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Louis Jacques Napoléon, dit Aloysius Bertrand

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Ceva, Piémont, 1807 – Paris 1841).

Ce poète maudit est considéré comme le créateur du poème en prose français. En 1815, sa famille se fixe à Dijon, dont le riche passé artistique était propice à alimenter une imagination visionnaire. Il participera à plusieurs journaux régionaux, le plus souvent aux idée avancées, dans lesquels il publiera quelques pièces et réussira à se produire chez Hugo, Nodier ou Sainte-Beuve avant de finir, phtisique, dans la misère et sans parvenir à publier son œuvre essentielle, Gaspard de la nuit, qu'il ne cessera de retoucher jusqu'à sa mort et qui paraîtra enfin en novembre 1842. Loué par Baudelaire, le recueil de « fantaisies » (52 pièces réparties en 6 « livres ») finira par connaître une extraordinaire postérité chez les poètes comme chez les prosateurs, voire les musiciens. Ce qui séduit aujourd'hui, c'est de fait moins l'utilisation de tout un attirail à la mode (gothique, noir ou à la Walter Scott, fantastique hoffmannien, peinture hollandaise) que la capacité à créer un climat onirique, à exprimer puissamment hantise de la mort et violence historique, et à inventer une forme poétique nouvelle qui garde toute sa modernité. Un imposant paratexte, dont on retiendra surtout deux préfaces-manifestes où l'auteur place, avant Rimbaud, la poésie sous le signe de l'alchimie et de la peinture, sert le projet révolutionnaire en l'inscrivant dans une continuité tant poétique que prosaïque, tant scripturale que picturale. Le modèle de l'eau-forte, s'il justifie la présence marquée des éclairages volontiers vespéraux et nocturnes, avec une prédilection pour la lune et tout ce qui flamboie, est avant tout prétexte à une mise en œuvre systématique de la discontinuité, marquée notamment dans la typographie par l'importance attribuée aux blancs et aux tirets mais qui se manifeste aussi stylistiquement dans l'alternance de constructions simples et complexes, les nombreux changements de temps et de personnes, le brouillage des voix produit par les entremêlements de discours hétérogènes. Il s'agit d'inventer un « nouveau genre de prose » plus apte que le vers à mêler le grotesque au sublime, à autoriser l'irruption d'une forme nouvelle de lyrisme « impersonnel » sans confidence ni sentimentalité ; usant de l'humour et de l'ironie, le poète se dérobe. Mallarmé et Breton (« Bertrand est surréaliste dans le passé ») plus que tout autre sauront pourtant entendre Bertrand et lui rendre justice.