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les Misfits The Misfits ou les Désaxés

The Misfits

Drame de John Huston, avec Clark Gable (Gay Langland), Marilyn Monroe (Roslyn Taber), Montgomery Clift (Perce Howland), Eli Wallach (Guido), Thelma Ritter (Isabelle Steers).

  • Scénario : Arthur Miller
  • Photographie : Russell Metty
  • Musique : Alex North
  • Montage : George Tomasini
  • Production : United Artists
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1961
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 h 04

Résumé

À Reno, Nevada, des femmes divorcées rencontrent des cow-boys solitaires.

Commentaire

Crépusculaire

Plus Huston vieillit, et plus s'affirme sa manière : moins d'amidon, plus de laisser-aller. Comme si, n'écoutant que soi (un soi menacé), il ose enfin, au sein de l'histoire qu'il filme, introduire toujours plus de ses angoisses.

Dans The Misfits, il y a un plan, dès les premières minutes, impensable du temps où Huston se satisfaisait de séquences impeccablement filées, un plan que n'aurait pas désavoué Bonnard : Marilyn, sur fond de lune, improvise devant l'arbre de vie, symbole inévitable, quelques pas d'une danse lascive. Eli Wallach, qui la devine ivre, souhaiterait y mettre un terme, mais Gable, que la maladie ronge, l'en empêche, car il veut voir. Eh bien, métaphoriquement parlant, Wallach, c'est le producteur, chargé d'aller à l'efficace, et Gable, c'est Huston, qui prend son temps, et en savoure chaque instant.

Plus qu'aucun autre film, The Misfits se présente comme un document ethnologique sur la mort au travail, sur la disparition des races condamnées par l'Économie, cow-boys et chevaux sauvages. Races qui s'affrontent, et se détruisent, alors qu'elles sont solidaires, ainsi que le hurle, dans le petit matin glacé du Nevada, cet autre papillon des temps futurs, la suicidaire Marilyn Monroe.

Crépusculaire, The Misfits, tourné volontairement en noir et blanc, les couleurs du deuil, démontre que quiconque, aurait-il en face les intouchables monstres sacrés, interpelle son propre malheur, ne peut que s'élever au plus haut de la douleur, là où les mots disent ce qu'ils sont censés dire, là où Montgomery Clift, archange au nez cassé, peut enfin baisser la garde, tomber le masque, et attendre, avec sérénité, le verdict.

« Que faites-vous dans l'existence ? », demande, non sans calcul, Marilyn, à peine divorcée et déjà en quête d'un compagnon. Et Gable, qui se doute qu'on ne lui repassera pas deux fois le plat, répond, comme Huston le fera désormais : « Oh ! Je vis ! ».

Pour nous résumer, la nonchalance dans le style ne fait que confirmer qu'en maîtrisant l'ensemble, l'artiste s'autorise quelques dérives, sans craindre d'être viré du studio. Il est au-delà, on ne pourra jamais plus le ramener en deçà.