En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

André Breton

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Tinchebray, Orne, 1896 – Paris 1966).

Fondateur du surréalisme, il maintient parfois avec intransigeance les principes d'origine du mouvement et une discipline collective, quitte pour cela à remettre en cause ses propres choix en matière d'hommes ou d'œuvres. La fidélité aux idées et aux émotions formées très tôt en lui, notamment une conception absolue de l'amour, n'exclut pas un sens de la quête permanente et le désir d'être toujours étonné. Il sera d'emblée attiré par la recherche de la modernité, mais vite insatisfait par les limites qu'il perçoit dans ce qu'on appellera les avant-gardes au début du siècle. Sensible à toutes les audaces esthétiques, il ne perd jamais de vue leurs implications morales, et la recherche de l'esprit « nouveau » ne le quittera pas. Il restera comme un remarquable rassembleur, et un éveilleur de conscience.

Jeune étudiant en médecine, puis mobilisé, il se passionne pour la psychiatrie, et fait la rencontre déterminante de Jacques Vaché en 1916, à Nantes. Avec notamment Aragon et Soupault, il fonde la revue Littérature. Les aînés Francis Vielé-Griffin, Paul Valéry, Apollinaire et la lecture de Rimbaud influencent ses débuts poétiques. Rassemblés dans Clair de terre en 1923, ses premiers poèmes désarticulent la phrase, se résument en prose ou en vers libres, privilégiant le « stupéfiant image » découvert avec les Champs magnétiques, ensemble de textes automatiques écrits en commun avec Philippe Soupault (1920). En outre, de 1920 à 1922, il participe aux activités parisiennes du mouvement dada, auquel il adresse un bel adieu, souhaitant que la poésie conduise quelque part. Posant en 1924 les principes du surréalisme, Breton refuse l'idéalisme absolu aussi bien que la version stalinienne du matérialisme dialectique. La Révolution surréaliste sera l'organe du mouvement, puis le SASDLR, où il tente de concilier activités artistiques et adhésion au P.C. de 1927 à 1935. Les Vases communicants font la part belle aux conceptions matérialistes (révolte sociale) mais tout autant à l'importance du désir. La rencontre de Trotski au Mexique en 1937 lui permet enfin de concevoir un art révolutionnaire indépendant, modèle transposable au monde entier. Exilé aux États-Unis de 1941 à 1946, il publie avec ses amis la revue VVV, et s'interroge déjà en 1942 sur le sens de l'activité surréaliste.

De retour en France avec Arcane 17, il donnera une nouvelle impulsion au surréalisme, s'appuyant sur des peintres comme Victor Brauner ou Jacques Hérold, s'efforcera de gérer un mouvement désormais international, et de rassembler plusieurs générations de surréalistes autour d'une revue (Néon, le Surréalisme même, la Brèche). Sur le plan individuel, si l'activité littéraire de Breton s'est centrée sur l'épreuve du réel et sur l'expérience de la toute-puissance du rêve, de la rencontre amoureuse et du hasard objectif, à travers la trilogie Nadja – les Vases communicants – l'Amour fou, quelques recueils témoignent de sa foi en l'universelle analogie, notamment les États généraux et l'Ode à Charles Fourier. « Transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l'entendement humain » : ce programme résume les positions des deux Manifestes du surréalisme ; le premier, en 1924, s'opposant à l'empire de la raison, fondait le surréalisme sur la connaissance de l'imaginaire ; le second, en 1930, réoriente l'aventure surréaliste dans un sens ésotérique.

L'apport du surréalisme dans l'élargissement du domaine pictural, et dans le reclassement des valeurs esthétiques (roman noir, Sade, Lautréamont, Rimbaud, romantiques allemands), doit beaucoup à Breton. De plus en plus, un pouvoir de réflexion singulier s'exprime dans la Clé des champs, ou Perspective cavalière, dans la lignée de ses premiers recueils d'articles. À travers ses engouements et ses expériences, Breton a su garder une étonnante faculté critique, et s'est imposé comme la conscience incommode du monde intellectuel.

Nadja (1928) est le premier d'une série de livres qui retracent des moments charnière de l'existence de l'auteur, ici la rencontre de Nadja en 1926, relatée à travers un journal qui inclut divers documents photographiques ou graphiques. Cet ouvrage met en évidence le rôle initiatique de la relation amoureuse et la faculté propre à certains êtres de provoquer les coïncidences du hasard objectif. Il tend à exacerber le conflit qui se développe entre l'être libre et doué d'allure poétique et une société normative jusqu'à l'enfermement psychiatrique.

L'amour fou, publié en 1937, est la confrontation significative des idées et de l'écriture de l'auteur au vécu, à travers un ouvrage inclassable situé entre l'analyse en situation des notions-clés du surréalisme comme la beauté convulsive, ou le hasard objectif qui préside à la rencontre des êtres ou des objets, et l'affirmation de la toute-puissance d'un amour entier et charnel, qui donne sens à la destinée humaine. Il correspond à un tournant dans la vie affective et morale de l'auteur, qui trouve ici une issue à un ensemble de conflits intérieurs.

Arcane 17, enté d'Ajours, paraît à New York en 1944. Ce livre mêle encore une fois le vécu immédiat de l'auteur, l'actualité historique et la continuité d'une réflexion qui s'arrête ici aux raisons d'espérer en l'avenir. L'étoile majeure est la femme, ressurgie dans son existence comme incarnation de Mélusine et de la femme-enfant, ceci au travers d'une méditation lyrique devant la merveille naturelle qu'est l'île Bonaventure, sur la côte de Gaspésie. Ce livre précède le retour de Breton en France et pose quelques jalons de sa future action au sein du groupe surréaliste.

Les manifestes. La préface aux textes automatiques de Poisson soluble deviendra le Manifeste du surréalisme (1924), acte officiel de naissance du surréalisme. Défendant les droits de l'imagination, il dénonce le réalisme et la logique cartésienne, et leur oppose le rêve et le merveilleux. Il y précise l'origine et la définition du surréalisme, lequel se présente comme une activité transversale qui trouve des points d'application dans tous les domaines, et ne connaît pas de limites temporelles, allant des œuvres du passé à la création la plus immédiate. Un certain nombre de techniques et de préférences esthétiques sont indiquées qui fournissent une orientation à la création surréaliste.

Le Second Manifeste du surréalisme (1930) est une tentative de recentrage sur l'acquis du mouvement et une volonté de prévenir toute déviation en rejetant les compromissions mondaines ou politiques. Il reflète la situation de crise du groupe qui se retourne en partie contre Breton. Sur le plan théorique, Breton approfondit ses convictions issues d'une confrontation entre l'hégélianisme et le matérialisme historique, tandis qu'il refuse de négliger les questions du désir, de la folie ou de l'art à l'avantage des questions sociales. Le mouvement surréaliste se donne pour tâche de surmonter les antinomies et d'atteindre le « point suprême ». En 1942, les Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non constatent l'effondrement général des valeurs. Breton appelle une critique de tous les systèmes, y compris le marxisme et la psychanalyse, refusant toute explication univoque du réel.