En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

la Chanson de Roland

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Datée de la fin du xie siècle et d'auteur inconnu (même si un nom, Turoldus, apparaît au dernier vers), cette chanson de geste de 4 002 décasyllabes assonancés, dans laquelle on a vu le chef-d'œuvre de l'art de geste, est aux fondements du genre épique médiéval et d'une thématique neuve : les luttes de Charlemagne et de ses guerriers contre les « sarrasins » d'Espagne ; luttes qui ont pu à la fin du xie siècle entrer en résonance avec le mouvement de croisade en Terre sainte et en Espagne. La rédaction la plus ancienne de la Chanson (celle que reflète le plus fidèlement le manuscrit d'Oxford, xiie s.) est en effet contemporaine de la première croisade. La composition en est rigoureuse. La première partie relate la trahison de Ganelon, les combats livrés par Roland et ses amis dans le défilé de Roncevaux, la mort héroïque et sainte de Roland, précédée de celles d'Olivier et de l'archevêque Turpin. La seconde partie est consacrée à la victoire de Charlemagne sur l'émir Baligant, au châtiment de Ganelon, à l'annonce des luttes à venir. La laisse, suite de vers (ici des décasyllabes) en nombre variable, unis par l'assonance, est l'unité de base du récit. Les laisses sont parfois isolées mais le plus souvent liées entre elles (par la reprise avec variation du vers final de laisse au début de la suivante). La technique des laisses parallèles (les joutes des différents guerriers) ou des laisses similaires (la mort de Roland) est un moyen de suspendre l'action et de dilater l'espace-temps. S'élabore ainsi un mode de narration oscillant entre récit linéaire et haltes lyriques ou dramatiques. Quant au décasyllabe, articulé en deux hémistiches, il accentue l'effet de rythme incantatoire qui caractérise le Roland. Se forge simultanément un répertoire de motifs narratifs (combats, ambassades, scènes de conseil, etc.) et de motifs stylistiques, fondés sur la variation de formules stéréotypées, les « clichés épiques » qui deviendront aussitôt les constituants spécifiques de l'écriture de geste et dont l'origine remonte aux techniques d'improvisation orale des jongleurs. Un autre problème posé par le Roland concerne les modalités et les étapes de la transmission du matériau épique. Comment est-on passé de l'événement historique (la défaite imposée par les Basques ou les Gascons le 15 août 778 à l'armée de Charlemagne à Roncevaux) à l'affrontement mythique entre la chrétienté et l'Islam que célèbre la Chanson ? Parmi les hypothèses proposées, aucune ne s'est vraiment imposée. Mais l'esprit de croisade qui se propage à la fin du xie siècle a dû jouer un rôle prépondérant dans la réactivation des expéditions de Charlemagne en Espagne, l'auteur se montrant également sensible aux problèmes nouveaux posés par le système des relations vassaliques. Roland se définit avant tout comme le vassal, « l'homme » de son roi, Charlemagne, et de son Dieu. En substituant à la défaite de Roncevaux la passion d'un saint laïc, l'auteur du Roland, sans doute un clerc, interroge surtout l'auditoire qu'il convoque sur l'héroïsme, la démesure (la sagesse d'Olivier contre la folie de Roland) du guerrier face à sa fonction, à son destin, du vassal face à son roi, se vouant à un Dieu qui accepte et justifie son choix héroïque. À l'idéologie de la guerre juste, qui anime sans nuances la Chanson et ses personnages, on préférera sans doute la force vibrante de ces interrogations, des conflits, des passions qui animent aussi bien Ganelon, Charlemagne, la belle Aude que le couple Olivier-Roland.