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John Dos Passos

John Dos Passos
John Dos Passos

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain américain (Chicago 1896 – Baltimore 1970).

Contemporain de Fitzgerald et d'Hemingway, ami de Cummings, fils bâtard d'un self-made man, formé dans l'esthétisme « fin de siècle » de Harvard, ambulancier pendant la Première Guerre mondiale, voyageur en Europe, au Proche-Orient, en Afrique du Nord entre 1920 et 1939, il entreprend de totaliser la réalité nationale dans ses trilogies, USA (1930-1936) et District de Columbia (1939-1949). Malgré les contradictions, son œuvre présente en continu une protestation contre la société américaine en même temps que l'attachement à ses valeurs. Le hobo qui conclut la Grosse Galette (1936) est la figure des déshérités de l'Amérique, mais aussi de la multiplicité d'un espace qui a commandé les techniques nouvelles du collage, du montage, du simultanéisme. Les techniques de Dos Passos produisent un roman à la fois de l'individu et d'une collectivité sans centre de gravité (Manhattan Transfer, 1925). Quarante-Deuxième Parallèle (1930) expose le capitalisme sauvage. Dans la Belle Vie (1966), Dos Passos dit le secret de sa vocation : non pas faire l'histoire, mais refaire le temps dans l'évocation de l'histoire. Cette leçon se lit exemplairement dans Terre élue (1951). Le héros, orphelin ou artiste, a perdu les cadres cognitifs qui lui permettraient de se placer dans la réalité américaine. Défini par sa parole singulière, il incarne, parce qu'il est témoin, la voix publique et son existence se confond avec le social. Orient-Express (1927), De tous pays (1934), D'une guerre à l'autre (1938) présentent les seules figures rédemptrices : prieur et vagabond musulmans, paysan espagnol, tous vivent dans le présent et dans l'histoire, dans la solitude et dans la communauté, en eux-mêmes et hors d'eux-mêmes. Le récit de formation (Initiation d'un homme, 1920) devient peinture de l'indéterminé. Manhattan Transfer invente la technique de composition capable de fixer cette vision du monde. Influencé par la peinture (il peignit lui-même les gratte-ciel new-yorkais) et le cinéma (Eisenstein), Dos Passos utilise simultanéisme et montage pour réfracter la vie de la métropole dans une douzaine de personnages. Chaque chose, chaque être fait événement, et s'insère en un réseau discret. La concentration des événements et la condensation de la symbolique font de l'espace une miniature et la trace d'un devenir. La pathologie de la ville résume toutes les critiques sociales. Les allers et retours d'une scène à l'autre, commandés par le simultanéisme, fondent le réalisme sur un décalage constant des représentations du même objet.

Cette méthode de composition assure, tout particulièrement dans USA (trilogie composée de Quarante-deuxième parallèle, 1930 ; l'An premier du siècle, 1932 ; la Grosse Galette, 1936), la saisie du gigantisme américain et ne donne jamais les moyens d'une représentation synthétique. L'usage systématique de la technique impersonnelle, des récits autonomes, des références au cinéma permet la notation des points extrêmes sans rien hiérarchiser. Ce défaut de hiérarchie, témoignage du pessimisme politique de l'auteur, assure encore l'égalité et la continuité de la représentation qui apparaît syncrétique par son propre développement. L'épopée de l'échec est ainsi épopée du réel, en ce qu'elle exclut tout point de vue ordonnateur, et qu'elle fait de tout individu la mesure du quotidien. L'impersonnalité est à la fois le signe de la ruine de l'homme anonyme et le moyen de traduire une vaste coexistence des choses et des êtres américains, née du constat d'un défaut général de plénitude. En rapportant explicitement, après 1939, la recherche de la filiation à une idéologie conservatrice, Dos Passos se prive de l'ambiguïté constitutive de son univers romanesque. Aventures d'un jeune homme (1939), Numéro Un (1943), le Grand Dessein (1949) n'allient plus critique politique et innovation narrative, et conduisent inévitablement au roman quasi didactique (la Grande Époque, 1958) qui célèbre la libre entreprise (le Milieu du siècle, 1961).