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l'Homme au crâne rasé

De Man die zijn Haar Kort liet knippen

Drame d'André Delvaux, avec Senne Rouffaer (Govert Miereveld), Beata Tyskiewicz (Fran), Hector Camerlynck (le professeur Mato), Paul Jongers (son assistant), Luc Philips (l'échevin), François Bernard (le juge Brantink).

  • Scénario : Anna de Pagter, André Delvaux, d'après le roman de Johan Daisne
  • Photographie : Ghislain Cloquet
  • Décor : Jean-Claude Maes
  • Musique : Freddy Devreese
  • Montage : Suzanne Baron, R. Delferrière
  • Production : Télévision belge (B.R.T.)
  • Pays : Belgique
  • Date de sortie : 1966
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 34

Résumé

Même si l'intrigue de l'Homme au crâne rasé pouvait être cernée et facilement narrée de manière linéaire, il serait recommandé de se dispenser de le faire, pour préserver l'aura de cette œuvre parfaite, dans la perception et l'interprétation de laquelle on est invité à pénétrer par de multiples entrées, sans qu'une signification ne puisse, ni ne doive, être préférée à une autre, tant l'unité et la richesse de l'ensemble dépendent de l'addition des plans, des hypothèses, des échos que les situations, les symboles, les thèmes tissent entre eux.

Govert Miereveld, petit homme gauche, solitaire, passif qui apparaît d'emblée comme l'incarnation de l'anonymat poursuit-il une quête qui serait une parabole de la condition humaine ? Le monde qu'il perçoit, et que nous percevons par le truchement de son regard, est-il le monde réel ou bien est-il déformé par son imaginaire qui pourrait être aussi sa folie, le film devenant alors la description clinique d'une schizophrénie ? À moins qu'il ne s'agisse d'un rêve ?

Commentaire

Une architecture de symétries et d'échos

Aucun indice ne permet d'opter de façon décisive pour l'un ou l'autre des schémas et cette incertitude, loin de rendre l'œuvre confuse, est au contraire le gage de sa réussite esthétique. La beauté qui sourd de ce récit constamment déroutant tient dans une architecture savante qui organise un jeu d'échos, de symétries entre les éléments qui se soutiennent et se répondent mutuellement, ainsi que dans le glissement permanent du réel au surréel, du vécu au rêvé, du rationnel à l'irrationnel, de l'objectif au subjectif. Le contraste et la métamorphose dominent l'esthétique du film : la représentation de la mort succède à celle de la beauté, dont elle va ensuite précéder le meurtre, l'horreur de la mort devenant fascination. De la même façon, le bonheur se transforme en angoisse.

L'Homme au crâne rasé, œuvre cinématographique achevée, dont André Delvaux ne parviendra jamais à produire d'équivalent par la suite, s'inscrit aussi dans une filiation artistique qui a ses correspondants dans la littérature et la peinture ; celle de Magritte, notamment, mais aussi de Paul Delvaux, le surréaliste homonyme du cinéaste. Précision de la photographie, attention maniaque portée à la description des objets, placés successivement sous des éclairages différents qui en modifient la signification et invitent même à douter de leur réalité, sont les assises réalistes qui permettent ensuite au cinéaste de mieux conduire le spectateur dans un univers fantastique, où le mystère est d'autant plus crédible qu'il sourd du réel quotidien, où l'abstrait se dégage du concret sans solution de continuité apparente.

Surtout – et c'est en cela que l'art de Delvaux relève bien de la grande famille de pensée et de sensibilité qui unit le romantisme anglo-saxon au surréalisme – le film, au fur et à mesure de son déroulement, place le spectateur qui a bien voulu entrer dans le jeu et perdre pied à ce point nodal de la perception où le réel devient surréel, où le rêve devient expérience supérieure de la réalité.