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Passion

Essai de Jean-Luc Godard, avec Isabelle Huppert (Isabelle), Hanna Schygulla (Hanna), Michel Piccoli (Michel Boulard), Jerzy Radziwilowicz (Jerzy), Laszlo Szabo (Laszlo), Jean-François Stévenin (Jean-François), Patrick Bonnel, Sophie Loucachevsky, Barbara Tissier, Myriem Roussel.

  • Scénario : Jean-Luc Godard
  • Montage : J.-L. Godard
  • Photographie : Raoul Coutard
  • Décor : Serge Marzolff, Jean Bauer
  • Musique : Ravel, Mozart, Dvorak, Fauré, Beethoven
  • Production : Sara Films, Sonimage, Films A2, Films et Vidéo Productions et S.S.R.
  • Pays : France et Suisse
  • Date de sortie : 1982
  • Son : couleurs
  • Durée : 1 h 27

Résumé

Dans un village suisse, plusieurs personnes réunies par l'amour et (ou) le travail se croisent, cohabitent, et tentent de vivre (un peu) ensemble…

Jerzy est un cinéaste polonais qui n'arrive pas à trouver la bonne lumière pour éclairer sa superproduction (de cinéma ou de télévision, on ne sait pas), consacrée aux grands tableaux de la peinture occidentale. Isabelle est une ouvrière insatisfaite à l'usine où l'on ne comprend pas son amour du travail. La femme de son patron tient l'hôtel où est hébergée l'équipe du film. Jerzy oscille entre les deux femmes au beau milieu d'une production chaotique. Le film se termine et chacun rentre chez soi.

Commentaire

Unir l'amour et le travail

Contrairement à une idée reçue, il n'y a pas de peinture dans Passion. Les tableaux, vivants, reconstitutions de Delacroix, Goya, Rembrandt, Ingres, Watteau et le Greco renvoient avant tout au cinéma : que le rapport apparaisse plutôt clairement, comme l'indique la grosse machinerie de l'Entrée des croisés dans Constantinople, ou qu'il soit plus diffus dans le traitement de sujets isolés, c'est toujours le lien entre les pratiques qui importe – et s'exporte – pour un cinéaste avouant vouloir filmer « comme un peintre peint ».

Prime alors un rapport tout métaphorique à haut risque car il exige, tant de l'équipe de tournage que du spectateur, d'être ici et ailleurs, d'occuper les intervalles, de toujours faire deux choses à la fois, de se sentir en connaissance de comme. À ce prix, le désir peut éclore dans le transport des sens qui, sans effort, grâce à un élan prodigieux, abolit les distances infinies.

Couple majeur, véritable thèse de l'auteur qui en fait son « ars poetica in vivo », l'union de l'amour et du travail est le but du travail métaphorique. Les gestes d'Isabelle à l'usine ne diffèrent pas de ses postures amoureuses : son amour du travail la rend remarquable à Jerzy qui veut lui adjoindre le travail de l'amour. Un moment, la grâce aidant, il parvient à réunir les deux termes quand Jerzy et Hanna regardent une image façonnée en commun. Cette thèse est une des grandes obsessions de Godard. Arme tranchante, elle permet de stigmatiser le manque d'implication des acteurs et des techniciens et par là d'accabler le grand coupable (d'absence d'amour dans le travail) : la télévision. Dès les premiers plans, la radicalité de l'entreprise est revendiquée. La traînée blanche d'un avion dans l'azur indique d'emblée que la peinture est une trace de l'image à trouver avant toute histoire, tandis que la séquence désynchrone de la réunion syndicale dit avec une blanche ferveur la qualité d'écoute et de regard que le cinéma doit exiger.

Le respect de cet impératif fait de Passion le dernier – mais pas l'ultime – chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma.

À voir aussi : Scénario du film Passion, bande vidéo qui explicite de visu un des grands enjeux de Passion concernant l'histoire : celle-ci ne pouvant venir qu'après, il était logique que le scénario succédât au film.