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Philippe Desportes

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (Chartres 1546 – abbaye de Bonport, Normandie, 1606).

Né dans une famille de négociants aisés, tonsuré de bonne heure, le jeune Desportes reçut une instruction poussée. Ses études terminées, il entra, d'après Tallemant des Réaux, au service de l'évêque du Puy, qui l'emmena à Rome. De retour en France, il trouva un emploi auprès du marquis de Villeroy, secrétaire d'État de Charles IX, et fréquenta les plus importants salons littéraires. En 1573, il accompagne en Pologne le duc d'Anjou, que la Diète vient d'élire roi. L'accession de ce dernier au trône de France, en 1574, est l'apogée de la carrière politique et poétique de Desportes. Comblé de faveurs par Henri III, celui-ci fait paraître, de 1573 à 1583, les éditions successives de ses œuvres, dont le succès auprès du public mondain lui vaut une gloire qui éclipse celle de Ronsard. Sous le règne d'Henri IV, Desportes se tiendra plus écarté de la cour, entre l'abbaye de Bonport et son domaine de Vanves-lez-Paris, entouré de poètes.

Desportes est le type du poète de cour. Par son écriture d'abord, étroitement modelée sur le goût des mondains. Par la destination de son discours ensuite, un discours « de commande » dans lequel le poète ne fait, la plupart du temps, que prêter sa voix à de grands personnages de la cour : les Amours de Diane célèbrent plusieurs maîtresses d'Henri III, et les Amours d'Hippolyte, Marguerite de Valois, qu'un gentilhomme, Bussy d'Amboise, courtisait. Avec Desportes, une poésie de salon succède à la poésie inspirée et savante de la Pléiade.

Bien qu'elle ait connu, de 1573 à 1583, dix éditions successives et de constants enrichissements, l'œuvre de Desportes dans son ensemble – si l'on excepte la traduction des Psaumes à la fin de sa vie – n'a été marquée par aucun renouvellement important. Qu'il s'agisse des Amours (Amours de Diane, Amours d'Hippolyte, Amours de Cléonice), des Élégies ou des Mélanges, sa poésie a pour thème unique l'amour, en quoi elle se situe dans le prolongement de la Pléiade, en même temps qu'elle rompt avec elle par l'abandon des sources d'inspiration philosophiques, politiques, scientifiques. Une identique restriction de champ s'observe, au sein même de cette poésie amoureuse, dans le choix des modèles : tandis que, chez les poètes de la Pléiade, ceux-ci étaient relativement diversifiés (les pétrarquistes italiens s'y trouvant en concurrence avec les alexandrins, les élégiaques latins et les néolatins), Desportes se choisit un modèle unique : les Italiens (plus précisément, dans les Amours de Diane et d'Hippolyte, les néopétrarquistes Tebaldeo et Sasso, et, dans les Amours de Cléonice, les modernes Costanzo, Rota et Tansillo). Cela manifeste l'assujettissement de sa poésie au goût mondain, goût qui l'incite également à bannir la plupart des oripeaux « savants » sur lesquels se fondait la poésie des Ronsard, Baïf et Belleau (références mythologiques, archaïsmes, termes dialectaux, etc.) au profit de ce qui constitue son style propre – clarté, fluidité, une certaine facilité mêlée de mignardise –, un style marqué par la préciosité italianisante tout en préfigurant le dépouillement du futur vers malherbien.

Quant à sa traduction des Psaumes de David (1603), elle est destinée à un public catholique (alors que les Psaumes de Marot étaient destinés aux huguenots). L'œuvre est un jalon sur la voie de l'inspiration chrétienne, qui s'épanouira avec les poésies spirituelles de Corneille et les stances de son Polyeucte.