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Voyage à Tokyo

Tōkyō monogatari

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Chronique familiale de Yasujiro Ozu, avec Chishu Ryu (Shukichi, le père), Chiyeko Higashiyama (Tomi, la mère), Setsuko Hara (Noriko, leur bru, veuve), Haruko Sugimura (Shige, leur fille, coiffeuse), So Yamamura (Koichi, leur fils, médecin), Kuniko Miyake (son épouse), Kyoko Kagawa (Kyoko, la fille cadette).

  • Scénario : Yasujiro Ozu, Kogo Noda
  • Photographie : Yushun Atsuda
  • Décor : Tatsuo Hamada
  • Musique : Saito Kojun
  • Montage : Hamamura Yoshiyasu
  • Production : Shōchiku
  • Pays : Japon
  • Date de sortie : 1953
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 h 20

Résumé

Un couple de provinciaux fait son premier voyage à Tokyo. Chez leur fils médecin, ils ne tardent pas à se sentir importuns. Quant à leur fille, revêche et cupide, elle les trouve gênants, et les confie aux soins de Noriko, leur bru, qui leur fait visiter la ville. Puis le frère et la sœur envoient leurs parents aux bains d'Atami, fort peu de leur âge, où la vieille dame a un malaise. Les voilà livrés à eux-mêmes pour une dernière nuit à Tokyo ! Le père la passe à boire avec des amis, tandis que la mère dort chez Noriko. Au retour, elle a une nouvelle attaque, dans le train. Après un bref séjour à Osaka, chez son fils cadet, elle meurt chez elle à Onomichi. La famille accourt, mais s'empresse de repartir, à l'exception de Noriko qui écoute le vieil homme et apaise Kyoko, la plus jeune des filles, avant de regagner la capitale.

Commentaire

Une beauté simple

Pince-sans-rire, Ozu voyait là « le plus mélodramatique » de ses films. Certes, la mort de la mère constitue une péripétie aléatoire, à laquelle s'associe un renversement du point de vue narratif, celui des enfants dominant désormais celui des parents, et le contraste est vif entre l'égoïsme de Shige et le dévouement de Noriko. Mais le dialogue use d'euphémisme ; la photo, grise, sacrifie le réalisme de l'espace à l'observation des personnes. La caméra demeure immobile, sauf en deux occasions : pour la visite de la ville, le paysage défile derrière les vitres de l'autocar ; lors de l'errance des deux vieillards revenus d'Atami, deux travellings se répondent, à gauche, puis à droite.

Cet art rigoureux met en relief les gestes : défaillance de Tomi, grâce des ménagères, altruisme de Noriko et Kyoko, qui sont les seules à éventer autrui. Tournés vers la caméra, les regards recèlent l'émotion ; refusés obstinément, souvent pour se diriger vers la gauche, ils suggèrent le vague de la mélancolie. Tout est filmé avec une exemplaire patience : on parlera avec Robin Wood de la « beauté de l'accentuation » et avec Hubert Niogret de « la constance du système » stylistique.

De la sérénité naît le pathétique : humour et gentillesse des parents, face à tant de refus ; humilité devant l'inévitable ; calme approche de la mort. De nouvelles familles défont la famille. Cela n'empêche pas la profondeur du sentiment, entre Tomi et Noriko par exemple, les deux seuls personnages qui aient un contact physique.

Présenté au Festival d'art du Japon, Voyage à Tokyo obtint par ailleurs le deuxième prix de la revue Kinema Jumpo. À partir de 1956, il fonda la renommée d'Ozu en Amérique et sortit à Paris en 1978.