En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

la Mère

Mat'

Drame de Vsevolod Poudovkine, avec Vera Baranovskaïa (Pelageia Vlassova), Nikolaï Batalov (Pavel), Aleksandr Tchistiakov (Mikhaïl Vlassov), Anna Zemtsova, Ivan Koval-Samborski, N. Vidonov.

  • Scénario : Vsevolod Poudovkine, Natan Zarkhi, d'après le roman de Maxime Gorki
  • Photographie : Anatoly Golovnia
  • Décor : S. Kozlovsky
  • Production : Mezrabpom-Rouss
  • Pays : U.R.S.S.
  • Date de sortie : 1926
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 800 m (environ 1 h 30)

Résumé

Épouse soumise d'un ouvrier ivrogne et briseur de grève, la mère désapprouve les sentiments révolutionnaires de son fils. Au reste, demeurée paysanne dans l'âme, elle n'y comprend rien. À la suite d'une bagarre où son fils est impliqué et qui coûte la vie à son mari, elle indique aux policiers l'endroit où son fils cachait des armes : elle a cru à la parole de ceux-ci, qui promettaient l'impunité à qui dirait la vérité. La mère prend conscience de la duplicité des institutions, du régime, lorsque son fils est condamné au bagne. Elle devient révolutionnaire ; son fils s'évade et la retrouve. Ils sont tués au cours d'une manifestation.

Commentaire

Une symbolique efficace

On a souvent confronté l'œuvre de Poudovkine à celle d'Eisenstein, plus exactement la Grève d'Eisenstein et la Mère de Poudovkine. Si les thèmes sont voisins, le traitement est totalement différent. Chez Poudovkine, le projet révolutionnaire est analysé, explicité, le spectateur étant amené peu à peu à s'identifier au sort d'un individu, à faire son parcours avec lui. Chez Eisenstein, le héros n'est pas une mère, ou un fils : ce sont les masses, personnage collectif et anonyme. Alors que Poudovkine utilise un cas individuel pour faire sentir une situation, Eisenstein reconstruit une situation pour rendre intelligible l'état de la Russie, et le caractère inéluctable des conflits qui s'y développent. Le premier est un poète, le second un historien.

Poudovkine a expliqué qu'il a composé ses scènes tantôt selon un naturalisme exagéré (la beuverie à la taverne par exemple), tantôt en s'inspirant de la peinture classique (la visite des soldats, le tribunal, etc.). En vérité, Poudovkine n'est pas un théoricien, tel Eisenstein, et il est assez court dans l'analyse de son travail d'artiste : il utilise néanmoins avec un savoir-faire consommé la contre-plongée pour sublimer ses personnages, et la plongée pour traduire leur état de soumission. Il a su imaginer des scènes que seule la psychanalyse a su expliciter, telle celle où un gardien noie un cafard qui s'efforce de sortir de la platée de bouillie : cela montre qu'il n'y aura pas d'évasion possible pour le fils, mais qu'il mourra dans les bras de sa mère (symbolisée par le lait). Cette symbolique simple et efficace a toujours fonctionné auprès du public populaire russe, qui a applaudi et apprécié Poudovkine alors qu'Eisenstein a séduit plutôt les intellectuels.

À la veille de la guerre, en 1939, la Mère était considéré par la critique comme un des dix chefs-d'œuvre du cinéma ; il l'est demeuré. Il faut seulement se méfier de la nouvelle sonorisation réalisée durant les années 1970, d'une orchestration trop clinquante, et préférer celle des années 1930.