En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

la Traversée de Paris

Comédie dramatique de Claude Autant-Lara, avec Jean Gabin (Grandgil), Bourvil (Marcel Martin), Jeannette Batti (Mariette Martin), Louis de Funès (Jambier, l'épicier), Monette Dinay (Mme Jambier, l'épicière), Anouk Ferjac (une passante), Georgette Anys (la cafetière).

  • Scénario : Jean Aurenche, Pierre Bost, d'après la nouvelle de Marcel Aymé
  • Photographie : Jacques Natteau
  • Décor : Max Douy
  • Musique : René Cloërec
  • Montage : Madeleine Gug
  • Production : Franco-London Films, Continentale Produzione
  • Pays : France et Italie
  • Date de sortie : 1956
  • Durée : 1 h 22
  • Prix : Prix d'interprétation masculine (Bourvil), Venise 1956

Résumé

Un peintre, qui s'ennuie, aide un convoyeur de viande clandestine à traverser de nuit le Paris de l'Occupation.

Commentaire

Rencontres

Il y a des films dont le succès, mérité, et la renommée, non usurpée, tiennent plus à une accumulation de rencontres heureuses qu'à la froide exécution d'un plan, fût-il génial. Comme si mettre en scène, c'était d'abord et avant tout mettre en relation ce qui ne peut l'être.

Par exemple, le Gabin de Becker et de Renoir confronté au Bourvil des opérettes et des chansons bébêtes.

Par exemple encore, la langue, à mi-chemin entre le respect au quotidien et l'irrespect poétique, d'un Marcel Aymé, opposée au savoir-faire, volontiers naturaliste, d'un Autant-Lara.

Bref, la Traversée de Paris, qu'on peut voir, et revoir, sans se lasser, à l'instar des albums de photos de famille, vaut principalement pour ses acteurs. Pour leur contre-emploi (Bourvil, désormais, pourra prétendre à tous les rôles) ou pour leur fulgurante affirmation (de Funès laisse ici voir ce qu'il aurait pu être, autrement dirigé). Et par la jubilation qui est la leur à dire un texte, allusif et provocateur. On n'est pas près d'oublier le « salauds de pauvres ! » que lance Gabin aux consommateurs, pétrifiés d'effroi, d'un café de l'Occupation.

Car, et c'est là l'autre raison de la force du film, la Traversée de Paris évoque le Paris du marché noir, où tout paraissait possible, le crime comme la vertu. Sceptique, le tandem Aymé-Autant-Lara a évidemment choisi le crime. De sorte que l'on rit sans vergogne aux mésaventures de ce couple de convoyeurs de viande clandestine, jusqu'au moment où la règle du jeu, celle qu'imposent les Allemands, est durement rappelée : ne gagnent que les nantis.

Filmée à bout portant, et de plain-pied avec le réel pourtant reconstitué, la Traversée de Paris devient soudain un document irremplaçable sur la lâcheté. Une sorte de petit chef-d'œuvre au noir.

On était venu pour se distraire, et voilà que la morale, la grande, nous tombe dessus. Drôle de drame, pas vrai ?