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Chinua Achebe

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain nigérian de langue anglaise (Ogidi, Nigeria, 1930).

Il est l'un des romanciers africains anglophones les plus connus dans le monde. Il est l'auteur d'une tétralogie romanesque qui donne de la rencontre entre l'Afrique et l'Occident une image débutant avec les premières approches des missionnaires, au cours de la deuxième moitié du xixe siècle (c'est le sujet de Le monde s'effondre, 1958), pour s'achever dans les années 1960 avec l'accession à l'indépendance, qu'évoque ironiquement le Démagogue (1966). Les romans intermédiaires, le Malaise (1960) et la Flèche de Dieu (1964), décrivent avec acuité la décomposition de la société traditionnelle au contact des institutions européennes et rendent compte de la difficulté éprouvée par les nouvelles générations à se situer entre la tradition et la modernité. L'ironie teintée d'amertume qui caractérise le regard que porte Achebe sur ses personnages se retrouve à l'œuvre dans son recueil de nouvelles Femmes en guerre (1971), paru au lendemain de la guerre du Biafra. Il a également publié un recueil poétique (Prends garde, mon frère d'âme, 1972) et plusieurs essais consacrés à la fonction de l'écrivain en Afrique. Après une longue interruption, il retourne au roman avec les Termitières de la savane (1987).

Le Monde s'effondre, roman (1958). Le titre anglais, emprunté à un poème de Yeats, signifie littéralement : « les choses qui nous tenaient ensemble sont tombées en morceaux ». Il évoque ainsi la première rencontre de l'Afrique et de l'Occident dans le cadre d'un village du Nigeria vers les années 1850-1860. Ce contact de deux cultures étrangères s'opère de deux manières : la première, brutale, se traduit par le massacre des habitants de Mbanta, rassemblés à l'occasion du marché hebdomadaire ; la seconde, plus insidieuse, se manifeste par la patiente pénétration des Églises missionnaires en pays ibo et la transformation profonde du milieu traditionnel. L'auteur, qui a pu recueillir sur cette période une information de première main (son père était lui-même un catéchiste converti par les émissaires de la United Presbyterian Church), tente donc de reconstituer la vie d'une petite communauté villageoise, dont les membres vont peu à peu être dépossédés de leur religion, de leurs coutumes et finalement de leur liberté. Centré autour du personnage d'Okonkwo, notable respecté d'Umuofia, le roman évoque les travaux et les jours en pays ibo, et fait une large part à la cosmologie sur laquelle se fondent les croyances traditionnelles : indépendamment des divinités tutélaires, chaque individu est déterminé par son dieu personnel, sorte d'ange gardien, le « Chi ». Ce « Chi », qui pendant longtemps avait fait d'Okonkwo l'homme le plus riche et le plus puissant du village, se détourne soudain de lui et le contraint à l'exil. Sept ans plus tard, à son retour, les missionnaires règnent en maîtres, et Okonkwo, désespéré, se pendra. Le récit de cette mort, à la dernière page du roman, sous la plume du commissaire de district, se trouve exemplairement réduit à la dimension de l'anecdote et du pittoresque ethnographique, c'est-à-dire, en fin de compte, à l'insignifiance historique.