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Maurice Blanchot

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Quain, Saône-et-Loire, 1907 – Le Mesnil-Saint-Denis, Yvelines, 2003).

Inaugurée par Thomas l'obscur (1941) et Aminadab (1942), son œuvre narrative ouvre une méditation sur la création qui ressortit à la fois à l'inquiétude métaphysique (l'Arrêt de mort, 1948 ; le Très-Haut, 1948), au sentiment d'exil et de solitude (Celui qui ne m'accompagnait pas, 1953), et à l'expérience d'un temps insaisissable (Au moment voulu, 1951 ; Après coup, 1983). La conscience est sujette à l'Attente, l'Oubli (1962), défaite par le flottement et les contradictions de sa propre parole, menacée par la Folie du jour (1973) que génère le Ressassement éternel (1951). C'est dire combien ces récits, dont le fantastique procède d'une angoisse ontologique, battent en brèche les certitudes du réalisme.

Parallèlement, Blanchot poursuit une réflexion critique éclectique et profuse, souvent convergente avec la pensée de Bataille (Lautréamont et Sade, 1949 ; l'Amitié, 1971). De ces nombreux essais il ressort que le concept de fiction a cessé de constituer un repère stable, au point que l'existence même de la littérature est mise en doute. Hantée par des revenants, l'écriture se révèle un exercice anonyme, indifférent à la grandeur (De Kafka à Kafka, 1982). De fait, après Faux Pas (1943) et la Part du feu (1949), organisés autour de la figure, mythifiée, de Mallarmé, l'Espace littéraire (1955) se définit désormais sous « le regard d'Orphée ». Tendu entre la préhistoire de la Bête de Lascaux (1959) et l'horizon eschatologique d'une Communauté inavouable (1983), l'Entretien infini (1969) avec la production d'autrui s'inscrit dans une perspective heidegerrienne : s'il est vrai que le propre de l'homme est la possibilité de sa négation, rien ne répond mieux à cet appel que l'œuvre art, où commence la fin (le Pas au-delà, 1973 ; l'Écriture du désastre, 1980). Écrire, c'est faire advenir la non-présence du « désœuvrement » moderne, si bien qu'il ne peut toujours s'agir que d'entrevoir le Livre à venir (1959), auquel correspond le fantasme romanesque du Dernier Homme (1957).