La relance de l'économie argentine, qui avait subi un véritable effondrement de 1999 à 2002, se poursuit avec une croissance de 8,7 % en 2007, un niveau très proche de la moyenne des quatre années précédentes. Cette croissance soutenue dépasse largement l'effet de rattrapage qui a accompagné la reprise. En effet le taux d'utilisation des capacités de production reste assez tendu ; l'on assiste par ailleurs à une hausse continue du taux d'investissement brut qui passe de 14,3 % du PIB en 2003 à 22,7 % en 2007. Toutefois, ce taux reste insuffisant au regard du stock de capital productif disponible. Le chômage continue à diminuer et descend à 7,5 %, soit le tiers du sommet atteint pendant la crise (22 %).
La dépense publique a connu une forte expansion, de l'ordre de 45 %, comme conséquence de la hausse des salaires et des retraites ainsi que des subventions au secteur privé. Néanmoins, le secteur public continue à dégager un excédent primaire, en léger recul par rapport à 2006. Compte tenu de l'ensemble de ces données et de la politique monétaire accommodante, la hausse des prix se maintient à un niveau élevé, 8,5 %, selon le taux « officiel », peu crédible et ouvertement contesté. Les experts s'accordent pour estimer que l'inflation atteint un niveau d'au moins 50 %, si ce n'est 100 %, plus élevé que celui affiché par le gouvernement. Ils en veulent pour preuve que l'indice (officiel) des prix de gros et des prix à la production se situe à un niveau supérieur au double de celui des prix à la consommation. En tout état de cause, les revendications de réajustement de salaires intègrent plutôt ces derniers chiffres comme base de calcul. Il en va de même en ce qui concerne les demandes de révision des prix des nombreux biens soumis au contrôle des prix. Selon le même raisonnement on peut considérer que le taux d'intérêt réel de la Banque centrale, quasiment nul au taux officiel de l'inflation, est en réalité fortement négatif. Par ailleurs, la sous-estimation de l'inflation permet des économies importantes lorsque l'on sait qu'environ 40 % du service de la dette publique, soit 56 Md$, est indexé sur le taux officiel.
L'évolution de la conjoncture externe continue à favoriser fortement le dynamisme de l'économie. La poursuite de la hausse des prix des matières premières agricoles, notamment des graines de soja, du blé et du maïs permet non seulement la bonne tenue des comptes extérieurs, mais aussi celle des recettes de l'État, en raison de la fiscalité qui affecte ces exportations. La valeur des exportations a progressé de 20,4 % en 2007, alors que celle des importations grimpait de 31,1 % ; de cet effet conjugué résulte un solde commercial largement excédentaire, de l'ordre de 11 Md$ pour l'ensemble de l'année, mais en recul de 9,4 % par rapport à celui de l'année précédente. Les réserves internationales du pays connaissent une croissance de plus de 44 % et atteignent le montant record de 44 Md$. L'importance des réserves de change donne une bonne marge de manœuvre à la Banque centrale pour gérer la parité du peso. Par ailleurs, la crise financière internationale liée aux subprimes [crédits hypothécaires américains] n'a que très peu, et seulement passagèrement, affecté le pays.
Lors des élections présidentielles du 28 octobre 2007 Mme Cristina Fernández de Kirchner (Front pour la Victoire, péroniste) a été élue au premier tour de scrutin avec 44,9 % des voix. Elle a succédé le 10 décembre 2007 à son mari, Nestor Kirchner, qui avait pris la tête du Parti Justicialiste (péroniste) en avril de cette même année. Par ce vote, l'électorat semble accorder son satisfecit à la gestion de ce dernier. Le nouveau gouvernement, d'évidence, s'inscrit dans une parfaite continuité avec le précédent, ce qui se concrétise, notamment, par la reconduction d'Albert Fernández en tant que chef du gouvernement.
Le pays a pris une orientation complètement inverse de celle qu'il avait suivie entre 1990 et 2002 lorsqu'il avait adopté une parité fixe et non révisable entre le peso et le dollar. La politique suivie alors avait impliqué une très forte réévaluation du peso, compte tenu de l'inflation plus élevée en Argentine qu'aux États-Unis. Cela avait facilité l'entrée des produits industriels importés, plus compétitifs. La nouvelle option, au contraire, consiste en la sous-évaluation du peso avec une politique active d'intervention sur le marché de changes par la Banque centrale. Ceci favorise la substitution d'importations et la ré- industrialisation du pays. Pour compenser les surprofits dégagés par les exportateurs agricoles, le gouvernement pratique des rétentions fiscales sur la valeur des principaux produits exportés, en particulier sur le soja (avec un droit de 44 %), en comptant de cette manière financer l'expansion de la dépense publique. En mars 2008, on a procédé à une nouvelle hausse des rétentions, tout en adoptant un taux mobile, de manière à ce qu'elles évoluent en fonction des prix mondiaux de ces denrées. Cette mesure a déclenché un lock out des producteurs agricoles, c'est-à-dire de l'oligarchie des grands propriétaires, mais aussi d'une partie des petits et moyens agriculteurs, avec blocage des routes, ce qui a provoqué des difficultés pour l'approvisionnement des villes. Le conflit dure déjà depuis quatre mois et n'est toujours pas résolu. La présidente a consenti à faire passer la mesure par la voie législative et donc à permettre sa discussion au Parlement.