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Jacques Bénigne Bossuet

Jacques Bénigne Bossuet
Jacques Bénigne Bossuet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Évêque et écrivain français (Dijon 1627 – Paris 1704).

Bossuet, l'« Aigle de Meaux », marque l'Église de France par son gallicanisme, son éloquence, sa haine du théâtre (Maximes et Réflexions sur la comédie, 1694) et son discours propre à soutenir la théorie politique absolutiste du droit divin. Élevé au collège jésuite de Dijon, puis au collège de Navarre à Paris, il fréquente ensuite l'Oratoire, la congrégation de Saint-Maur, les salons (l'hôtel de Rambouillet, où Antoine Arnauld le présente en 1642). Dévot à la manière de saint Vincent de Paul, il est apôtre de la Contre-Réforme, encourage les conversions, polémique avec les pasteurs, surveille les mœurs (il devient correspondant de la Société du Saint-Sacrement en 1660) et sait, au besoin, rappeler aux grands leurs devoirs dans ses brillants sermons (Sermon sur l'éminente dignité des pauvres, 1659 ; prédication du carême au Louvre, 1662). Soutenu par Anne d'Autriche, il est remarqué pour ses prêches à Paris et devient le grand responsable des oraisons funèbres des hauts personnages de la cour (d'Henriette de France, d'Henriette d'Angleterre, de Condé). Évêque de Condom en 1669, il est nommé précepteur du Dauphin en 1670. Il en tire un ouvrage d'érudition, le Discours sur l'histoire universelle, publié en 1681, mais se heurte à la mauvaise volonté de son élève et aux réalités de la cour, puis écrit pour le Dauphin une sorte de traité de gouvernement, la Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte (publiée en 1709), apologie d'un pouvoir fort et de droit divin qui associe les missions de l'Église et de l'État. Simultanément, son grand ouvrage théologique, l'Exposition de la doctrine catholique (1671) lui vaut une réputation européenne. Ami de Perrault comme de Boileau, il entre à l'Académie française la même année. Nommé évêque de Meaux à la fin de son préceptorat (1680), il fait alors figure de chef du clergé français. Son Sermon sur l'unité de l'Église, qui ouvre l'Assemblée du clergé en 1681 et s'efforce de définir la part des pouvoirs pontifical, monarchique et épiscopal, est reçu comme un manifeste du gallicanisme qui sert parfaitement le roi, dans son opposition à Rome. Militant catholique, Bossuet est de tous les combats : pour les droits ecclésiastiques et l'orthodoxie, contre les protestants (Histoire des variations des Églises protestantes, 1688), contre les quiétistes (il obtient la condamnation de Fénelon), contre les jésuites, contre Malebranche, contre Richard Simon... Son activité pastorale (rédaction d'un catéchisme, de textes de piété) et de directeur de conscience est intense. Dans cette dernière partie de sa vie (bien connue grâce à sa correspondance et au Journal de son secrétaire Le Dieu, grâce aussi, de 1690 à 1693, à sa correspondance polémique avec Leibniz sur la question de la réunion des Églises), il est peu à peu tenu à l'écart, malgré des honneurs ostensibles. Il prononce son dernier sermon, dans sa cathédrale de Meaux, le 18 juin 1702.

Bossuet est mieux connu, au xviie siècle, pour ses œuvres érudites et militantes que pour ses sermons et autres oraisons. Lui-même laissa d'ailleurs se perdre la plupart de ses Sermons ; environ 200 furent conservés sur 1 000 prononcés. L'ensemble des sermons conservés fut publié pour la première fois dans les Œuvres de Messire Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux (1772-1778). C'est donc plus tard, au xviiie siècle, qu'on en fit le modèle de l'éloquence sacrée, une éloquence chrétienne qui doit agir comme un sacrement, où l'auditeur recueilli entend le Verbe, et non des mots. Hors de la pompe et de l'ostentation, utilisant les références bibliques et l'érudition, de nombreux passages narratifs et souvent la polémique, il s'écarte des prédicateurs célèbres (Bourdaloue, Massillon) pour refuser un art oratoire de spectacle et viser une simplicité et une clarté qu'on appelle alors le sublime. L'usage fréquent du « je ne sais quoi » évoque la transcendance et les limites de l'analyse (« je ne sais quoi de divin s'attache au prince »). Si les sermons de jeunesse témoignent d'une agressivité militante, les autres textes conservés (qui sont des textes manuscrits rarement achevés, le sermon étant aussi affaire d'improvisation et de mémoire, plus que de publication) s'ordonnent sur un rythme plus majestueux (Sermon sur la Providence, 1656 ; Sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Église de Jésus-Christ, 1659). Ce sont parfois des manifestes gallicans (Sermon sur l'unité de l'Église, 1681, seul sermon imprimé du vivant de Bossuet), parfois des improvisations autour de périodes rédigées et de citations de l'Écriture, scandées comme des refrains. Prononcer un sermon, c'est donc « célébrer un mystère », à la manière de l'Eucharistie, et c'est aussi convaincre l'auditoire (Sermon sur la Parole de Dieu, 1661 ; Sermon sur le mauvais riche, 1662 ; Sermon sur la Providence, 1662 ; Sermon sur la mort, 1662 ; Sermon sur la justice, 1666 ; Sermon sur la conception de la Vierge, 1669).

Au contraire, les Oraisons funèbres sont de véritables textes, que Bossuet rédigeait entièrement et qu'il apprenait par cœur. Ce sont aussi un parfait exemple de la rhétorique qu'un ministre de Dieu peut employer face à la cour : les longs passages de louange des grands servent certes une politique d'allégeance à la monarchie absolue, mais surtout magnifient le message édifiant et la réflexion sur la mort, sur l'humaine condition (« Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain, et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines »). Au milieu des catafalques baroques et des extravagantes et éphémères architectures funèbres chères au Grand Siècle, ce rappel des vanités terrestres et des manifestations de la Providence est dominé par « ces grands mots de temps et de mort, qui retentissent dans les abîmes silencieux de l'éternité » (Chateaubriand, Génie du christianisme, III, 4). Les Oraisons parurent en 3 recueils en 1672, 1680 et 1689 (édition établie par Bossuet lui-même, réunissant les 6 discours concernant des personnes de sang royal), et dans leur intégrité en 1731. Bossuet prononça 12 éloges funèbres : ceux d'Yolande de Monterby, abbesse du Petit-Clairvaux (1656), d'Henry de Gournay (1658), du P. Bourgoing, supérieur général de l'Oratoire (1662), de Nicolas Cornet, grand maître du collège de Navarre (1666), d'Anne d'Autriche (1667), d'Henriette de France (1669), d'Henriette d'Angleterre (1670), de Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV (1683), d'Anne de Gonzague, princesse palatine (1685), du chancelier Le Tellier (1686), de Mme du Bled d'Huxelles, abbesse de Faremoutiers (1686), du Grand Condé (1687). Les oraisons consacrées à Anne d'Autriche et à Mme d'Huxelles sont aujourd'hui perdues.

Toutefois, on a trop souvent limité l'œuvre de Bossuet aux Sermons et aux Oraisons. Sa grande œuvre théologico-politique, le Discours sur l'histoire universelle (1681, revu jusqu'à sa mort), miroir du prince et traité de gouvernement, témoigne assez de la capacité du précepteur du Dauphin à réfléchir idéalement sur le pouvoir. Inspiré de la Cité de Dieu de saint Augustin, mais aussi d'Orose et de Salvien, ainsi que des travaux de l'abbé Diroys (Preuves et Préjugés pour la religion chrétienne et catholique) et de l'abbé Fleury (Projet d'histoire universelle), l'ouvrage superpose une interprétation théologique de l'histoire menée par la Providence à une conception déterministe de l'action politique tirée de Polybe : Dieu intervient pour « humilier les princes », l'expérience sert parfois aux rois, jamais aux peuples, et le despotisme de la loi n'est jamais trop fort pour contenir l'action dissolvante de la liberté.

Enfin, les Maximes et réflexions sur la comédie (1694) montrent combien cet éloquent prêcheur est à la fois fasciné et révulsé par le théâtre, art rival de la chaire. Écrit en réponse à une lettre du P. Caffaro qui servait de préface à une édition des œuvres dramatiques de Boursault, cet ouvrage condamne toute forme de théâtre comme immorale : l'invincible attrait des passions et de la concupiscence comporte trop de dangers pour être représenté.