'historiographie savante (les Chroniques des évêques de Finlande), et Jöns Budde, un moine de langue suédoise, est le premier écrivain finlandais. C'est Mikael Agricola, évêque réformateur, qui rédige les trois premiers livres parus en finnois : un Abécédaire, un Bréviaire et la traduction du Nouveau Testament (1548). Au xviie s., la domination suédoise devient sensible dans la vie spirituelle du pays. Quelques poèmes épars, d'inspiration religieuse, témoignent de la permanence de la création, malgré la situation précaire de la culture autochtone : au début du xviiie s., deux poètes finnois, Pärttyli Vhaël et Gabriel Calamnius, chantent les malheurs de la guerre et acquièrent une grande popularité.

Les débuts de la littérature

Le point de départ d'une vie culturelle proprement finlandaise se situe dans la seconde moitié du xviiie s. En effet, deux grands poètes de langue suédoise naissent en Finlande : Gustaf Filip Creutz et Franz Mikael Franzén ; le premier est un poète de cour d'inspiration française, l'œuvre du second est plus profondément ancrée dans le milieu de ses origines. C'est à Henrik Gabriel Porthan que revient le mérite d'avoir découvert le génie de la littérature orale finnoise. Suivant son exemple, plusieurs chercheurs recueillent, au début du xixe s. (alors même que la Finlande échappe à la Suède pour devenir un grand-duché russe), les éléments de la littérature populaire : la synthèse de ces travaux est accomplie par Elias Lönnrot, qui, à partir des poèmes populaires, partiellement découverts par lui-même, compose l'épopée nationale du Kalevala et la non moins célèbre anthologie de poésie lyrique, la Kanteletar. L'œuvre de Lönnrot constitue l'apothéose du romantisme national, mais les véritables maîtres de cette époque sont deux écrivains de langue suédoise : J. L. Runeberg, qui glorifie la nature et les habitants du Nord, et Z. Topelius, auteur de vastes romans historiques. La Société de littérature finnoise, créée en 1831 à Helsinki, se charge de défendre la culture nationale dans des moments difficiles, surtout lorsque la censure est décrétée par le tsar, grand-duc de Finlande, contre toute littérature « non-utilitaire ». En 1863, sous le règne du tsar Alexandre II, la langue finnoise sera reconnue comme langue nationale.

Aleksis Kivi décrit ses compatriotes avec humour, introduisant dans la littérature de son pays la dimension du réalisme : ce trait paraît à ses contemporains si choquant que son chef-d'œuvre, les Sept Frères (1870), sera interdit pendant trois ans. Kivi mourra sans connaître la gloire qui couronnera plus tard son œuvre. La voie du réalisme, ainsi ouverte, plusieurs écrivains importants y trouvent leur registre : Minna Canth lutte dans ses œuvres dramatiques pour la cause des pauvres et des femmes ; Juhani Aho propose des nouvelles pittoresques et des sortes de poèmes en prose, où s'exprime un amour mystique de la nature et de la solitude. Peu à peu, le pays se partage géographiquement. Les Suédois commencent à se sentir minoritaires et leur littérature reflète ce malaise : la poésie de K. A. Tavaststjerna et d'Arvid Mörne voit dans les côtes et les archipels le domaine où les Suédois se sentent chez eux, un peu isolés, alors que le cœur du pays, avec les lacs et les forêts, devient le paysage type de l'écrivain finnois. Arvid Järnefelt est dans cette perspective, entre autres, l'adepte le plus complet de l'enseignement de Tolstoï.

Le néoromantisme du début du xxe s. déferle sur le pays, englobant l'idée nationaliste et imprégnant tous les arts : c'est la période de Sibelius en musique, de Gallen-Kallela en peinture, et du jeune poète Eino Leino, qui réussit à renouveler le style kalévaléen dans ses ballades mythologiques et archaïques. Cependant, V. A. Koskenniemi, nourri de l'Antiquité gréco-romaine, tend à devenir le phare de la littérature finnoise en s'opposant à la spontanéité de l'inspiration de Leino.

L'accession à l'indépendance et la guerre civile de 1918 ne semblent pas avoir provoqué de grands changements dans la vie littéraire. Un seul écrivain de renom s'engage du côté communiste, Maiju Lassila-Algot Unhola, et sera assassiné pendant la guerre. Les romanciers Ilmari Kianto et Joel Lehtonen, comme les poètes Juhani Siljo et Bertel Gripenberg, louent ouvertement la gloire des « blancs » et des patriotes. La compréhension et la compassion seront les mobiles profonds de Sainte Misère (1919) de F. E. Sillanpää, dont l'œuvre est couronnée par le prix Nobel au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Avec lui, mais avec plus d'humour, Kianto et Lehtonen décrivent l'homme modeste et désemparé des régions les moins favorisées du pays.

Le mouvement moderniste

Dès le début du siècle, les poètes suédois de la Finlande semblent plus sensibles que leurs compatriotes finnois aux influences étrangères : Edith Södergran introduit ainsi dans le Nord le mouvement moderniste. Du côté finnois se constitue le groupe peu homogène des « Porteurs de feu », que fréquentent la plupart des écrivains importants des années 1920 et 1930. Le théoricien du mouvement est Olavi Paavolainen, qui se fait l'introducteur des idées cosmopolites. Deux grands poètes, Aaro Hellaakoski et P. Mustapää, ancrent solidement leur œuvre dans l'identité nationale. Aino Kallas s'inspire de l'histoire estonienne, et Maria Jotuni, auteur de comédies acerbes et de nouvelles dialoguées, fustige les conventions bourgeoises. Le milieu ouvrier et les tendances socialistes sont les thèmes des poètes Arvo Turtiainen et Elmer Diktonius. Hella Wuolijoki prend pour cadre de son œuvre dramatique le milieu paysan : c'est la série des Niskavuori, très appréciée par le grand public.

Mika Waltari débute parmi les « Porteurs de feu » ; il est le premier à écrire des romans sur la vie des bourgeois et des intellectuels des villes ; mais ce sont ses vastes fresques historiques (Sinouhé l'Égyptien) qui lui vaudront, après la Seconde Guerre mondiale, une renommée internationale. Un autre « Porteur de feu », Pentti Haanpää, connaît une carrière toute différente : dans ses nouvelles, dont la langue originale garde un caractère foncièrement rustique, il dépeint les habitants et les vagabonds des régions déshéritées, avec un humour parfois féroce. Cette veine sera reprise par Veikko Huovinen, dont les personnages évoluent aussi dans les forêts du Nord-Est.

Haanpää est le maître incontesté des juttu, ces brefs récits au style familier. D'autres genres de « prose miniature » sont particulièrement bien adaptés au caractère de la littérature finnoise. Juhani Aho a créé le lastu (le « copeau »), parfois humoristique, parfois proche de la poésie lyrique. Le pakina, encore plus répandu (et que l'on traduit en français par « causerie »), est principalement humoristique et a pour sujet l'actualité ou la vie quotidienne.

L'après-guerre voit l'influence de l'existentialisme avec Juha Mannerkorpi et Jorma Korpela, auteurs de romans à tendance éthique. La ville de Tampere, et plus particulièrement son quartier ouvrier, ne cesse cependant de donner à la littérature finnoise des auteurs majeurs : Lauri Viita, Väinö Linna, Hannu Salama. Cependant, au cours des années 1950, la littérature finlandaise voit poindre une nouvelle génération d'écrivains : Eeva-Liisa Manner, Paavo Haavikko, Pentti Saarikoski, Bo Carpelan bouleversent la tradition lyrique ; ils sont soutenus par Tuomas Anhava, rédacteur en chef de la revue Parnasso, qui contribue au succès de la poésie moderniste. Veijo Meri et Antti Hyry, pour leur part, renouvellent la conception traditionnelle du roman, Meri avec son sens extrême du grotesque, Hyry dans une perspective proche du nouveau roman français. Mais, depuis la parution du Soldat inconnu (1956) de Väinö Linna, la littérature traditionnelle finnoise se donne entre autres pour tâche l'analyse de l'histoire récente en dévoilant les côtés officiellement reniés de la guerre. Paavo Rintala, avec son Commando de la mort blanche, suscite des polémiques intenses, et la trilogie Ici sous l'étoile Polaire de Linna présente une nouvelle interprétation de la guerre civile et, par là même, de tout un siècle d'histoire finlandaise. Les années 1960 sont d'ailleurs marquées par la contestation politique. C'est l'époque des « chansons de cabaret » et des pièces lyriques engagées, comme l'Opéra de la mutinerie de Lapua d'Arvo Salo. Matti Rossi fait place aux événements mondiaux (le Viêt-nam et l'Amérique du Sud entrent dans la littérature finnoise), tandis qu'Alpo Ruuth et Lassi Sinkkonen renouvellent le roman social.

La réaction des années 1970 se manifeste par un retour marqué au roman régional : Eeva Joenpelto brosse l'histoire récente de son terroir au Sud-Ouest ; Kalle Päätalo décrit, dans un style qui lui vaut de grands succès populaires, la vie des habitants du Kainuu, au Nord-Est ; Eino Säisä est le peintre de la province de Savo, Heikki Turunen celui de la Carélie. Timo K. Mukka, de Pello en Laponie, les domine tous par le tragique de son œuvre et de sa destinée.

Tendances contemporaines

Le sentiment d'impuissance et l'angoisse existentielle sont de grands thèmes du roman contemporain. Dans les romans d'Olli Jalonen, les systèmes de protection dont s'entourent les individus constituent un risque social majeur. Jalonen crée ses personnages en puisant au plus profond de l'être, dans les rêves et les craintes, dans la logique inexplicable de l'existence et du cauchemar de la mémoire. Juha Seppälä, Kari Hotakainen et Jari Tervo ont brossé dans leurs romans un tableau facilement reconnaissable du temps présent. Leur style, fait d'une ironie souvent amère, dénonce l'absurdité et la cruauté du chaos humain. Arto Paasilinna se place également dans le monde des interdits et des libertés. Ses romans révèlent cependant une approche entièrement différente du mal de vivre des individus, et de leurs démêlés avec un système coercitif. Laila Hietamies et Kalle Päätalo ont su gagner, eux aussi, la fidélité de nombreux lecteurs grâce à des romans sous-tendus par un discours nostalgique qui renvoie aux expériences de jeunesse ; Hietamies fait revivre avec une nostalgie romantique l'histoire de la Carélie finlandaise qui se confond avec celle de la Russie ; Päätalo décrit d'un roman à l'autre le long et lent devenir d'un fils de la région de Kainuu.

Chez les auteurs féminins, le modèle épique met l'accent sur l'adaptation à la dure réalité quotidienne. Eeva Kilpi a suivi le sillon qu'avaient tracé Jotuni et Kallas en revendiquant pour les femmes le droit à une vie affective et à la sexualité, contre les préjugés et les réticences de la société. Annika Idström s'est intéressée à la puissance du mal et des tabous dans les relations interpersonnelles. Anja Kauranen (devenue Snellman) a examiné les grands moments marquants de la vie d'une femme et la difficulté qu'il y avait à suivre sa propre voie : son premier roman, Sonja O. est passée ici, a connu un grand retentissement. Les nouvelles de Rosa Liksom ont pour thème de prédilection l'exclusion des jeunes vivant dans les grandes villes et la mort lente des campagnes abandonnées. Dans son roman écrit en suédois, Adorables femmes à la plage (1994), Monika Fagerholm a décrit, non sans quelque ironie délicate, le choc du rêve et de la réalité chez les jeunes citadines.

La caractérisation essentielle de ces dernières années paraît être celle du mélange : interférences culturelles, multiplicité des genres, hommes, femmes, écrivains d'origine prolétaire et bourgeoise... La littérature confirme la vocation géographique, historico-politique de ce pays frontière entre l'Est et l'Ouest.