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Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain russe (Kiev 1891 – Moscou 1940).

Né dans une famille d'intellectuels russes, il devient médecin rural, expérience qui lui inspire les récits de Notes d'un jeune médecin (1917-1920), puis il est mobilisé dans l'armée blanche. Après deux tentatives manquées pour émigrer, il s'installe à Moscou. À cette époque (1924, pour la première partie) paraît son premier roman, la Garde blanche, dans lequel l'écrivain décrit la guerre civile du point de vue des blancs, et pose le problème de l'engagement des intellectuels, sans complaisance aucune puisque la faillite de ces derniers accompagne la débâcle de l'armée blanche, liée à la nullité de ses chefs. Kiev y est décrite comme la ville de l'apocalypse : pour Boulgakov, la Révolution constitua en effet la catastrophe définitive, dans la mesure où elle interdit le retour au monde, à la culture d'antan, à cette « normalité » dont la nostalgie ne le quittera jamais. Dans les années 1920 sont publiés plusieurs récits à caractère fantastique et satirique, Endiablade (1924), les Œufs du destin (1925). Cœur de chien, écrit en 1925, reprend le thème de la manipulation scientifique (un savant transforme son chien en homme) pour tracer un portrait très pessimiste de « l'homme nouveau », brute barbare et ignorante. On y trouve l'une des cibles favorites du comique boulgakovien, le système des appartements communautaires. La nouvelle est interdite et ne sera pas publiée avant 1987, de même que la deuxième partie de la Garde blanche, qui ne verra le jour qu'en 1966. L'interdiction coïncide avec le début de la période « théâtrale » de Boulgakov, mais là aussi, il est de plus en plus persécuté. Les Jours des Tourbine, adaptation de la Garde blanche, montée en 1926 par le Théâtre d'Art, suscitent la vindicte de la critique : le mot « boulgakovisme » est inventé pour évoquer toute tendance « rétrograde ». La campagne de dénigrement ne fait que s'accentuer avec les pièces l'Appartement de Zoïka (1926) et l'Île pourpre (1928), qui contient des attaques à peine voilées contre le régime. Paradoxalement, c'est la Fuite, pièce de 1927 qui porte pourtant un regard sévère sur l'émigration, qui est interdite. Il s'agit de l'œuvre dramatique la plus originale de Boulgakov : l'écriture mêle grotesque et fantastique pour dire ce moment où l'histoire plonge dans le chaos, où l'homme se retrouve seul face à sa culpabilité. Harcelé, sans ressource, il rédige une « lettre au gouvernement de l'U.R.S.S. » et, sur l'intervention de Staline, il est nommé metteur en scène adjoint au Théâtre d'Art. Cette expérience lui permet de renouer avec la prose, puisqu'elle lui inspire son Roman théâtral (inachevé, 1936), largement autobiographique : le héros est un écrivain dont la pièce est montée par le « Théâtre indépendant », mais qui ne résiste pas aux persécutions et aux intrigues et qui se suicide, renonçant ainsi à son œuvre et à la vérité artistique. Derrière des aspects satiriques et auto-ironiques, le roman poursuit la réflexion de Boulgakov sur le statut de l'écrivain face au pouvoir, entreprise d'abord autour de la figure de Molière, avec une pièce (la Cabale des dévots, 1930) et une biographie (la Vie de Monsieur de Molière, 1932) et qui trouve son aboutissement dans le dernier roman, le Maître et Marguerite. Rédigé tout au long des années noires (1929-1937), celui-ci est comme la somme de la création boulgakovienne, le centre d'où elle part et auquel elle revient ; c'est peut-être cette dimension organique qui explique, entre autres, l'impact créé par l'édition, fortement tronquée pourtant, du roman, en 1966. Le récit s'organise en deux lignes distinctes, réunies au dénouement. La première décrit la visite du diable et de sa suite à Moscou, où il sème la panique, et offre sur le mode comique une peinture sévère de la société soviétique tout en ravivant le motif apocalyptique. La seconde ligne est celle des amours de Marguerite avec le Maître, écrivain maudit, figure faustienne, auteur d'un manuscrit sur Pilate et le Christ, dont l'enchâssement au sein du récit premier rend la structure du roman encore plus complexe. Le Maître, désespéré par les persécutions dont il est l'objet, a brûlé son manuscrit, trahissant ainsi la vérité qu'il devait révéler, mais le diable les lui rend (« les manuscrits ne brûlent pas », répétera-t-on en U.R.S.S. à la suite de Boulgakov) tout en offrant au couple la mort salvatrice qui lui permet de triompher d'un monde hostile. L'expérience dramatique a laissé des traces dans l'écriture romanesque de Boulgakov, très théâtralisée. Son éblouissante virtuosité stylistique lui permet de fondre l'aspect mythologique, légendaire et épique avec un comique satirique, souvent proche du grotesque, au sein d'une œuvre qui peut se lire comme un hymne à la littérature et à la création en général.