En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Alsace

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Les littératures d'Alsace sont déterminées par les vicissitudes de l'histoire de cette province frontière entre les Vosges et le Rhin, tour à tour allemande (du ixe au xviie s., de 1871 à 1918 et de 1940 à 1944) et française. L'appartenance à l'espace linguistique germanique remonte à la fin du ive siècle, au temps des grandes migrations, où les Alamans et les Francs occupent un pays alors habité par des populations celtes, soumises depuis le début de notre ère à l'administration romaine. La littérature d'Alsace est ainsi d'abord latine : au Moyen Âge, l'œuvre la plus intéressante est le recueil Hortus deliciarum de l'abbesse Herrade de Landsberg (xiie s.) ; à la Renaissance, la tradition latine connaît un nouvel essor avec la création et le développement de la prestigieuse école humaniste de Sélestat. Elle sera ensuite, successivement ou simultanément, française, allemande, et dialectale. Premier document bilingue français et allemand, les Serments de Strasbourg, prononcés en 842 par Charles le Chauve et Louis le Germanique, marquent d'emblée la rencontre, l'interpénétration ou l'affrontement de deux univers culturels portés par deux langues, préfigurant et symbolisant la mission bilingue de l'Alsace, son originalité dans l'histoire littéraire.

La littérature allemande

Le Livre des Évangiles du moine Otfried de Wissembourg (ixe s.), un des plus anciens monuments de l'histoire littéraire allemande, consacre l'introduction en allemand du vers rimé, latino-chrétien, face à la vieille tradition germanique de l'allitération. La littérature courtoise est illustrée par le Tristan et Iseult de Gottfried de Strasbourg (vers 1210) et par le lyrisme de Reinmar de Haguenau. La fin du Moyen Âge produit, d'une part, une littérature « bourgeoise », réaliste et satirique, et, d'autre part, une littérature mystique avec le grand prédicateur strasbourgeois Tauler. L'âge d'or des lettres en Alsace est l'époque de la Renaissance, de l'humanisme et de la Réforme, dont Strasbourg est l'un des grands centres rhénans. À côté du poème satirique de Sébastian Brant, la Nef des fous (1494), l'un des livres les plus lus et les plus influents de l'époque, il faut noter l'apport des prédicateurs Geiler de Kaisersberg et Thomas Murner, des prosateurs Pauli et Wickram, de Johann Fischart, adaptateur du Gargantua de Rabelais. La guerre des Paysans, puis la guerre de Trente Ans laissent le pays exsangue et ravagé. À partir du xviiie s., dans l'Alsace devenue française, la littérature de langue allemande se réduit d'abord à une dimension régionale, de l'écrivain et pédagogue G. K. Pfeffel (au siècle des Lumières) aux poètes de la famille Stoeber (Auguste Stoeber recueille au xixe s. les légendes d'Alsace). Le séjour du jeune Goethe à Strasbourg (1770-1771) est toutefois un moment important dans l'histoire littéraire allemande, comme point de départ du Sturm und Drang. D'autres représentants du Sturm und Drang sont de passage à Strasbourg (Herder, Lenz) ou sont originaires d'Alsace (H. Leopold Wagner), et au xixe s. Georg Büchner y séjourne. Un renouveau se produit au début du xxe s., le rattachement à l'aire nationale allemande à partir de 1871 finissant par créer de nouvelles conditions favorables : il est moins l'œuvre d'un Friedrich Lienhard, promoteur d'une littérature du « terroir » dans un esprit germanophile, que de « jeunes », qui, groupés d'abord autour de la revue éphémère Der Stürmer, créent vers 1902 un mouvement d'opposition au conservatisme, recherchent un caractère européen, la synthèse des héritages français et allemand, une sorte de nouvel humanisme alsacien. L'histoire littéraire retient surtout les noms de René Schickelé, le chef de file, d'Ernst Stadler et d'Otto Flake (de souche allemande, qui ajoutent l'apport des « immigrants »), de Hans Arp et d'Yvan Goll. Ces poètes jouent un rôle important dans la littérature allemande du xxe s. : Schickelé, Stadler et Goll font partie de l'anthologie historique de l'expressionnisme, Menschheitsdämmerung ; Arp représente pour une large part la contribution allemande au dadaïsme. Appartenant à la même génération, Albert Schweitzer écrit en allemand son œuvre théologique et philosophique. Une littérature régionale de langue allemande reste présente après 1918 et 1945, surtout avec l'œuvre de poètes nés avant 1918 et dont la langue littéraire est l'allemand ; elle retrouve un nouveau souffle avec des poètes nouveaux, bilingues, notamment André Weckmann. Une publication de 1980, In dieser Sprache (Finck, Weckmann, Winter), cherche à renouveler cette tradition dans le cadre des « littératures de langue allemande à l'étranger ».

La littérature dialectale

À côté de la production des auteurs alsaciens d'expression française qui, à partir du xixe s. surtout, s'illustrent sur la scène littéraire nationale (les romanciers Erckmann-Chatrian ; les traducteurs et médiateurs entre la pensée allemande et française que sont Albert, Schuré, Herr ; les écrivains français émigrés de 1871, d'André Lichtenberger à André Maurois ; Arp et Goll, qui écrivent leurs premiers textes français dans les années 1920, Maxime Alexandre et, après 1945, Jean-Paul de Dadelsen, Claude Vigée, Marcel Haedrich, Alfred Kern, René Ehni), et, parallèlement à une littérature régionale en français, animée par Jean Christian, Jean-Claude Walter et de nombreux jeunes poètes et romanciers (Denise Grappe, Guy Heitz, Jean-Paul Klee, Sylvie Reff, Roland Reutenauer), la spécificité alsacienne s'exprime dans la littérature dialectale. Le dialecte alsacien, dans ses nombreuses variations locales, appartient au groupe des parlers haut-alémaniques dans le Sud, bas-alémaniques dans la majeure partie du territoire, franciques dans l'extrême Nord. Le dialecte est resté vivant jusqu'à nos jours, où plus de 75 % de la population le parlent encore. Il a trouvé sa première consécration littéraire au début du xixe s. avec G. D. Arnold (Der Pfingstmontag, 1816), puis avec le pâtissier colmarien Mangold et le photographe mulhousien Lustig. Avec Gustave Stoskopf au théâtre et les frères Matthis en poésie, c'est au début du xxe s. qu'il opère la percée décisive sous le signe de la défense de l'identité alsacienne. Entre les deux guerres mondiales, Nathan Katz confère à son parler sundgovien une pureté lyrique insoupçonnée. La littérature dialectale, qui se renouvelle dans l'œuvre d'André Weckmann et de Conrad Winter, et chez les jeunes poètes et chanteurs, apparaît aujourd'hui fortement liée aux revendications régionalistes et écologiques : le dialecte alsacien se présente paradoxalement à la fois comme la langue populaire majoritaire et comme le moyen d'entrer en communication avec toutes les minorités et marginalités culturelles.