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Nicolas Boileau

dit Boileau-Despréaux

Nicolas Boileau
Nicolas Boileau

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1636 – id. 1711).

Issu de la bourgeoisie de robe, il entre très tôt dans le monde littéraire, grâce à son frère Gilles. Sa vie durant, il est mêlé à toutes les grandes « affaires » qui remuent la cour et la ville. Pour toutes les questions d'esthétique, de morale, de religion, il a son mot à dire.

Ses premières publications sont des Satires (1666-1668), genre littéraire légitimé par le modèle antique (Horace, Juvénal), mais contesté pour son agressivité. Boileau y raille les mœurs du temps (VI, dite « des embarras de Paris »), ou la vie littéraire et les auteurs galants à la mode (II, III, VII). Ces satires lui valent la réputation d'être un esprit chagrin, de solides inimitiés et des attaques, auxquelles il réplique (Discours sur la Satire). Remarqué, il compose dans un genre voisin, mais plus apaisé, sur le mode de la conversation familière, voire de la confidence, ses Épîtres (1669-1677), sur le modèle horacien encore : il y parle de ses soucis d'écrivain, de son goût pour les plaisirs des champs (VI, XI). Mais on trouve aussi des éloges au roi (I, IV, VIII) et des développements d'esthétique (VIII, IX). Son œuvre la plus célèbre en ce genre, sur le modèle de l'Épître aux Pisons (III, 3) d'Horace, est l'Art poétique (1674).

Le premier chant traite des règles générales communes à tous les genres et brosse un tableau de la poésie française du Moyen Âge à Malherbe. Le second étudie les genres secondaires (idylle, ode, sonnet, épigramme, ballade, satire, etc.). Le troisième chant est consacré aux grands genres (tragédie, comédie, épopée) et oppose merveilleux païen et merveilleux chrétien. Le quatrième édicte les règles de vie et de caractère qui s'imposent à l'écrivain. Boileau se distingue de son modèle sur deux points capitaux : d'abord, par un parti pris de systématisation de l'exposé ; ensuite, paradoxalement, par son dédain du fondement philosophique de la théorie poétique. Il reprend pour l'essentiel les principes poétiques de Malherbe – la recherche d'une expression condensée et signifiante – et la conception morale de la littérature, héritée de l'humanisme français et qui est celle des « doctes », mais adaptée à une société où le monarque et sa cour sont devenus les repères du goût et des mœurs. Quant aux « règles » de l'art dramatique, il s'inspire directement de Chapelain et de l'abbé d'Aubignac. On peut penser que Boileau condense et appauvrit en slogans à usage mondain (son traité y reçut effectivement un accueil triomphal) les réflexions théoriques chères au Père Rapin (Réflexions sur la poétique d'Aristote, 1673). Mais, en prônant vraisemblance et bienséances, raison, clarté, mesure, équilibre, il définit pour la postérité le « classicisme » de quelques-uns de ses grands contemporains (Molière, Racine, Bossuet). Quelques vers vigoureux restés célèbres ont fait de Boileau un héraut de la conscience (« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », I, 172) et de la méthode professionnelle (« Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable », III, 48 ; « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement », I, 153). Citons encore « Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable » (Épître IX, 43).

Boileau s'engagea également dans deux domaines de controverses, à la fois littéraires et philosophiques. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, il prit vigoureusement, contre Perrault, la défense des Anciens (Réflexions sur Longin) ; mais dans l'Arrêt burlesque (1671), il prend position, en matière « philosophique » (c'est-à-dire scientifique aussi) pour Descartes contre Aristote. Vieillissant, il se rapprocha des jansénistes, produisant des textes marqués par une critique âpre des mœurs modernes (satire Sur les femmes, 1694), par la spiritualité (épître Sur l'amour de Dieu, 1695), par la lutte contre les conceptions « jésuitiques » du religieux : le burlesque du Lutrin (1672 et 1683) tourne en dérision, en traitant une querelle de clocher comme une épopée ridicule, un clergé médiocre ; la satire Sur l'équivoque (publié en 1711) s'en prend à la casuistique jésuite. Par ses sympathies pour le jansénisme il s'aliène Louis XIV, qu'il avait jusque-là fidèlement servi (en 1677, il avait été nommé historiographe du roi en compagnie de Racine). Cette fausse note dans une longue carrière de courtisan est peut-être le révélateur du discernement littéraire de ce « grand poète, mais dans la demi-poésie », comme le notait Joubert en 1800.