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Fekkârê Malakot

(Explication de la divinité)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Traité théologique éthiopien, en langue guèze.

Il date de la fin du xvie ou du début du xviie s., à un moment où les polémiques entre l'Église éthiopienne et les missionnaires jésuites suscitaient, de part et d'autre, la rédaction d'un grand nombre d'ouvrages de dogmatique. Les Éthiopiens réaffirmaient avec force la doctrine monophysite et discutaient, pied à pied, les problèmes de l'incarnation et de la grâce. Parmi les écrits de cette période (notamment le Trésor de la foi ou Histoire des quatre conciles, la Consolation de l'âme, le Miroir de l'intelligence), le Fekkârê Malakot tient une place à part, car il est l'œuvre des hérétiques mikaélites, violemment persécutés au xve s. par l'empereur Zar'a Yâ'eqob, mais qui profitèrent de l'occasion pour se manifester à nouveau : sous couvert de défendre le monophysisme (dont ils étaient des tenants intransigeants), ils exposaient, en filigrane, leur propre doctrine. Un pessimisme amer sur l'homme et le sentiment de la toute-puissance arbitraire de la divinité conduisent à l'idée – aux accents presque luthériens ou jansénistes – que l'homme ne peut faire son salut lui-même et qu'il est soumis à l'élection de la Grâce. Historiquement, la doctrine se rattache à la tradition gnostique, dont elle partage quelques traits essentiels : impossibilité de connaître Dieu directement, nécessaire graduation de l'accès à la connaissance, interprétation secrète de l'Écriture. L'ouvrage, dans lequel l'auteur anonyme utilise toutes les ressources de la rhétorique pour faire passer sa doctrine en des termes voilés, est d'une extrême complexité. Mais, au milieu d'arides discussions théologiques, surgit un passage authentiquement poétique que l'on considère comme une des plus belles pages de la littérature éthiopienne : c'est le voyage de l'homme à la poursuite de Dieu, à travers la multitude des éléments et des créatures et cet écart infranchissable, cet « abîme de feu », qui le sépare de la divinité.