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Julio Cortázar

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain argentin, naturalisé français (Bruxelles 1914 – Paris 1984).

Après avoir enseigné dans des écoles de province, puis à Mendoza (la littérature française) et à Cuyo (l'anglais), il quitte l'Université par antipéronisme et devient gérant de la Chambre du livre à Buenos Aires (1945-1949). Il publie des articles de critique dans diverses revues, dont Sur, puis gagne la France, où il se fixera, après avoir publié son premier livre important, Bestiaire (1951), recueil de nouvelles écrites dans un langage d'une totale simplicité où apparaît déjà une constante de son œuvre, l'irruption du fantastique dans le réel, qu'on retrouve en 1959 dans les cinq fictions des Armes secrètes. Son premier roman, les Gagnants (1960), présente des personnages de diverses catégories sociales qui ont gagné une croisière à la loterie ; une fois à bord, ils doivent obéir à des règles mystérieuses que certains transgressent parfois au péril de leur vie. Symbole de l'absurdité de l'ordre établi ? Cortázar refuse toute interprétation. Toujours est-il que cette croisière insolite se double d'un voyage intérieur de chaque passager vers la confrontation avec lui-même dans la recherche de sa propre réalisation.

En 1962, Cortázar se rend à Cuba, expérience capitale qui fera de lui un ardent défenseur de la liberté et des peuples opprimés (en 1970, il est membre du Tribunal Russell). Cronopes et Fameux, petit livre déconcertant écrit au cours de ses séjours à Rome et à Paris entre 1952 et 1959 et publié en 1962, oppose deux sortes d'individus : entre les Cronopes, « désordonnés et tièdes », fantaisistes et imaginatifs, et les Fameux, tristes bourgeois ou fonctionnaires attachés aux conventions, point de communication possible. Livre-fleuve de 700 pages et de 155 chapitres, son « contre-roman » Marelle (1963) – dont le procédé de composition éclatée est repris dans 62, maquette à monter (1968) – suscite l'enthousiasme : le livre comprend trois parties, mais l'auteur signale que les trois étoiles qui suivent les deux premières peuvent correspondre au mot « fin ». La dernière partie (du ch. 57 au ch. 155) est composée de chapitres « non nécessaires », qu'un lecteur passif peut ne pas lire. Le lecteur actif, lui, est invité à collaborer à l'élaboration du roman en suivant, dans sa lecture, un ordre qui ne correspond pas à la succession normale du numérotage des chapitres. Ainsi, cette troisième partie doit être lue en commençant par le chapitre 73, que suivra la lecture du premier, puis du deuxième, pour passer au chapitre 116, revenir au troisième, aller au chapitre 84, etc. : c'est un tout autre roman qui naît de cette façon de procéder, et la démarche du lecteur s'apparente alors à la progression symbolique et apparemment désordonnée de l'enfant qui joue à la marelle, ou des personnages qui déambulent dans le labyrinthe des rues. Les chapitres ainsi intégrés apportent aux deux premières parties des éléments de réflexion sur la théorie littéraire et la métaphysique, qui donnent sa véritable dimension à l'ouvrage. Marelle, chronique d'une extraordinaire aventure spirituelle dénonçant l'establishment dans le domaine des lettres, est le premier roman latino-américain à se prendre lui-même comme sujet central et invite le lecteur à participer au processus créateur, contribuant ainsi au renouveau de la prose en Amérique latine. Il en va de même des recueils de nouvelles Tous les feux le feu (1966), Octaèdre (1974), et des récits du Tour du jour en 80 mondes (1967), cocasse mélange de textes les plus divers mettant en scène sa femme, son chat, lui-même et ses amis, morts ou vivants. L'insolite reste le dénominateur commun de ses dernières œuvres : Dernier Round (1969) est un mélange d'autobiographie, de réflexions sur les sujets les plus divers, d'essais, de contes, de poèmes, de dessins, de photographies et de documents de toutes sortes, tandis que le Livre de Manuel (1973) pose la question de la littérature et de l'engagement politique. Ses derniers recueils de contes (Façons de perdre, 1977 ; Un certain Lucas, 1979 ; Nous l'aimons tant, Glenda, 1980 ; Heures indues, 1984), construits sur l'équilibre entre réalité quotidienne et imaginaire, sont autant de portes ouvertes sur un autre univers. Cortázar a également publié des poèmes (Paemos y meopas, 1971), des essais sur des écrivains et des artistes (Territoires, 1978) et une traduction de l'Immoraliste de Gide (1981).

Parmi les maîtres de la littérature fantastique, ses compatriotes Borges et Horacio Quiroga ont eu moins d'influence sur lui que certains Européens : Cocteau, Apollinaire, Radiguet, les surréalistes, et surtout Jarry chez qui il trouve l'emploi de l'humour comme instrument d'investigation. Le dernier paradoxe de Cortázar n'est pas des moindres : ayant passé la majeure partie de sa vie à Paris, naturalisé français en 1981, il reste cependant une des expressions les plus pures de la culture argentine.