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Jean-Pierre Faye

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1925).

Inaugurée par la poésie (ses premiers textes sont publiés en 1946 dans les Cahiers de la Table ronde), son œuvre s'oriente ensuite vers le roman. Dans Entre les rues (1958), le personnage principal est un malade lobotomisé, présenté comme foyer problématique de la conscience du monde et d'un métadiscours sur le récit, « car explorer l'espace de la narration, c'est entrer matériellement dans l'ossature et le cerveau connaissant ». Cette veine déconcertante engage Faye dans la voie d'une esthétique de la divagation, confirmée par la Cassure (1961), Battement (1962), Analogues (1964) et l'Écluse (1964), où l'auteur s'oppose à la fois à l'illusion référentielle de la mimesis et à une littérature qui se voudrait autonymique. S'impose ainsi « la saisissante illustration littéraire d'une phénoménologie de la perception » (Olivier de Magny), servie par un réalisme subjectif qui explore l'imaginaire urbain des capitales de la douleur. Cet ensemble, complété par les Troyens (1970), forme le cycle de l'Hexagramme, qui s'accompagne d'une réflexion sur le Récit hunique (1967), en même temps que le romancier devient aussi dramaturge (Théâtre et Hommes et pierres, 1964 ; les Grandes Journées du père Duchesne, 1983).

Philosophe de formation, Faye est une figure importante de l'avant-garde littéraire des années 1960, en rupture avec l'engagement sartrien. Il participe aux travaux de Tel Quel à partir de 1963, quitte ce groupe en 1967, par refus de l'outrance et du dogmatisme, et fonde, l'année suivante, le collectif Change. Il y poursuit, dans une perspective marxiste, ses analyses sur le diptyque Théorie du récit – Langages totalitaires (1972) et ses essais (Dictionnaire politique portatif en cinq mots : démagogie, terreur, tolérance, répression, violence, 1982), tandis que sa « prosodie du désir » (Inferno, versions, 1975 ; l'Ovale, détail, 1975 ; Yumi, 1983 ; Grandes Narrations de Bourgogne, 1983), mêlant intrigue amoureuse, affaire criminelle et histoire politique, engendre une complexité métrique peu commune (Couleurs pliées, 1965 ; Verres, 1978 ; Syeeda, 1980). Ce questionnement idéologique et littéraire sans cesse renouvelé (Commencement d'une figure en mouvement, 1980) débouche finalement sur le retour à la poésie (le Livre du vrai, événement violence, 1998).