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Jacques Audiberti

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Antibes 1899 – Paris 1965).

S'il reste surtout un homme de théâtre, Audiberti se place tout entier sous le signe du lyrisme de ses premiers poèmes (l'Empire et la Trappe, 1930) qu'il n'abandonnera jamais (Des tonnes de semence, 1941 ; Ange aux entrailles, 1964) et qui équilibre le réalisme picaresque de ses romans (Abraxas, 1938 ; Marie Dubois, 1952 ; Les tombeaux ferment mal, 1963). Audiberti évolue dans un monde baroque où la langue est reine, langage en liberté qui joue sur les dialectes (la Nâ, 1944) ou l'argot (le Ouallou, 1956) et qui passe à l'occasion par l'Abhumanisme, titre d'un essai de 1955 qui annonce et résume l'expérimentation théâtrale (« Celui qui veut imposer sa vérité ne possède pas la vérité »). L'« abhumanisme », cette attitude qui consiste, pour l'être humain, à perdre de vue qu'il est le centre de l'univers, se retrouve dans Cavalier seul (1963). Cette pièce en 3 actes, publiée en 1955, ne fut jouée qu'en 1963, à Lyon, par Marcel Maréchal. L'action se situe au cœur du xie siècle, au moment où le chevalier Mirtus part pour la croisade. Arrivé bon premier à Jérusalem, il se trouve en présence du Christ et connaît des cas de conscience dont ses amis les croisés le délivrent, en même temps qu'ils prennent Jérusalem. Le théâtre d'Audiberti reprend toutes les grandes oppositions traditionnelles : la vie et la mort, le bien et le mal, le sublime et le grotesque, l'allégorie et l'histoire, l'amour vrai et les situations fausses, voire la raison et l'oraison (l'Ampélour, prix Mallarmé 1937 ; Quoat-quoat, 1946 ; Le mal court, 1947 ; l'Effet Glapion, 1959 ; la Fourmi dans le corps, 1962). Cependant, seule la langue sort victorieuse de ces tournois : grâce à elle, les contraires s'unissent, et le mal, par le jeu des mots, peut devenir un bien. C'est par là, d'ailleurs, que l'œuvre d'Audiberti, fidèle à l'alchimie du verbe, se sépare du théâtre de l'absurde (Eugène Ionesco, Samuel Beckett), où le langage s'effiloche. Union, reprise, ressassement même ; Audiberti passe sans cesse d'un genre à un autre, du roman au scénario, du scénario à l'œuvre dramatique : ainsi de Carnage (1942), roman adapté à la scène (Opéra parlé, 1954), de la Poupée (1956), roman qui devient un scénario d'un film de J. Baratier (1962), avant de devenir une pièce de théâtre (créée en 1968). Sous toutes ces formes perce le même désir de croire que les forces déchaînées du langage, quand elles ne dépendent d'aucune « vérité », sont encore ce qui définit le mieux l'homme, tandis qu'elles expliquent aussi, paradoxalement, cette soif de silence que peut être la mort (Dimanche m'attend, 1965).