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Colombie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Dès le début de la conquête, l'actuelle Colombie connut une importante activité intellectuelle. Dans la capitale, on cultive la plupart des genres littéraires : Juan de Castellanos compose ses Élégies d'hommes illustres des Indes (1589), témoignage utile sur la vie des Indiens. Les chroniqueurs sont nombreux (Gonzalo Jiménez de Quesada, Lucas Fernández de Piedrahita). Les poètes locaux sacrifient au cultisme et au conceptisme importés d'Espagne ou traitent de thèmes religieux. Introduite en 1737, l'imprimerie n'eut d'activité régulière que vers 1770 ; en 1791, le Cubain Manuel del Socorro Rodríguez crée le premier journal important, suivi de l'Hebdomadaire du règne de Grenade (1808-1811) de Francisco José Caldas. C'est l'époque du néoclassicisme, illustré par José Fernández Madrid, Luis Vargas Tejada et José Joaquín Ortiz, déjà proche du romantisme, auquel appartiennent pleinement Rafael Nuñez, Julio Arboleda, Gregorio Gutiérrez y Gonzalez, Julio Flórez.

En prose, l'époque romantique est marquée par l'essor du costumbrismo, genre hérité de l'Espagne (José Manuel Groot, José Caicedo Rojas, Juan de Dios Restrepo, José Mariá Samper, Ricardo Silva, José Mariá Vergara y Vergara). Chez certains écrivains, le tableau de genre évolue vers le roman : ainsi chez Eugénio Díaz ou chez José Manuel Marroquín, fondateur de l'Académie colombienne (1871). Mais le chef-d'œuvre du roman colombien de l'époque est María (1867) de Jorge Isaacs, idylle romantique dans la lignée de Paul et Virginie et d'Atala, qui connaîtra un immense succès dans toute l'Amérique latine. La seconde moitié du xixe siècle voit s'illustrer des humanistes érudits ou philologues (Miguel Antonio Caro, Rufino José Cuervo, Marco Fidel Suárez, Carlos Arturo Torres).

La fin du siècle est dominée, en poésie, par José Asunción Silva dont le mélancolique Nocturne (1894) compte parmi les plus belles compositions de la lyrique espagnole. À côté de lui, Guillermo Valencia (1873-1943) représente le modernisme dans sa plénitude tandis que l'essayiste Baldomero Sanín Cano s'impose comme le critique le plus autorisé du mouvement. Vient alors la « génération du Centenaire » (1910, centenaire de l'indépendance), encore influencée par le modernisme (Ismael Enrique Arciniegas, Aurelio Martínez Mutis, Miguel Rasch Isla, Eduardo Castillo, puis Miguel Ángel Osorio, dit Porfirio Barba Jacob). Le roman poursuit la tradition du costumbrismo avec Tomás Carrasquilla (la Marquise de Yolombo, 1926) ou se rapproche du naturalisme (José María Vargas Vila). Mais le sommet du roman de l'entre-deux-guerres est la Vorágine (1924) de José Eustasio Rivera, récit de l'atroce existence des hommes condamnés à vivre dans l'« enfer vert » des forêts de caoutchouc.

En 1920 se produit une réaction contre le modernisme, déjà amorcée par Luis Carlos López, chez les poètes du groupe « Los Nuevos », animé par León de Greiff, Rafael Maya et Germán Pardo García. Tandis que Luis Vidales cherche sa voie dans le surréalisme et Jorge Artel dans la poésie populaire noire, se forme, en 1935, sous l'influence du poète espagnol Juan Ramón Jiménez, une nouvelle école autour de la revue Piedra y cielo, avec pour chefs de file Jorge Rojas, Eduardo Carranza et Arturo Camacho Ramírez, et pour principaux représentants Aurelio Arturo, Antonio Llanos, Tomás Vargas Osorio, Dario Samper. La génération suivante s'ouvre davantage aux problèmes du monde et se montre moins soucieuse de rigueur formelle : Oscar Echeverri Mejía, Fernando Charry Lara (Flamme d'amour vivant, 1986), Álvaro Mutis (prix Cervantès en 2001), Jorge Gaitán Durán (Si demain je me réveille, 1961), Carlos Castro Saavedra (Le Soleil travaille le dimanche, 1972), Maruja Vieira (Mes propres mots, 1986) et Meira Delmar (Laud memorioso, 1995).

Sous l'influence de José Eustasio Rivera, les romanciers puisent leur inspiration dans la réalité colombienne et se font les témoins de leur temps : José Antonio Osorio Lizarazo (le Jour de la haine, 1952), Eduardo Zalamea Borda (Quatre Années au bord de moi-même, 1930-32), Hernando Téllez (Cendres pour le vent, 1950). La violence du monde rural et la misère des villes inspirent une nouvelle génération de narrateurs de ton très réaliste (Clemente Airó, Manuel Zapata Olivella, Manuel Mejía, Arnoldo Palacios), tandis que la dictature fournit le thème d'un curieux poème satirique en prose à Jorge Zalamea (Le grand Burundu-Burunda est mort, 1952). Plus proche du roman psychologique se situe l'œuvre de Jaime Arila Casamitjana et d'Eduardo Santa. La poésie est marquée, dans les années 1960, par l'empreinte du nadaïsme (du mot espagnol nada, signifiant « néant »), mouvement contestataire animé par Gonzalo Arango, dont l'œuvre poétique ou dramatique se veut célébration du néant (la Consécration du néant, 1964). Tout en mettant en cause les valeurs traditionnelles de la société colombienne, les poètes de la nouvelle génération visent à créer un langage nouveau (Mario Rivero, Félix Turbay, Jaime Jaramillo Escobar, Alberto Hoyos, Miguel Méndez Camacho, Juan Manuel Salcedo). La prose reste aujourd'hui dominée par l'œuvre de Gabriel García Márquez, rendu universellement célèbre par son roman Cent Ans de solitude (1967), exilé volontairement de Colombie depuis 1997. Les autres narrateurs actuels restent proches de la réalité sociale tant pour le genre de la nouvelle, florissant, que pour le roman : Flor Romero de Nohra (les Rêves du pouvoir, 1979), Luis Fayad (Une leçon de la vie, 1984), Fanny Buitrago (Libère-nous de tout mal, 1989), Fernando Vallejo (la Vierge des tueurs, 1994), Fernando Soto Aparicio (Et l'homme créa Dieu, 1998).