En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Antonin Artaud

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Marseille 1896 – Ivry 1948).

Dès son enfance, il souffre de névralgies violentes qui le conduisent, de médecins en psychiatres, à prendre davantage d'opium. Luttant contre son mal, il proclame l'unité de l'esprit et du corps, se désespère de ne pouvoir traduire sa pensée par l'écriture et, condamnant la civilisation occidentale, coupable de dualisme, il cherchera « ailleurs », par un séjour au Mexique de janvier à novembre 1936 (relaté dans Voyage au pays des Tarahumaras, 1945), un voyage en Irlande (août-septembre 1937), dans la représentation théâtrale et, en fin de compte, dans la représentation de lui-même un absolu inaccessible. Arrivé à Paris en 1920, il confie des poèmes symbolistes à diverses revues, rencontre une comédienne, la seule femme aimée, à qui il écrit chaque jour jusqu'en 1927 des lettres intenses (Lettres à Génica Athanasiou, 1969), et acquiert une formation théâtrale à l'Atelier de Dullin, où il se distingue par un jeu excessif dans des rôles modestes. Au cinéma, il interprète le rôle de Marat dans le Napoléon d'Abel Gance, et celui du moine Massieu dans la Jeanne d'Arc de Dreyer. En 1924, il rédige en grande partie le nº 3 de la Révolution surréaliste mais, refusant une révolution qui ne changerait pas l'homme avant la société, il rompt avec les surréalistes en 1926 (À la grande nuit, ou le Bluff surréaliste). Jacques Rivière refuse de publier ses poèmes à la N.R.F. Leur correspondance (1924) fait comprendre la difficulté à concilier l'art et l'analyse de l'esprit. Les poèmes de l'Ombilic des limbes et du Pèse-nerfs (1925) pousseront ce questionnement jusqu'à l'accomplissement de la révolte de l'esprit qui aboutit à son retour d'Irlande à son internement à l'asile psychiatrique du Havre. Artaud est transféré à Sainte-Anne (1938) et à Ville-Évrard, puis à Rodez (1943-1945), où le Dr Ferdière favorise une création littéraire qu'il n'a jamais interrompue. Rendu à la vie active sous surveillance médicale à la maison de santé d'Ivry, il publie coup sur coup Artaud le Momo, Ci-gît, précédé de la Culture indienne. Van Gogh ou le Suicidé de la société (1947) établit un lien entre sa propre vie et celle du peintre. Son émission de radio « Pour en finir avec le jugement de Dieu » (1948) est interdite peu de temps avant sa mort. Animateur de théâtre et metteur en scène original, il a précisé ses idées sur l'art dramatique avec le Théâtre de la cruauté, où il monte, sans succès, une adaptation de Shelley et Stendhal, les Cenci (1935).

En 1938, le Théâtre et son double (1938) réunit articles, conférences, manifestes et lettres écrits de 1932 à 1937. Artaud s'en prend aux causes profondes (la psychologie, le divertissement) qui ont conduit à la décadence du théâtre depuis ses origines sacrées. Il développe la nécessité de retrouver la dimension métaphysique des mystères médiévaux et de la tradition d'Extrême-Orient. Il prône alors la « cruauté » (Manifestes du théâtre de la cruauté), qui n'est pas synonyme de grand-guignol, mais serait l'expression ontologique de la souffrance d'exister. Devant la misère humaine, qui sépare le corps de l'âme, Artaud propose le théâtre comme moyen de retrouver l'unité originelle : « le Théâtre de la cruauté a été créé pour ramener au théâtre la notion d'une vie passionnée et convulsive ». De même, le double du théâtre est une réalité dangereuse comme la peste, révélatrice de ce besoin de combler la fracture séparant l'art de la vie. Dès lors, le langage théâtral ne pourra que mener une véritable critique de la représentation. Ainsi, le comédien, « athlète affectif », s'efforcera, par une méthode calculée et toute de spiritualité, d'emplir l'espace matériel « en dehors des déformations du langage et de l'écueil de la parole et des mots ». Plus que d'esthétique dramatique il s'agit du procès radical du langage : « Briser le langage pour toucher la vie, c'est faire ou refaire le théâtre. » Refusant radicalement la culture pour établir une expression authentique (qui est aussi à chercher dans ses dessins), il s'inscrit à la suite des voyants (Hölderlin, Nietzsche) fondateurs d'une morale et d'une métaphysique nouvelles dont ses Œuvres complètes (1946-1981) permettent de prendre la mesure. Plus que ses rares réalisations scéniques, les écrits d'Artaud, où il tente de rapprocher le théâtre et la vie, en accordant la primauté au corps et au geste, ont influencé les animateurs contemporains, de Peter Brook à Grotowski.