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Rio Bravo

Rio Bravo

Western de Howard Hawks, avec John Wayne (John T. Chance), Dean Martin (Dude), Angie Dickinson (« Feathers »), Walter Brennan (Stumpy), Ricky Nelson (Colorado Ryam), Ward Bond (Pat Wheeler), John Russell (Nathan Burdette).

  • Scénario : Jules Furthman, Leigh Douglas Brackett, d'après une histoire de Barbara Hawks McCampbell
  • Photographie : Russell Harlan
  • Décor : Ralph S. Hurst
  • Musique : Dimitri Tiomkin
  • Montage : Folmar Blangsted
  • Production : H. Hawks (Warner)
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1959
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 21

Résumé

Un shérif arrête le frère de l'homme le plus puissant de la région. Il n'a pour alliés qu'un adjoint ivrogne, un vieillard boiteux, un blanc-bec, une joueuse de poker et un hôtelier mexicain, et contre lui une armée de tueurs.

Commentaire

Mieux que Pascal

Dans rédemption, il y a rachat, et salut. Mais aussi rançon. Or, Rio Bravo, western exégétique en ce sens qu'il concentre tous les cas de figure du genre à l'exception des Indiens, traite à la fois de la remise en selle d'un ivrogne et de la mise en cellule d'un assassin. Donc de la conscience, qui se rachète et se rançonne, comme chacun sait. Résultat : dans un décor (une rue, un bar, un hôtel, une prison, et, accessoirement, un corral) réduit à la dimension d'une scène – la scène de la tragédie antique –, Hawks, avec son élégance coutumière, soumet son film au Destin.

Le shérif est plus que le représentant de la loi, il est l'homme vieillissant qui ne voudrait plus pardonner, et son adjoint, l'ami déchu, finit par reprendre sa place, et son emploi, dans l'ordre naturel, à l'instar du fils égaré ou de la femme infidèle. Sauf que, chez Hawks, la femme ne trahit pas, puisque c'est toujours elle qui, en connaissance de cause, choisit le mâle. Et John Wayne, malgré son colt, ne pèse pas lourd en face d'Angie Dickinson, surtout quand elle porte guêpière.

Tout ceci pourtant, convenons-en, pourrait n'être que du cinéma scénarisé. De la tranche de vie. Du bon et solide ouvrage comme Hollywood sut longtemps en fournir. Mais Hawks, à l'inverse d'un Curtiz ou d'un Daves, point méprisables bien sûr, partage avec Hemingway le génie de calquer son style sur l'événement. Au lieu de se contenter de visualiser l'intrigue, il ruse avec elle, et lui ajoute ce sens qu'elle ne possédait pas sur le papier, comme si l'action naissait sous nos yeux. Il est difficile ensuite de gloser sur son savoir-faire, à moins de rabâcher des truismes (caméra à hauteur d'homme, morale en action), tant Hawks s'identifie à l'instant. Au souffle même de la vie, en quelque sorte.

Soudain, la nuit tombe sur l'Ouest, une brute ignoble jette dans un crachoir une pièce d'un dollar. La main tremblante de ce qui fut un homme va pour s'en emparer, mais Dieu le père, alias le shérif, ne le permet pas.

Ce pourrait être une Provinciale de Pascal, ce n'est qu'un western, un de ces divertissements qu'on ne fabrique plus. On n'y perd pas au change, d'autant qu'on y apprend aussi comment ne pas passer à côté de l'absolu.