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Tadeusz Borowski

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète et nouvelliste polonais (Jitomir, Ukraine, 1922 – Varsovie 1951).

Né dans une famille polonaise sur un territoire annexé par l'U.R.S.S., il a 4 ans lorsque son père est déporté en Sibérie pour activité patriotique polonaise. Sa mère est déportée l'année suivante. Son frère et lui, recueillis par des parents éloignés, connaissent la misère avant de gagner seuls la Pologne en 1932 où leurs parents libérés s'installent à Varsovie. L'incroyable talent du jeune poète apparaît en 1942 lorsqu'il publie clandestinement son premier recueil de poèmes Où que soit la terre. Pris dans une souricière de l'occupant allemand en février 1943, Borowski connaît successivement les camps de concentration d'Auschwitz, Brzezinka, Natzweiler-Dautmergen, Dachau où il se dévoue comme infirmier, toujours de bonne humeur, porteur de sérénité et de consolation. Les poèmes qu'il écrit alors sont des chefs-d'œuvre d'émotion exprimée par des métaphores audacieuses avec une grande économie de mots. Libéré à Dachau par la vie armée US, il ne pèse que 35 kg, mais se sent animé par la volonté d'écrire ce qu'il vient de vivre. En novembre 1945, il termine les quatre nouvelles Chez nous à Auschwitz, les Hommes qui marchaient, Une journée à Harmenzee, Au gaz, messieurs-dames qui sont parmi les meilleures de ses œuvres en prose. Il séjourne en Allemagne, en Belgique et en France, supporte mal « l'enthousiasme des hommes à instaurer de nouvelles hiérarchies », rentre à Varsovie, travaille comme assistant à l'Université et publie des œuvres qui provoquent des scandales successifs. En littérature, l'heure est au martyre, à la fraternité des victimes et à la méchanceté des bourreaux, tandis que dans le recueil de nouvelles l'Adieu à Marie (1947), Borowski présente le camp de concentration comme un système où tout homme est pris dans l'engrenage du mal, où la mort s'effectue dans le silence, guettant chacun, conséquence de l'incommunicabilité entre les bourreaux et les victimes. Tout peut arriver parce que le caractère sacré de la vie humaine a disparu et, au terme de cette logique, le mécanisme du camp s'efforce de supprimer jusqu'à la dualité entre l'action et la pensée. Mettant les individus en concurrence, le camp crée des alternatives inhumaines, l'homme affamé doit se conduire comme une bête et se sentir tel. Être survivant, c'est avoir pu tiré profit de la mort d'un autre. Comme ses premiers textes, le Monde de pierre (1948) est rédigé dans un style où une objectivité tenue, en apparence dépourvue de tout affect, fait surgir au détour des mots la cruauté d'un univers dont pourtant les seuls protagonistes sont des êtres humains sensibles et normaux. La lecture de ces pages est parfois difficilement soutenable. Accusé de cynisme, l'auteur est rendu responsable des agissements de son personnage et évite de justesse d'être traduit en justice. Le P.O.U.P. condamne ses écrits de camp, Borowski s'engage dans le réalisme socialiste et reçoit des prix pour des textes secondaires. De plus en plus dépressif, il se suicide le 1er juillet 1951. Son œuvre écrite entre 1939 et 1948, tant en vers qu'en prose, est d'une qualité littéraire exceptionnelle, elle est également le témoignage du vécu immédiat d'un homme qui confirme les théories d'Hannah Arendt sur le totalitarisme sans jamais les avoir lues.