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l'Arbre aux sabots

L'albero degli zoccoli

Drame d'Ermanno Olmi, avec des paysans bergamasques.

  • Scénario : Ermanno Olmi
  • Photographie : E. Olmi, Enrico Tovaglieri, Franco Gambarana
  • Costumes : Francesca Zucchelli
  • Musique : Jean-Sébastien Bach
  • Montage : E. Olmi
  • Production : R.A.I. et G.P.C.
  • Pays : Italie
  • Date de sortie : 1978
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 50
  • Prix : Palme d'or, Cannes 1978

Résumé

Une grande ferme dans la plaine du pays bergamasque, entre l'automne 1897 et l'été 1898. Quatre familles y vivent, partageant joies et peines de tous les jours. Une ferveur muette soude tous les membres de cette communauté dont la vie s'écoule au rythme des saisons, des travaux des champs, des veillées et des rosaires, du cochon qu'on tue à Noël et des fêtes de printemps au village. Tous sont soumis à l'autorité du Maître, à qui tout appartient, à qui reviennent les deux tiers de la moisson. Voici Finard, madré et colérique, qui réussit à soutirer un peu de farine en plus contre sa récolte de maïs, et qui cachera en vain un louis d'or sous le sabot de sa jument. Voici la veuve Runk, lavandière, qui n'arrive pas à élever ses six petits et dont la vache sera miraculeusement guérie par l'eau bénite. Voici les Brena et leur fille Maddalena, courtisée par le modeste Stefano qui l'épousera au petit matin, et que tous accompagneront en silence au coche d'eau qui les emmène à Milan. Voici surtout les Batisti : le grand-père Anselmo qui fait pousser en secret ses tomates ; les parents, qui auront bientôt une nouvelle bouche à nourrir, et dont le petit Minek est le seul à aller à l'école, parce que le curé les a convaincus qu'il le fallait… Un jour, Minek rentre avec un sabot cassé, et son père travaillera toute la nuit en cachette pour lui en tailler un dans le bois d'un arbre appartenant au Maître. Lorsque l'intendant s'en avise, les Batisti sont chassés de la ferme. Derrière leurs fenêtres, leurs compagnons les regardent, atterrés, s'enfoncer dans la nuit.

Commentaire

Un film habité par la grâce

Olmi est tout entier dans ce film qu'il a porté en lui plus de vingt ans et qui est regardé presque unanimement comme une des œuvres majeures du cinéma mondial. Maître du voir et du sentir, il retranscrit ici des récits de sa grand-mère et des souvenirs d'enfance, et fait passer dans cette chronique des travaux et des jours d'une communauté paysanne une sublime leçon de vie, en même temps que de cinéma, à l'usage des temps présents. Un an de tournage, en décors réels et éclairages naturels, avec des paysans qui parlent leur dialecte, six mois de montage, un budget dérisoire pour un récit de trois heures : ce film hors norme est l'œuvre d'un éternel non-conformiste du cinéma, attaché avant tout à l'authenticité de l'expression et à la profondeur de signification.

Le monde paysan, ses rites et ses mythes, sa culture profondément religieuse, sont donnés à voir, comme de l'intérieur, dans une fidélité absolue à la vérité historique et à l'exactitude ethnographique. Poète de la matière, Olmi fait chanter les âmes simples avec une pureté toute biblique et trouve des accents virgiliens pour célébrer le travail, la piété et le destin des hommes. Le sens du mystère imprègne ce film plein d'enchantement, où la nature est constant sujet d'émerveillement et l'Histoire nécessairement sujet de stupeur. Le merveilleux se répand sur cette œuvre au lyrisme retenu et au réalisme magique, où rien n'est dit mais tout est donné pudiquement à sentir à travers le regard d'Olmi sur des regards, des visages et des gestes habités par la grâce, plus éloquents que tous les discours.

Ainsi à la fin, sans élever la voix ni brandir de poing rhétorique, Olmi nous rend-il l'arbitraire proprement intolérable.