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Salvatore Giuliano

Salvatore Giuliano

Film politique de Francesco Rosi, avec Frank Wolff (Gaspare Pisciotta), Salvo Randone (le président de la cour d'assises), Federico Zardi (l'avocat de Pisciotta), Pietro Cammarata (Salvatore Giuliano).

  • Scénario : Francesco Rosi, Suso Cecchi d'Amico, Enzo Provenzale, Franco Solinas
  • Photographie : Gianni Di Venanzo
  • Décor : Sergio Canevari, Carlo Egidi
  • Musique : Piero Piccioni
  • Montage : Mario Serandrei
  • Production : Franco Cristaldi et Lionello Santi (Lux-Vides-Galatea)
  • Pays : Italie
  • Date de sortie : 1961
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 47

Résumé

Montelepre, en Sicile, le 5 juillet 1950. Le « bandit bien-aimé » Salvatore Giuliano a été tué. Par qui ? La foule se rassemble, tandis que la police examine les lieux et que des journalistes glanent des renseignements. Plus tard, à Castelverano, la police enquête sur la mort du bandit, dont on apprend qu'il volait les riches au profit des pauvres. Dans le cimetière, la mère de Giuliano est mise en présence du cadavre de son fils. D'autres scènes encore, aussi fragmentées, elliptiques, précèdent le long procès de Viterbe, où l'on tentera de faire la lumière sur les circonstances de la disparition du bandit, sur les rôles respectifs tenus par ses lieutenants et, notamment, le premier d'entre eux Gaspare Pisciotta, sur la signification du phénomène Giuliano, sur la place de la maffia dans la Sicile de l'immédiat après-guerre, et ses liens avec les pouvoirs légaux.

Commentaire

L'apparition du film-dossier

Salvatore Giuliano fonde en même temps une méthode, celle du film-dossier, et un genre, le film politique, fréquemment adopté durant les années 1960-1970, qui connaîtra un développement exceptionnel en Italie, sans qu'aucun autre cinéaste, d'ailleurs, n'égale l'intelligence, la complexité, la profondeur des productions de Francesco Rosi.

Salvatore Giuliano contient en effet en germe les films à venir de Rosi, dont toute l'œuvre s'organise autour d'une réflexion sans cesse réitérée, approfondie, diversifiée, sur le pouvoir, la réalité de son exercice sous les apparences, en Italie d'abord, mais ensuite, de plus en plus largement, dans tout le monde méditerranéen et jusque dans la Colombie de Gabriel García Márquez (Chronique d'une mort annoncée, 1987). C'est sur la condition originale, marginale, réprouvée du « Mezzogiorno », étudiée à travers le phénomène de la maffia que se concentre Salvatore Giuliano, le contraire d'une biographie, puisque le rôle-titre n'y apparaît que comme un cadavre ou une silhouette dont on part et auxquels on revient inlassablement, dans une construction en spirale qui dévoile progressivement les forces économiques, sociales, politiques ayant suscité, manipulé, puis éliminé le phénomène.

Le film est construit autour de deux axes : le procès de Viterbe, où sont dévoilées les compromissions du pouvoir politique, administratif, judiciaire ; le cadavre de Giuliano, qui mobilise l'émotion du spectateur et lui montre les faits, dans le désordre, que l'enquête va relier et expliquer. D'une émotion suscitée autour du cadavre et du mythe de Giuliano, on va évoluer vers une analyse, que la construction savamment éclatée du récit tend à dédramatiser. On aurait tort, toutefois, d'imaginer que la méthode de Rosi consiste à juxtaposer cinéma d'émotion et cinéma documentaire. Salvatore Giuliano, film épique au sens brechtien du terme, possède une profonde unité stylistique, mais le style n'existe pas en soi : il a une raison fonctionnelle. Il est dicté par la réalité dont le film s'inspire. Héritier à parts égales des deux plus brillants représentants du néoréalisme, Visconti et Rossellini, Rosi préserve l'émotion, tout en la distanciant, pour laisser le champ libre à la réflexion.