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Georges Bataille

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Billom 1897 – Paris 1962).

Enfant, il est, de son propre aveu, « mauvais élève » au lycée de Reims. Mobilisé puis réformé, il passe dans le Cantal la durée de la guerre et, dans un décor qui sera celui de son roman l'Abbé C... (1950), connaîtra, entre l'adolescence et l'âge d'homme, un violent accès de religiosité. Reçu à l'École des chartes en 1918, il est archiviste paléographe en 1922 et séjourne un an à Madrid. De retour à Paris, il épouse celle qui sera bientôt l'admirable actrice des films de Prévert et de Renoir, Sylvia Bataille. Il lance en 1929 Documents et fréquente le Cercle communiste démocratique, dans la revue duquel il publie « la Notion de dépense » (1933), et où il rencontre Colette Peignot ou « Laure », qui sera son inspiratrice. Devant la menace fasciste, il lance, avec Breton, Contre-Attaque, qui reproche au Front populaire naissant une attitude trop défensive. Après la dissolution du groupe, il fonde une « société secrète », Acéphale ; une revue du même nom, splendidement illustrée par Masson, aura quatre numéros auxquels participent Caillois, Klossowski, Wahl. Cette revue se placera sous l'invocation de Nietzsche, alors que c'est plutôt celle de Hegel (que Bataille découvre dans les séminaires de Kojève), à partir des thèses de Mauss sur le sacré, qui se trouve à l'origine du Collège de sociologie, fondé en 1937 avec Caillois et Leiris. Depuis 1922, Bataille travaille à la Bibliothèque nationale. Lorsque la guerre éclate, il a passé la quarantaine et a déjà une production abondante et audacieuse : l'Anus solaire (1931), le Bleu du ciel (1935) et surtout l'Histoire de l'œil, roman érotique écrit en partie sur les conseils du psychanalyste Adrien Borel qui le suit alors et publié en 1928 sous le pseudonyme de Lord Auch (réédité sous son nom en 1967). En 1942, il rencontre Maurice Blanchot, se remarie et fait paraître, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, un second récit mince et « scandaleux », Madame Edwarda, puis, en 1943, le Petit, sous le nom de « Louis XXX ». Il s'installe alors à Vézelay où il rédigera ou rassemblera les aphorismes qui composeront la Somme athéologique, qui devait regrouper, en 1954, ses trois premiers ouvrages, l'Expérience intérieure (1943), le Coupable (1944) et Sur Nietzsche (1945). En 1947, Haine de la poésie (qui deviendra l'Impossible en 1962) rassemble un roman, des poèmes, des réflexions. Prolongeant l'économie générale amorcée dans « la Notion de dépense », la Part maudite paraît en 1949, suivie en 1955 par des essais sur la peinture (Lascaux ou la Naissance de l'art). Entre-temps, Bataille a repris son activité professionnelle : il est conservateur de la bibliothèque de Carpentras en 1949, de celle d'Orléans en 1951. Il faut également signaler les articles nombreux publiés par Critique, la revue qu'il a fondée en 1946 et qu'il dirige avec Jean Piel.

Pour marquer son soixantième anniversaire et l'importance qui lui est dès lors reconnue, trois éditeurs (Gallimard, Minuit et Pauvert) publient, simultanément en 1957, la Littérature et le Mal, l'Érotisme et le Bleu du ciel, le roman de 1935. La Littérature et le Mal est un recueil de huit études (Sade, Blake, E. Brontë, Baudelaire, Michelet, Proust, Kafka, Genet) qui pose la question du statut de la production artistique dans une société démocratique industrielle où l'utilitarisme règne, où l'art ne sert plus personne et ne sert plus à rien. D'où ce « mal », que Bataille définit comme le refus du monde du travail, de la rentabilité et de l'accumulation. L'Érotisme est un essai qui analyse les multiples manifestations de l'érotisme, à travers ses interdits (liés à la mort, à la reproduction, au travail, à l'idéologie chrétienne) et ses diverses transgressions (meurtre, sacrifice, guerre). Enfin, récit d'une grande intensité, le Bleu du ciel dresse le portrait d'une Europe désorientée à travers des personnages enfermés dans leur inquiétude.

Par son œuvre d'essayiste et de romancier fondamentalement moderne et subversive, Bataille exercera une influence importante sur les auteurs de « Tel Quel » ainsi que sur des penseurs comme Foucault ou Derrida, dans la mesure où elle interroge incessamment la relation que l'écriture entretien avec la mort. Mais comme le mal, la mort est inscrite dans un mouvement dialectique dont la fonction est d'exalter la vie. L'expérience des limites reste, chez Bataille, l'expression d'une libération de la vie, où la transgression devient la forme paradoxale de la vénération de la règle et ouvre à la vérité de l'être, à sa profonde fragilité : « [le langage] nous a fait ce que nous sommes. Seul il révèle, à la limite, le moment souverain où il n'a plus cours. Mais à la fin celui qui parle avoue son impuissance. »