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Peter Ibbetson

Peter Ibbetson

Drame romantique de Henry Hathaway, avec Gary Cooper (Peter Ibbetson), Ann Harding (Mary, duchesse de Towers), John Halliday (le duc de Towers), Ida Lupino (Agnes).

  • Scénario : Vincent Lawrence, Waldemar Young, Constance Collier, d'après George Du Maurier
  • Photographie : Charles Lang
  • Décor : Hans Dreier, Robert Usher
  • Musique : Ernst Toch
  • Montage : Stuart Heisler
  • Production : Paramount
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1935
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 28

Résumé

Camarades d'enfance, à Paris, Mary et Peter sont séparés lorsque la mère du petit garçon meurt. Ils se retrouvent, adultes, en Angleterre. Mary est devenue duchesse de Towers ; Peter, architecte, a été engagé par le duc. Entre les deux personnages, rapprochés par les souvenirs d'enfance, l'amour naît et suscite la jalousie du mari. Peter, en état de légitime défense, le tue. Il est condamné à la réclusion perpétuelle, mais partage avec Mary le même rêve télépathique qui permet aux amants de se rejoindre, défiant la séparation dans l'espace, le passage du temps et jusqu'à la mort.

Commentaire

La vie transfigurée

Peter Ibbetson doit son statut mythique à l'admiration des surréalistes. Cet enthousiasme est parfaitement justifié tant par l'argument du récit que par la magie propre du cinéma. Le thème de l'amour fou est présent dès le roman de Du Maurier, un amour sublimé, jamais consommé, qui remonte à l'enfance et se joue des barrières du temps et de l'espace. Proche du fantastique, le procédé de la télépathie est commun à Peter Ibbetson et plusieurs autres « drames romantiques », notamment l'Heure suprême de Borzage. À ce motif se rattache le personnage de l'aveugle qui « voit » la couleur des vagues dans une marine de Turner. Profondément romantique, en effet, est l'idée que l'esprit (ou plutôt l'âme) a autorité sur la matière. Le voyage dans le temps ou le télescopage de l'espace ne dépendent pas de techniques compliquées : ils sont un acte de foi. Loin de l'anarchie créatrice d'un Vigo, Peter Ibbetson appartient à la lignée académique dans laquelle s'inscriront aussi le Portrait de Jennie et Pandora. Les conventions du récit littéraire, telle la division en chapitres, sont perpétuées. La retenue du style met en valeur, par un effet de contrepoint, certains moments privilégiés. C'est ainsi que le premier « chapitre » se conclut par un long travelling arrière qui, combinant l'ornement rhétorique et le point de vue subjectif, rend la séparation des enfants vertigineusement « réelle » dans l'espace de la fiction. De même les séquences rêvées acquièrent-elles une force spécifique grâce à la nature même – à la fois concrète et fugitive – de l'image cinématographique. Si elles constituent un rêve à l'intérieur d'un rêve (celui de la projection du film dans une salle obscure), cette mise en abîme, loin d'en souligner le caractère précaire, leur confère un « être-là » équivalent. Il est juste, cependant, de préciser que si Gary Cooper est touchant dans son rôle d'architecte victorien, Ann Harding a quelque chose de pincé face à la vitalité cockney qu'incarne Ida Lupino.