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Georges Bernanos

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1888 – Neuilly-sur-Seine 1948).

Bernanos signe ses premières nouvelles dès 1907, ses premiers articles en 1913, dans un organe de l'Action française, l'Avant-Garde de Normandie. Son premier roman, Sous le soleil de Satan (1926), qui met en scène l'abbé Donissan luttant contre le mal, le rend célèbre. Puis suivent l'Imposture (1927), dans laquelle vit l'abbé Cénabre, et la Joie (1929), que connaît Chantal de Clergerie illuminée par la foi. D'emblée, Bernanos tient à se définir comme un écrivain de « formation catholique ». Mais son catholicisme, comme celui de Pascal, est centré sur un Dieu sensible au cœur et à l'âme, une Personne dont il importe de donner l'intuition par l'écriture. Dans ces trois romans du surnaturel incarné, Bernanos veut suggérer « le tragique mystère du salut ». Pour lui, « le romancier a un rôle apologétique ». En 1930, il se détache de Maurras et de l'Action française, publiant son premier pamphlet, la Grande Peur des bien-pensants (1931), satire féroce des hommes et des mœurs de la iiie République. Il quitte la France en 1934, pour les Baléares, où il écrit Un crime (1935), roman policier où la quête judiciaire se transforme en quête spirituelle, Un mauvais rêve (publié en 1950), le Journal d'un curé de campagne (1936), le curé d'Ambricourt, la Nouvelle Histoire de Mouchette (1937), pauvre héroïne de 14 ans, victime d'un monde qui l'écrase. Au moment de la guerre d'Espagne, il rentre en France. Les horreurs de la répression franquiste et le rôle joué par certains prélats catholiques l'amènent à écrire les Grands Cimetières sous la lune (1938), violent réquisitoire contre une « croisade » contraire à l'esprit du christianisme et livre de compassion pour les innocents broyés dans l'engrenage de la guerre civile. Écœuré par l'attitude des États européens face à la menace hitlérienne, il quitte la France et s'installe au Brésil. Il y publie, en 1939, deux écrits de combat, Scandale de la vérité et Nous autres Français : critiquant Maurras, il s'interroge sur la vocation de la France et sur son salut possible. Il commence un journal (les Enfants humiliés publié en 1949) et termine un roman déjà commencé en 1931 (Monsieur Ouine, 1940). Durant la guerre, il multiplie les articles, qui apportent sa réponse à la tragédie mondiale déclenchée par la guerre ; ils affirment sa volonté de résistance et plaident en faveur de la « vocation christique » de la France, appelée à apporter au monde la liberté et l'espérance, à promouvoir la renaissance d'une société à la mesure de l'homme. On retrouve ces thèmes dans une Lettre aux Anglais (1942). De nombreux textes seront repris dans le Chemin de la Croix-des-Armes (1943). Il publie aussi la France contre les robots (1944), réflexion sur la civilisation moderne. Rentré en France en juillet 1945, il plaide pour la liberté de l'homme et la civilisation chrétienne. Articles et conférences paraîtront de façon posthume dans la Liberté pour quoi faire ? (1953) et Français si vous saviez (1961). Il passe les deux dernières années de sa vie (1947-1948) en Tunisie, où il écrit Dialogues des carmélites, son ultime chef-d'œuvre.

En Bernanos, homme de foi et de passion, assoiffé de liberté, intransigeant, anticonformiste par nature, on discerne deux écrivains : un romancier, héritier, en un sens, de Balzac et de Barbey d'Aurevilly, et un polémiste, de la lignée de Léon Bloy. La vision du monde du romancier est d'essence « christique ». C'est pourquoi le roman bernanosien se déroule souvent devant une toile de fond qui évoque la Passion du Christ, de la nuit de Gethsémani à l'aube de Pâques – une Passion à laquelle participent les « saints » (Donissan, Chevance, Chantal de Clergerie ou le curé d'Ambricourt), chargés de racheter, par leur propre souffrance, les « pécheurs » (Mouchette, Cénabre, la comtesse du Journal d'un curé de campagne). L'événement se déroule ainsi sur deux plans. D'une part, sur le plan sensible, au milieu des données du réel le plus apparent (cheminement de l'intrigue, dialogues ou méditations des personnages), au niveau du phénomène. D'autre part, au-delà de l'apparence, dans le prolongement de ce réel, sourd le surnaturel, donnée première en regard de laquelle le phénomène se révèle, en quelque sorte, épiphénomène, car le déroulement temporel des faits est relié à des luttes engagées au-delà du visible, au plan de l'éternité. Dans un récit par essence tragique, puisqu'il relie le héros et l'événement à une transcendance, l'itinéraire des personnages s'articule autour du combat de l'Innocence et du Mal. Vision romanesque inscrite à l'évidence dans la perspective du mystère chrétien de la communion des saints. Dans ses essais politiques, Bernanos témoigne d'une même fidélité à la vision du monde qui informe ses romans, d'une même adhésion aux valeurs de l'Évangile. Il recherche la signification surnaturelle de l'événement historique. Ces essais représentent tous, à des titres divers, des « écrits de combat » qui répondent à une situation historique précise où, des années 1920 aux années 1940, se trouve engagé le destin de la France. Déchiffrer le monde à la lumière du surnaturel revient, pour Bernanos, à y découvrir la réalité inexorable du Mal. Ce n'est pas par hasard si dans les Grands Cimetières sous la lune les références, les allusions et les symboles renvoient autant au Christ et à l'Évangile. Dans l'Histoire, comme dans les romans, les « événements ont un sens surnaturel », qu'il importe de découvrir à la lumière d'un christianisme authentique. L'attitude de Bernanos est moins celle d'un « polémiste » que d'un « prophète » (comme Péguy), qui s'exprime par rapport à l'absolu. Au-delà des apparences, il tente de discerner l'essence des événements historiques, comme les mobiles profonds de ses créatures romanesques, afin de les confronter avec les impératifs de la foi.