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Chili

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Pays dont la conquête a inspiré l'une des meilleures épopées en langue espagnole, l'Araucana (1569) d'Alonso de Ercilla, le Chili s'éveille à la littérature avec le père Camilo Henríquez (1765-1825), fondateur du premier journal chilien (1812), puis, au lendemain des guerres de libération, accueille les esprits les plus éminents du continent : les Argentins Domingo Sarmiento et Juan Bautista Alberdi et, surtout, le Vénézuélien Andrés Bello (1781-1865). À l'époque romantique, tandis que José Joaquín Vallejo brosse, sous le pseudonyme de Jotabeche, de pittoresques tableaux de mœurs provinciales, José Victorino Lastarria exhorte ses contemporains à créer une littérature nationale d'essence populaire. L'essai politique est cultivé à la même époque par Francisco Bilbao et l'histoire par Miguel Luis Amunátegui, Diego Barros Arana, Benjamín Vicuña Mackenna. Si la poésie n'est guère représentée au xixe siècle que par Guillermo Blest Gana (1829-1904), le mouvement romanesque reçoit une vive impulsion d'Alberto Blest Gana (1830-1920), frère du poète. Après lui, Daniel Barros Grez, Baldomero Lillo, Luis Orrego Luco et Frederico Gana puisent aussi leurs thèmes dans la réalité nationale. Les bas-fonds des villes sont décrits avec crudité dans Juana Lucero (1902) d'Augusto d'Halmar, Un désaxé (1917) d'Eduardo Barrios et l'Ouvrier (1920) de Joaquín Edwards Bello. Parallèlement, romanciers et conteurs de l'école « criollista » (Mariano Latorre, Rafael Maluenda, Fernando Santiván, Luis Durand) s'inspirent des paysages et des coutumes du pays. Pedro Prado préfère cependant la pure fiction et l'allégorie, et Jenaro Prieto, l'humour et la satire.

En poésie, malgré la présence de Rubén Darío au Chili (1886-1888), le modernisme n'y a pas de représentant important. À partir des années 1920, on assiste au rapide essor du lyrisme avec l'apparition presque simultanée de trois figures majeures et internationales : Vicente Huidobro, introducteur du dadaïsme dans son pays ; Gabriela Mistral, prix Nobel en 1945 ; et, second prix Nobel chilien (1971), Pablo Neruda. Aux côtés de l'auteur du Chant général, il convient de nommer Pablo de Rokha (Vers d'enfance, 1916), Rosamel del Valle (Orphée, 1944), Juvencio Valle (Station de crépuscule, 1971), Julio Barrenechea (États d'âme, 1961). Le roman et la nouvelle sont surtout de facture réaliste : Salvador Reyes (Routes de sang, 1935), Marta Brunet (Solitude de sang, 1967), Francisco Coloane (Terre de feu, 1963). Mais le plus grand de tous reste Manuel Rojas (1896-1973), dont l'œuvre doit beaucoup aux techniques narratives des romanciers anglo-saxons.

Avec le triomphe du Front populaire (1938), la vie intellectuelle chilienne se politise et l'on voit surgir une nouvelle promotion d'écrivains saisis par l'effervescence sociale du moment. C'est la « génération de 1938 » (Nicomedes Guzmán, Reinaldo Lomboy, Juan Godoy, Fernando Alegría et Volodia Teitelboim). Certains poètes s'inscrivent aussi dans ce courant populaire (Oscar Castro), tandis que d'autres rejoignent le groupe surréaliste Mandragora, fondé par Braulio Arenas et Gomez-Correa en 1938. Lié au début à ce groupe, Gonzalo Rojas est une des voix les plus intenses de la poésie chilienne d'aujourd'hui, et Nicanor Parra, dynamiteur du vers dans ses « antipoèmes », une des figures les plus originales. Miguel Arteche, Enrique Lihn, Efraín Barquero, Armando Uribe et Jorge Tellier émergent de la génération postérieure. Dans le domaine romanesque se manifeste une nouvelle vague de narrateurs attachés à montrer le déclin des anciennes classes privilégiées (José Donoso, Enrique Lafourcade, Jorge Edwards, Claudio Giaconi, Jorge Guzmán et Hernán Valdés).

Après le putsch de septembre 1973, la vie intellectuelle chilienne marque un temps d'arrêt, la plupart des créateurs, hostiles à la Junte, se voyant bâillonnés ou contraints à l'exil. L'issue sanglante du gouvernement d'Allende inspirera deux excellents narrateurs de la « génération de 1938 », aujourd'hui exilés : Fernando Alegría (le Passage des oies, 1975) et Guillermo Atías (le Sang dans la rue, 1978). Un des meilleurs prosateurs actuels, Antonio Skármeta, consacre son roman Beaux Enfants, vous perdez la plus belle rose (1975) à la chute de l'Unité populaire et des espoirs qu'elle avait fait naître. Isabel Allende est une des premières romancières latino-américaine à connaître un succès mondial. Citons également l'œuvre de Luis Sepulveda et celle de Roberto Bolaño.

Le théâtre, après avoir puisé ses thèmes dans l'histoire ou le folklore du pays (Fernando Debesa, Luis Alberto Heiremans, Alejandro Sieveking), a évolué vers une peinture, souvent dénonciatrice, de la réalité sociale (Sergio Vodanovic, Egon Wolff, Victor Torres). Depuis le putsch, l'activité théâtrale, prodigieuse sous Allende, doit se poursuivre dans la clandestinité ou dans l'exil.

La poésie chilienne d'aujourd'hui est aussi, en grande partie, une poésie d'exilés et une poésie clandestine (Oscar Hahn, Waldo Rojas, Gonzalo Millán). Le moyen d'expression le plus original et le plus créatif que connaisse actuellement le Chili est celui de la chanson. De contenu populaire, celle-ci doit son essor, à partir des années 1960, à Neruda, dont de nombreux poèmes ont été harmonisés, et à la compositrice et folkloriste Violeta Parra. Les enfants de Violeta, Ángel et Isabel Parra, Víctor Jara, les groupes Quilapayun et Inti Illimani, connus en Europe, remarquables compositeurs et interprètes, comptent parmi les plus brillants représentants de cette forme de culture populaire.