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la Règle du jeu

Comédie dramatique de Jean Renoir, avec Marcel Dalio (le marquis de La Chesnaye), Nora Grégor (Christine), Roland Toutain (André Jurieux), Jean Renoir (Octave), Mila Parely (Geneviève), Paulette Dubost (Lisette, la camériste), Gaston Modot (Schumacher), Julien Carette (Marceau).

  • Scénario : Jean Renoir, avec la collaboration de Carl Koch
  • Photographie : Jean Bachelet
  • Décor : Eugène Lourié, Max Douy
  • Costumes : Coco Chanel
  • Musique : Mozart, Strauss, Monsigny, Sallabert, Saint-Saëns, Chopin (arrangements : Roger Desormières, Joseph Kosma)
  • Montage : Marguerite Renoir
  • Production : N.E.F.
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1939
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 52

Résumé

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, un aviateur courtise une marquise qui préfère les mondanités. Son mari dialogue avec ses domestiques. Les invités, eux, tirent sur les lapins.

Commentaire

Maîtres et domestiques

Rarement titre de film aura été aussi explicite : c'est bien de la règle du jeu, le jeu social, qu'il s'agit. D'une règle que l'on feint souvent d'ignorer, ne serait-ce que pour la subir sans remords, ni révolte.

À la veille d'un conflit, qui détruira jusqu'aux fondements de la société européenne, le péril imminent aveugle le tout-venant et l'empêche d'applaudir au génie de Renoir. Se résoudre à mourir, oui, mais être troublé, non !

Or, la Règle du jeu n'épargne personne. Dure aux riches, et à ce semblant d'aristocratie qui s'efforce de conserver de dérisoires privilèges, elle n'est pas tendre pour les pauvres, en l'occurrence les domestiques, qui singent, y compris dans leurs préjugés, les maîtres, même s'ils nous arrachent de-ci de-là quelques sourires complices.

À l'évidence, les vrais héros n'appartiennent à aucun des camps. Ils sont quasiment hors jeu. L'un, aviateur, s'enflamme à tout propos : on l'assassinera ; l'autre, ours d'occasion, interprété comme de bien entendu par Renoir lui-même, descend de la Lune : on l'y fera remonter.

Les femmes, à l'exception de la camériste, se moquent des élans du cœur, parce que l'heure est au cynisme, et qu'à défaut d'avoir vécu une passion, elles s'en détournent. Elles ont horreur de souffrir, n'est-ce pas ? Et elles préfèrent, en compagnie des hommes de leur classe, tirer à bout portant le lapin de Sologne. De loin, d'ailleurs, cette chasse ressemble furieusement à une tuerie guerrière.

Au sommet de cette hiérarchie branlante, on trouve le marquis de La Chesnaye, que l'on traite, derrière son dos, de métèque, mais qui n'a pas son pareil pour reconnaître l'excellence d'un mets. Dérisoire pouvoir que balaiera la vague hitlérienne, au grand soulagement de ceux qui l'entourent, comme de ceux qui ne pardonnèrent pas à Renoir d'avoir choisi un Juif pour incarner ce reste d'humanité.

Comme quoi, même au cinéma, le prophète anticipe, mais n'est jamais entendu. Ainsi qu'il est dit dans ce film sans égal : « C'est ennuyeux, les gens sincères ! » La Règle du jeu, ou la sincérité absolue.