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Henri Bernardin de Saint-Pierre

Henri Bernardin de Saint-Pierre
Henri Bernardin de Saint-Pierre

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Le Havre 1737 – Éragny-sur-Oise 1814).

Les premières années de Bernardin furent celles d'un jeune homme en mal de carrière. Fort de son savoir scientifique et d'une première expérience outre-Atlantique, il tenta de réussir comme ingénieur du génie dans l'armée, qui l'envoya à Malte, puis auprès de Catherine II, où il subit un nouvel échec. Instable et insatisfait, Bernardin multiplia les projets et les mémoires pour les ministères français. Il repartit pour un séjour de trois ans à l'île Maurice : la publication en 1773 du Voyage à l'île de France, où il consignait ses observations scientifiques aussi bien que ses méditations lyriques, attira l'attention sur lui et lui ouvrit les salons littéraires de la capitale. Son ressentiment à l'égard des écrivains en place le rapprocha de Jean-Jacques Rousseau, qu'il fréquenta durant ses dernières années, et l'amena à s'opposer à la philosophie des Lumières. Contre elle, il développa son apologie du sentiment et de la sensibilité, ainsi que sa foi dans la Providence, dans une somme parue en 1784, les Études de la nature, texte mi-philosophique mi-lyrique qui entend rétablir les droits du cœur contre un rationalisme desséchant et prouver la présence de Dieu partout dans la nature, contre une philosophie des Lumières tendant au matérialisme et à l'athéisme. Est joint à l'édition de 1788 un épisode destiné à illustrer la bienfaisance de la nature : Paul et Virginie. Le récit acquit rapidement son autonomie et fut réédité indépendamment du traité philosophique. Deux mères, l'une de souche noble et l'autre roturière, mais toutes deux exclues d'une société métropolitaine oppressante, viennent chercher refuge dans la nature luxuriante de l'île de France, que Bernardin décrit avec une précision nouvelle dans la littérature française. Le récit progresse dans un foisonnement de couleurs et de formes et devient une sorte de pastorale, où la beauté matérielle est chargée de symboliser la beauté morale. C'est dans ce cadre idyllique que ces mères élèvent deux enfants promis l'un à l'autre. Rien ne semble s'opposer à leur bonheur, malgré les violences du climat tropical et les brutalités d'une société esclavagiste. Une riche parente de Virginie rappelle la jeune fille en Europe. Incapable de s'adapter à l'hypocrisie européenne, celle-ci ne prend le chemin du retour que pour périr dans un naufrage au large de l'île, sous les yeux de Paul, car elle avait refusé de se déshabiller pour être ramenée sur le rivage. Martyre de la pudeur, elle est pleurée par Paul, qui ne tarde pas à mourir de chagrin, tout comme les deux mères. Cette fin pathétique contribua à l'immense succès du roman, qui devint l'un des grands textes littéraires de la reconquête catholique de la France après la Révolution. Quant aux malheurs de Paul et de Virginie, ils rencontrèrent un succès beaucoup plus large, et ce récit à la gloire de l'innocence et de la pudeur fut vite salué comme un chef-d'œuvre. Les gouvernements révolutionnaires, attentifs aux accents antiesclavagistes de l'œuvre, nommèrent l'auteur intendant du Jardin des Plantes (1792), puis, en l'an III, professeur de morale à l'École normale. Contre les vices de la civilisation et les dangers d'une réflexion uniquement rationnelle, l'idéal de Bernardin de Saint-Pierre resta l'innocence campagnarde et la régression idyllique dans des terres lointaines (l'île de Paul et Virginie, ou l'Inde de la Chaumière indienne en 1791), en contact immédiat avec la nature et Dieu.