En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Byzance

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature byzantine, du partage de l'héritage de Théodose le Grand (395) à la mort de Constantin XI sous les coups des janissaires (1435), est l'héritière de la tradition grecque antique. L'Empire de Constantinople, s'il est politiquement issu de Rome, est grec de sentiment et de culture. La continuité de la langue donne aux Byzantins accès aux œuvres anciennes, qui forment la base de l'éducation. Par ailleurs, la civilisation byzantine est tout imprégnée de christianisme, qu'elle doit à la littérature grecque chrétienne des quatre premiers siècles de notre ère, laquelle a contribué à diffuser et à formuler le message et les dogmes de la nouvelle religion. Les Byzantins, passionnés de religiosité, épris tantôt de mystique, tantôt de raisonnement, sont parvenus à identifier hellénisme et christianisme, et à considérer le christianisme comme un fait spécifiquement grec. L'attachement des lettres byzantines à la double tradition antique et chrétienne a eu sur l'expression linguistique une conséquence remarquable : la recherche de l'archaïsme dans l'écriture littéraire, à des degrés variables, corroborée par les usages savants de la langue des institutions.

De l'hellénisme au byzantinisme

Les ive et ve s. constituent une période de transition. La production littéraire païenne prolonge la pensée antique en un ultime éclat par la philosophie, la rhétorique, l'histoire, et l'esthétique virtuose des alexandrins par la poésie et le roman, alors que la production chrétienne réalise progressivement la fusion du christianisme et de l'hellénisme. La théologie, qui ne se distingue pas de la philosophie (Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome d'Antioche), lutte contre les doctrines païennes, mais est aussi marquée par les conflits doctrinaux (nestorianisme de l'école d'Antioche opposé à l'école d'Alexandrie et condamné par le concile d'Éphèse en 431). Le christianisme pénètre peu à peu les genres littéraires profanes : historiographie (Eusèbe de Césarée, Sokratès le Scolastique, Sozomène, Théodoret de Cyr, à côté de Zosime, qui reste païen), « roman » (Cyprien d'Antioche de l'impératrice Athénaïs Eudoxie, morte en 460), théâtre « savant » (dont la manifestation la plus célèbre est le Christ souffrant, récit de la Passion avec dialogues et chœurs).

Organisation de la pensée byzantine (vie-xe s.)

C'est à partir du moment où Constantinople exerce dans les domaines politique et administratif une action centralisatrice dans l'Empire que triomphe le byzantinisme. L'activité créatrice s'ordonne selon une certaine hiérarchie, au sommet de laquelle se situent les genres qui traitent des concepts théologiques et philosophiques ; viennent ensuite ceux qui ont trait à la vie religieuse dans le comportement humain ; enfin, les genres profanes font pendant à l'austérité des précédents. La pensée païenne cède définitivement devant le christianisme, que soutient l'Empire et dont il est lui-même le soutien (fermeture par Justinien des écoles philosophiques d'Athènes en 529). La vie intellectuelle se concentre dans la capitale. La production se manifeste d'abord avec éclat, se stabilise pendant deux siècles, pour connaître une nouvelle renaissance à la fin de cette période.

Le vie siècle

La littérature religieuse, abondante, atteste trois formes. Doctrinale (contre les hérésies nestorienne ou monophysite), elle trouve en Léontios de Byzance (vers 485-v. 542) un grand théologien, qui, par l'alliance du platonisme et de l'aristotélisme, fonde véritablement la scolastique byzantine. Un courant ascétique se développe en même temps : mysticisme populaire avec le Pré spirituel d'un Jean Moschos (mort en 619) d'une part, mysticisme plus élaboré, de l'autre, avec l'Échelle du paradis de Jean Climaque (vers 579-v. 649). Cette création en prose est complétée par la poésie liturgique des mélodes, dont le plus célèbre est Rômanos, auquel on doit une riche production hymnographique, tandis que la tradition alexandrine de l'épigramme reste vivace dans le cercle d'Agathias le Scolastique.

La chronique et l'histoire rattachent à l'univers chrétien le monde profane pénétré de religiosité. Si les historiens religieux (Théodore le Lecteur, Évagre le Scolastique) continuent l'œuvre de leurs prédécesseurs, les historiens profanes sont plus variés et originaux : Jean le Lydien, qui traite des magistratures romaines malgré sa méconnaissance du latin, et surtout Procope de Césarée (mort v. 562), peintre de la peste de 542-543 en Italie. La chronique est plus spécialement représentée par Hésychius de Milet, plus érudit, et Jean Malalas, plus vulgarisateur. Voyageurs, ambassadeurs, soldats ou marchands, les Byzantins ont parcouru toutes les routes et toutes les mers du monde de leur époque, mais ils n'ont laissé qu'un ouvrage géographique original, la Topographie chrétienne de Cosmas Indikopleustês.

Les viie et viiie siècles

Malgré les difficultés qu'éprouve l'Empire à l'extérieur (recul devant les assauts des Perses, des Arabes, des Slaves) et à l'intérieur (crises religieuses du monothélisme et de l'iconoclasme), c'est une période de consolidation, sinon de création, culturelle.

Dans la production religieuse, l'orthodoxie trouve des défenseurs en Maxime le Confesseur (vers 580-662), mystique autant que philosophe, et en Anastase le Sinaïte (mort apr. 700), plus nettement scolastique. L'hagiographie est représentée par Léontios de Néapolis, et l'hymnographie par André de Crète. L'iconoclasme est combattu par le patriarche Nicéphore (vers 758-829) et par Théodore le Studite (759-826). Mais c'est avec Jean Damascène (mort v. 749) que la théologie byzantine trouve sa plus complète expression : philosophe (Source de la connaissance, Sur la doctrine orthodoxe) autant que poète (Hymnes, Canons, Nativité), il est avant le schisme le théologien de l'Orient que l'Occident ne reniera pas.

Dans la production profane, très imprégnée de religiosité, la chronique l'emporte sur l'histoire avec Georges de Pisidie qui met en vers aussi bien la Genèse que les expéditions de l'empereur Héraclius, et Georges de Syncelle qui brosse un panorama de la création du monde à la mort de Dioclétien. Une poétesse, Cassia, un moment en faveur auprès de l'empereur Théophile, écrit des hymnes et des épigrammes.

Les ixe et xe siècles

Au redressement de la politique impériale, avec la dynastie macédonienne, correspond un renouveau des lettres. Le goût de l'humanisme antique donne lieu à une véritable renaissance. Mais l'érudition et le culte des œuvres du passé ne se dressent pas contre le christianisme. Ainsi le patriarche Photios (vers 820-v. 895), esprit encyclopédique, qui crée en quelque sorte la critique littéraire dans un vaste compte rendu de ses lectures (Myriobiblion), reste « le » théologien orthodoxe et incite à la rupture avec l'Occident romain : il contribue ainsi à former une conscience nationale dans l'Empire.

Nombreux sont les chroniqueurs. Érudits, ils édifient une philosophie de l'histoire – fait nouveau –, comme Théophane le Confesseur (vers 758-v. 818), soucieux de l'unité impériale et des principes capables de l'assurer, ou comme Georges le Moine, qui voit dans le pouvoir impérial une manifestation de la Providence.

Le goût de l'érudition, développé au xe s., est encouragé par les empereurs, souvent eux-mêmes écrivains et auteurs de traités (Léon VI le Sage, Nicéphore Phokas, Basile II). La philologie est illustrée par le Lexique de Suidas (ou la Souda). Syméon le Métaphraste dresse une collection des Vies de saints. Constantin Képhalas compose l'Anthologie (qui deviendra l'Anthologie palatine) des meilleurs poèmes païens et chrétiens. Jean Cyriotis, tout en faisant œuvre d'érudit, est aussi poète et hymnographe. De même, chroniqueurs et historiens sont volontiers théologiens ou moralistes : Syméon le Métaphraste, Théodore de Mélitène, Léon le Diacre. L'œuvre de Constantin VII Porphyrogénète (905-959) présente le tableau le plus complet de l'époque du point de vue des coutumes, des institutions et de la civilisation (De l'administration de l'Empire, le Livre des cérémonies).

Les événements extérieurs, notamment la menace de l'islam, inspirent la poésie. Le xe s. voit le début des chants populaires, qui vont se répandre peu à peu sur tout le territoire hellénique. Un cycle épique se constitue autour du héros Digénis Akritas.

C'est au ixe-xe s. également que se reconstitue le théâtre populaire de la liturgie. D'abord simples dialogues destinés à la lecture (Conversation entre Adam, Ève et le Serpent, du diacre Ignace), les récits dramatiques inspirés de la vie de la Vierge et de la Passion du Christ donnent lieu à des représentations dans les églises à l'occasion des grandes fêtes. La tradition se prolongera jusqu'au xve s. et le théâtre byzantin demeurera religieux, au rebours du théâtre antique ou du théâtre occidental.

Renaissance et dispersion (xie-xiiie s.)

Le relâchement provisoire de l'autorité impériale après la mort de Basile II (1025) permet un développement de la pensée libre dans les lettres, alors que domine la philosophie platonicienne. Le redressement dû à la politique des Comnènes favorise une renaissance culturelle, que suit la décentralisation de l'Empire de Nicée (1204-1261), avant la reprise en main des Paléologues.

Les xie et xiie siècles

Le schisme du xie s. a rendu définitive la rupture entre Byzance et l'Occident : l'orthodoxie est devenue un élément national. Toutefois, l'humanisme tempère parfois la rigueur des positions théologiques.

Trois courants de pensée se développent parallèlement. L'un, plus philosophique que proprement théologique, pénétré de rationalisme, est représenté par Michel Psellos (1018-1078), érudit universel et rénovateur de la prose. À ce mouvement s'oppose le mysticisme de Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), auteur des Amours des hymnes divines, traité d'ascèse spirituelle et de contemplation. Un troisième courant, moralisateur, revient au réalisme et à l'action avec Kékauménos (Stratêgikon), qui définit la conduite du citoyen et du soldat défenseur de Byzance.

L'avènement des Comnènes restaure l'autorité impériale, qui reprend le contrôle des activités littéraires : l'orthodoxie, protégée des hérésies des bogomiles et des pauliciens, s'accommode d'un humanisme qui ne la heurte pas systématiquement.

La philosophie s'émancipe de la théologie avec le Calabrais Jean Italos, néoplatonicien et condamné pour avoir soutenu la doctrine de la métempsycose, et Eustratios de Nicée (vers 1050-v. 1120), plus aristotélicien. Elle suscite, par ailleurs, des réactions chez des mystiques comme Nicétas Stéthatos (le Paradis intelligible) et Callistos Cataphygiotis (Chapitres sur la vie contemplative), et chez des moralistes comme Théophylacte d'Ohrid ou Eustathe de Thessalonique (De la simulation).

L'historiographie compte des grands écrivains. Anne Comnène, fille de l'empereur Alexis, écrit la chronique du règne de son père (Alexiade). Michel Choniate (1140-v. 1220) défend dans ses Discours les droits de l'hellénisme. Son frère Nicétas rédige l'Histoire de Byzance au xiie s. Le pessimisme apparaît chez les historiens qui pressentent la fin de l'Empire (Jean Tzetzès), cependant que Jean Zonaras (mort v. 1130), Constantin Manassès (1143-1181), Michel Glykas (mort v. 1204) restent fidèles à la chronique universelle plus ou moins officielle.

L'esprit satirique trouve sa place, à côté des grands genres, dans les poèmes de Théodore Prodromos (1115-1166), type du poète de cour solliciteur et malheureux. La littérature d'imagination donne cependant naissance, d'une part, au roman courtois (Hysmine et Hysmenias d'Eumathe Macrembolitos, Drosilla et Chariclès de Nicétas Eugénianos) et, de l'autre, dans la lignée du roman merveilleux Barlaam et Josaphat traduit du géorgien par le moine Euthyme, aux adaptations de légendes indiennes ou persanes (Syntipas, Stéphanitès et Ichnélatès).

Le xiiie siècle

La prise de Constantinople par les Croisés (1204) a pour conséquence une décentralisation politique et littéraire.

Dans l'État de Nicée, la tradition philosophique se poursuit avec Nicéphore Blemmydès (1197-1272), qui cherche à concilier réalisme et nominalisme. Deux de ses disciples sont des humanistes historiens et philosophes : Georges Acropolite (1217-1282) et Théodore II Lascaris (1222-1258).

À l'époque des croisades appartiennent les romans en vers de caractère chevaleresque Belthandros et Chrysantza et Callimaque et Chrysorrhoé.

À Trébizonde se crée au xiiie s. un centre culturel, à côté des activités pratiques et commerciales de cette province. Mistra, dans le Péloponnèse, est un foyer d'humanisme. En Épire, l'orthodoxie antilatine est défendue par Alexis Apokaukos (mort en 1345), Georges Bardanès, Chomatène. Néanmoins, certains théologiens tentent un rapprochement avec le christianisme romain, d'où deux conceptions qui partagent la pensée hellénique.

Derniers feux (xive-xve s.)

La reprise de Constantinople aux Croisés, les efforts des Paléologues n'empêchent pas l'Empire de s'acheminer vers sa ruine. La littérature, pourtant, demeure riche et atteste la diversité des courants de pensée qui ne cessent de s'opposer.

Une renaissance littéraire est préparée par deux grands esprits, historiens et philosophes : Georges Pachymère (vers 1242-v. 1310), hostile aux Latins, et Maxime Planude (vers 1260-1310), favorable à un rapprochement avec l'Occident. Cette opposition se poursuit au xive s. chez leurs disciples, Théodore Métochite (1260-1332), double défenseur des mathématiques et de la spécificité nationale et religieuse, et Théodore Méliteniote, plus universaliste.

La crise religieuse de l'hésychasme vient encore diviser la pensée théologique : Grégoire Palamas (vers 1296-1359), dans ses Oraisons, et Nicolas Cabasilas expriment le mysticisme pur, que combattent Barlaam de Calabre et Démétrios Cydonès (vers 1324-v. 1400).

L'hostilité aux Latins s'exprime chez Georges Gémiste Pléthon (vers 1355-v. 1450), tandis que le rapprochement est tenté par Georges Scholarios (vers 1405 – apr. 1472), devenu patriarche sous le nom de Gennadios II, et Jean Bessarion (vers 1402-v. 1472).

L'histoire compte des grands écrivains : Jean VI Cantacuzène, Nicéphore Calliste Xanthopoulos (mort v. 1335), auteur d'une Histoire de l'Église en dix-huit livres qui va jusqu'à la mort de Phokas. Jean Cananos et Jean Anagnotès décrivent les sièges de Constantinople en 1422 et de Thessalonique en 1430. L'Histoire de Romanie, de Nicéphore Grégoras (1296-1360), traduit la détresse de l'Empire. Doukas de Phocée décrit la conquête turque, et Georges Phrantzès (1401-1478) se lamente sur la chute de Constantinople, tandis que Critobule d'Imbros, en une langue déjà archaïsante, est le premier historiographe de Mehmet II.

Les contacts entre Byzance et l'Occident ont favorisé les œuvres d'imagination et d'épopée : la Chronique de Morée, rédigée par un demi-Franc, tient de l'histoire et montre l'interpénétration de deux cultures. Ce caractère se retrouve dans le roman de Lybistros et Rhodamné. Mais les chansons populaires contemporaines vont répandre et vulgariser les thèmes de la production savante, et préparer l'avènement du lyrisme dans la poésie nationale quelques siècles plus tard.

La littérature byzantine ne disparaît pas avec Byzance. Son héritage sera recueilli et préservera l'hellénisme sous la domination ottomane. Elle reste indispensable à la connaissance du monde grec, dont elle constitue un élément original, ainsi qu'aux rapports de l'hellénisme avec l'Occident et l'Orient.