L'économie brésilienne a longtemps déçu les attentes. Après des années de croissance molle qui ont alimenté les critiques sur la politique économique menée par le gouvernement, le Brésil retrouve enfin le chemin d'une croissance solide. La déception était d'autant plus grande que le pays dispose d'atouts considérables, en premier lieu une population de 192 Mhab. qui souhaitent rester travailler au pays, et en deuxième lieu des potentiels considérables dans l'agriculture, l'élevage, l'énergie, l'industrie et les services, fondés en bonne partie sur un territoire où les ressources renouvelables et non renouvelables abondent. Le pays est aussi un des rares en Amérique latine à posséder une structure industrielle diversifiée, comprenant des groupes puissants, et un secteur financier bien organisé, demeuré en bonne partie dans les mains des nationaux.
L'amélioration dans les deux dernières années est très nette et la plupart des indicateurs sont favorables : la croissance a été en 2007 de + 5,4 % (en progression sur 2006 qui enregistrait + 3,8 %). L'économie bénéficie enfin des mesures d'assainissement financier et monétaire entreprises par les deux derniers présidents, F. H. Cardoso et Lula da Silva. La croissance est présente dans tous les secteurs. Le secteur agricole est particulièrement brillant avec + 13,7 % en 2007, un chiffre traduisant une belle progression des graines de soja, du maïs et du blé et un léger recul pour le riz et les haricots. La montée de la production d'éthanol, à partir de la canne à sucre, pour lequel le Brésil dispose de la meilleure rentabilité au monde, est particulièrement impressionnante (production de 170 Mhl d'éthanol en 2006 dans près de 380 usines- raffineries).
En 2007 Le Brésil a proclamé son « autosuffisance en énergie », une autosuffisance relative puisque le pays a effectivement un potentiel d'exportation mais continue à importer certains produits intermédiaires. Il convient de souligner que 46 % de la consommation énergétique provient des énergies renouvelables (éthanol utilisé comme carburant et énergie hydroélectrique). Par ailleurs, la production de pétrole augmente rapidement et, surtout, des découvertes importantes effectuées en 2007 et 2008 en zone maritime de grande profondeur (gisements Tupi et Carioca) doivent assurer au pays à moyen terme un avenir d'exportateur net. Les réserves (non confirmées) passeraient de 12 Md de barils à 30 Md (loin derrière les réserves du Venezuela mais à égalité avec les réserves des États-Unis). La compagnie nationale Petrobras, très performante dans le domaine technique, possède les capacités pour exploiter, seule ou en association avec des compagnies étrangères, ces pétroles d'extraction difficile. Pour l'instant, les importations de gaz naturel en provenance de Bolivie restent indispensables pour l'industrie et la consommation domestique de l'État de São Paulo.
L'emploi augmente de 4,5 %, avec une résorption progressive du secteur informel (qui représente encore 13 % de l'emploi total). Les salaires réels augmentent, quoiqu'à un rythme modeste, lorsque l'on tient compte de l'inflation. Le salaire minimum atteint 400 reais par mois. La baisse de la pauvreté est confirmée (la proportion d'indigents – en état de grande pauvreté – passe de 13 % en 2001 à 9 % en 2008). On estime que 20 M de Brésiliens sont en train de rejoindre la « classe moyenne ». Il est à noter qu'à l'autre bout de l'échelle le nombre de millionnaires augmente fortement également (+ 19 % en un an !). Les inégalités sociales globales, mesurées par le coefficient de Gini, sont en recul (de 0,60 en 1993 à 0,54 en 2006) mais restent les plus fortes d'Amérique du Sud.
L'amélioration de la situation sociale encourage la consommation. Le crédit à la consommation est très répandu et s'applique à tous les types d'achat : automobiles, équipement domestique, ordinateurs (2,5 M d'ordinateurs vendus en un an), téléphones mobiles, voyages touristiques, en dépit des taux d'intérêt élevés pratiqués localement. En un an le marché automobile a augmenté de 28 %, ce qui fait le bonheur des 12 constructeurs installés dans le pays.
Le commerce extérieur connaît une progression remarquable (+ 23 %), ce qui confirme l'ouverture de plus en plus grande de l'économie. Les exportations se répartissent entre produits agricoles et d'élevage (soja, viande de poulet, café, sucre, maïs, dans cet ordre), produits miniers (minerai de fer en tête) et les produits manufacturés qui représentent 52 % de la valeur des ventes (avions, automobiles, produits alimentaires principalement). À l'importation, les secteurs des biens intermédiaires, des biens d'équipement et des biens de consommation s'équilibrent assez bien, ce qui montre une forte propension à la consommation mais aussi à l'investissement productif. Le tableau des partenaires commerciaux met en évidence une bonne diversification par région continentale : Union européenne en tête (24 %), puis Amérique latine et Caraïbes (22 %), Asie orientale (20 %), États-Unis 16 %, autres régions partenaires (18 %). La balance commerciale reste positive en 2007 (avec un excédent de 40 milliards de dollars). En raison de la forte accélération des importations et de l'appréciation du real, on s'attend à ce que l'excédent se réduise à environ 20 milliards de dollars en 2008.
L'inflation est marquée comme dans les autres pays de la Région mais elle est pour l'instant bien contrôlée. Ce sont essentiellement les prix des produits alimentaires qui font monter l'indice (+ 11 % pour les aliments). Les autorités, qui avaient abaissé le taux directeur (le SELIC) de 19,75 % en mai 2005 à 11,25 % début 2008, ont commencé à le relever à partir du mois de mai pour répondre à la pression inflationniste. Les réserves en devises ont atteint le niveau élevé de 196 milliards de dollars. La devise brésilienne a gagné 20 % face au dollar américain, ce qui handicape sensiblement les exportations vers les pays de la zone américaine.
Les investissements directs étrangers ont représenté 34,6 Md$ en 2007. La bourse de São Paulo (BOVESPA), a eu en 2007 un comportement stable et plutôt haussier. Plus de 150 valeurs nouvelles ont été introduites sur ce marché, le plus grand d'Amérique latine en 2007-2008. Il est à remarquer que l'incidence des turbulences financières venues du Nord (crise bancaire) est jusqu'à maintenant peu sensible à São Paulo, où les grandes banques, locales et étrangères, gagnent beaucoup d'argent. Il est vrai que les finances publiques et le secteur des entreprises continuent à payer des remboursements élevés. Le service de la dette externe représente 35 % des exportations. Deux agences de notation internationales (Standard and Poor's et Fitch) ont attribué en 2008 aux valeurs et aux obligations brésiliennes la qualification investment grade [valeur d'investissement], ce qui va encore renforcer le climat des affaires.
Des analyses critiques signalent certaines faiblesses : en premier lieu, les taux d'intérêt élevés qui freinent le développement et favorisent un comportement « rentier » dans les classes riches locales et chez les étrangers, naturellement avides de ces bons brésiliens qui composent les portefeuilles des fonds les plus performants du moment. En deuxième lieu, l'État fédéral dispose de trop peu de marges budgétaires pour orienter l'investissement, malgré des prélèvements fiscaux élevés (pression fiscale de 35 % environ), dont une bonne partie reste d'ailleurs dans les caisses des États fédérés ! C'est ce qui explique, pour certains, le démarrage relativement lent du plan PAC, qui s'est donné certes des priorités valables, comme le renforcement de l'éducation secondaire et le développement des infrastructures, mais dont le financement est en dessous des attentes. Les programmes ne sont pas accompagnés d'une planification financière et physique car les ministères et les administrations ne disposent pas des capacités suffisantes. Pour réaliser ce plan, l'État aura donc largement recours à des partenariats public- privé (PPP) et à des concessions de service public. Ceci est particulièrement vrai pour les investissements dans les infrastructures de transport que l'on souhaiterait développer, car elles sont pour aujourd'hui tout à fait inadéquates et constituent de véritables goulets d'étranglement.
Les capacités portuaires, malgré quelques améliorations, ne sont pas au niveau d'un grand pays exportateur. Pour le transport des passagers, la navigation fluviale et de cabotage est anecdotique, le transport ferroviaire inexistant. Certes le réseau des autobus assure un service de base pour le grand nombre mais les déplacements, dans ce pays de grande dimension, se font prioritairement par avion. Or une série de dysfonctionnements (accidents d'avions, grèves des contrôleurs aériens, faillite de la compagnie nationale Varig) ont montré les limites d'un réseau reposant essentiellement sur la voie aérienne et sur trois aéroports principaux (Brasília et les deux aéroports de São Paulo). En 2006 et en 2007, le trafic, déjà désorganisé, a frisé le chaos pendant plusieurs mois, surtout après un accident tragique à l'aéroport de Congonhas (200 victimes) ; la localisation de cet aéroport en pleine zone urbaine de São Paulo entraîne beaucoup de nuisances et est vraiment trop risquée.
Enfin, une grande difficulté provient des régimes d'imposition d'une complexité extrême, avec même des barrières fiscales demeurant à l'intérieur du marché brésilien, pas encore vraiment unifié. Un projet de loi vise à intégrer les cinq impôts actuellement en vigueur dans ce qui serait l'équivalent d'une TVA et à faire converger les taux d'imposition des 27 États fédérés dans un délai raisonnable. Les observateurs pointent aussi une bureaucratie inefficace qui ralentit les affaires : il faut compter six mois pour l'ouverture d'une société et de nombreuses procédures ne sont pas encore informatisées.