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l'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat

Vue de Louis Lumière, avec Louis Lumière et des inconnus.

  • Production : Société Lumière
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1895
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 50 secondes

Résumé

L'Arrivée d'un train a été pris sur le quai de la gare de La Ciotat. L'opérateur fait face aux rails, en cadrage oblique avec point de fuite vers le fond droite. La voie est d'abord vide. Un bagagiste s'avance vers la caméra ; des voyageurs endimanchés attendent. Puis, la locomotive apparaît au fond du champ et semble foncer vers le spectateur. Elle file à gauche de l'écran, au premier plan. Le train s'arrête. Mme Lumière mère et deux enfants habillés de blanc, debout sur le quai en amorce droite entourés de plusieurs personnes en ligne, se dirigent vers les wagons, dont les portières s'ouvrent. La foule des voyageurs descendus du train emplit le quai. Certains regardent avec curiosité l'appareil et s'en approchent, occupant parfois, à mi-corps, la plus grande partie de l'écran sans que l'image devienne floue. Un jeune paysan, avec un chapeau et un baluchon, traverse deux fois le champ. Les portières se referment. Le train va repartir.

Commentaire

La création d'un espace imaginaire

Il ne s'agit pas du premier film Lumière. Lumière a d'abord impressionné la célèbre Sortie des usines en août 1894, puis deux autres versions de la même vue en mars et juin 1895. Mais l'Arrivée d'un train était l'un des clous du spectacle du 28 décembre 1895 au Grand Café, avec l'Arroseur arrosé. Lumière a filmé plusieurs arrivées d'un train en gare : Arrivée d'un train à La Ciotat (n° 653 au catalogue Lumière), Arrivée d'un train en gare (n° 8), filmé, d'après Vincent Pinel, de l'autre côté du quai.

C'est évidemment la locomotive paraissant foncer sur les spectateurs qui fit le succès du film. Mais cet effet de profondeur provoqué par le mouvement vers le premier plan et l'effet de sidération psychologique ont été considérablement amplifiés par la légende critique ultérieure. Outre la profondeur de champ, les nuages de vapeur dégagés par la locomotive, emplissant pendant quelques secondes tout le champ, contribuent fortement à la production d'un espace imaginaire en trois dimensions.

Lumière a su, d'autre part, parfaitement maîtriser le contraste entre le champ initialement vide puis rapidement rempli par la foule. Ce mouvement produit à lui seul une forte présence du hors champ, puisque les personnages ne cessent d'entrer et de sortir du cadre.

La trajectoire de la locomotive, comme celle des personnages, permet de jouer sur l'ensemble des échelles de plan, du très grand ensemble jusqu'au très gros plan en amorce. André Bazin a pu, par la suite, faire de cette vue l'étalon de référence de la mise en scène en profondeur de champ, et de Lumière, le père du cinéma réaliste français.

Jean-Luc Godard, qui voyait en Lumière « l'un des derniers peintres impressionnistes », s'est amusé à citer parodiquement cette entrée en gare dans une séquence des Carabiniers ; son personnage de paysan plutôt niais se protège évidemment le visage lorsque la locomotive fonce vers lui…