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Aufklärung

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Ce terme désigne le siècle des Lumières en Allemagne. Fortement influencé par le mouvement philosophique en Angleterre (Shaftesbury, Berkeley, Hume) et en France (Bayle, dont le Dictionnaire historique et critique a été traduit en allemand par Gottsched, Fontenelle, l'abbé du Bos, Voltaire, Montesquieu, Rousseau, les Encyclopédistes et les Physiocrates), il est cependant plus tardif, le terme d'Aufklärung ne devenant d'un emploi courant que dans la deuxième moitié du xviiie s. Mouvement rationaliste d'émancipation de l'homme, l'Aufklärung se rattache par de nombreux aspects à l'humanisme de la Renaissance. Ses précurseurs du siècle précédent sont Descartes, Bacon, Newton, Hobbes, Locke, Spinoza, Leibniz. En Allemagne, l'Aufklärung se développe en relation souvent contradictoire avec le piétisme et en liaison avec le succès rapide de la franc-maçonnerie. Par rapport à la période baroque, l'Aufklärung représente une rupture radicale : c'est à cette époque que s'affirment la revendication d'une philosophie distincte de la théologie et la conception d'une « religion naturelle » débarrassée des dogmes et fondée sur la tolérance. Les trois éléments fondamentaux de ce mouvement sont la nature, l'homme et la raison. Dans un texte célèbre, Kant définit en 1784 l'Aufklärung comme « l'effort de l'homme pour sortir de l'immaturité dont il est lui-même responsable. » L'Aufklärung exprime en même temps les idées de la bourgeoisie allemande montante, son exigence de liberté individuelle et de démocratie, son hostilité au système féodal, le rôle éminent qu'elle attribue aux nouvelles formes de l'économie, sa revendication d'un État fondé sur le droit. Plus que d'un bouleversement global de la société, l'Aufklärung attend beaucoup de l'éducation des hommes. Son optimisme social se fonde sur la croyance dans le progrès et dans la science, et sur le culte de la vertu.

La première phase de l'Aufklärung est marquée par Christian Thomasius, Christian Wolff, vulgarisateur de la pensée de Leibniz, et surtout Johann C. Gottsched (1700-1766). Traducteur, fondateur de nombreuses revues, pédagogue, auteur de manuels d'enseignement, codificateur de la littérature, Gottsched entreprit de réformer le théâtre allemand : bannissant ses formes populaires, il propose en exemples Aristote et le théâtre français du xviiie s. Dans une deuxième phase, l'Aufklärung s'ouvre à de nouvelles idées. Les Suisses Bodmer et Breitinger, à la différence de Gottsched, imaginent un théâtre national inspiré non plus de l'exemple français, mais du modèle anglais. Au rationalisme épris de règles de Gottsched, ils substituent une conception faisant une large part à l'imagination et à l'enthousiasme. La dernière phase est dominée par les figures de Lessing (1729-1781), Wieland (1733-1813) et Klopstock (1724-1803). Lessing défend les idées typiques de l'Aufklärung (respect de l'homme, tolérance, rôle de la raison) et s'efforce, en théorie comme en pratique, de fonder un théâtre national allemand. Wieland propose une vision aimablement ironique du monde. Klopstock enfin illustre sa conception d'une poésie considérée non comme un simple divertissement, mais comme une activité essentielle de l'homme.