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Padre padrone

Padre padrone

Comédie dramatique de Paolo et Vittorio Taviani, avec Saverio Marconi (Gavino Ledda), Omero Antonutti (son père), Marcella Michelangeli (sa mère), Stanko Molnar (Sebastiano).

  • Scénario : P. et V. Taviani, d'après le récit autobiographique de Gavino Ledda Educazione di un pastore
  • Photographie : Mario Masini
  • Musique : Egisto Macchi
  • Montage : Roberto Perpignani
  • Production : RAI
  • Pays : Italie
  • Date de sortie : 1977
  • Son : couleurs
  • Durée : 1 h 51
  • Prix : Palme d'or, Cannes 1977

Résumé

Né dans une pauvre famille de Sardaigne, analphabète, Gavino Ledda est normalement voué à rester un berger méprisé, enfermé dans son dialecte local, au service d'un père tyrannique qui le fait trimer, le rosse et lui refuse toute instruction. Mais le déclic se produit lorsque Gavino rencontre deux garçons qui lui vendent, contre deux agneaux du père, un vieil accordéon. C'est en travaillant cet instrument qu'il sent s'éveiller en lui le besoin d'une autre existence. Avide de sortir de sa condition, Gavino tente sans succès d'émigrer en Allemagne, puis se résout à se porter volontaire pour le service militaire : là, un compagnon d'uniforme l'aide à étudier les lettres classiques. De retour en Sardaigne, Gavino fréquente l'université tout en continuant de travailler pour son père, contre lequel cependant il finit par se rebeller. Libéré, Gavino deviendra diplômé de linguistique, mais retournera en Sardaigne assumer les racines de la culture.

Commentaire

Une histoire édifiante

Padre padrone est adapté de l'histoire vécue d'un berger sarde, Gavino Ledda. On voit d'ailleurs ce dernier apparaître au début, et transmettre symboliquement à l'acteur qui interprète son rôle son propre bâton de berger. L'histoire est donnée toute crue, sans « romance » (pas de partenaire féminine pour le jeune berger, pas de péripéties ni de retournements de situation), avec le talent de raconter que maîtrisent les auteurs du film.

Mais si on retrouve dans Padre padrone, qui fut le premier grand succès international du tandem Taviani, les thèmes politiques et sociaux déjà abordés dans leurs précédentes œuvres, comme Saint Michel avait un coq et Allonsanfan (l'utopie, la révolution, le mythe) ainsi que le même ton de fable à la fois solennelle et distanciée, ici, la nécessité d'être fidèle à un modèle contemporain semble avoir empêché les auteurs de délivrer un message aussi complexe et ambigu que d'habitude. On assiste à une histoire édifiante dont le dénouement ne fait pas de doute, et qui semble toute à la gloire des belles lettres… et de l'armée comme facteur de culture. Le rapport que les auteurs ont voulu établir entre la lutte du héros pour sa libération sociale et l'intérêt qu'en tant que membre d'une minorité linguistique il porte à la philologie, reste, dans le film, un peu théorique. En revanche, le film laisse une puissante impression à d'autres niveaux, notamment par l'âpreté et la violence sans concession des scènes entre fils et père. L'interprète de ce dernier rôle, Omero Antonutti, devait d'ailleurs continuer de hanter de sa figure patriarcale une bonne partie des films ultérieurs des Taviani.

Du point de vue stylistique, l'œuvre équilibre assez heureusement une sorte de raideur didactique et brechtienne (qui se ressent notamment dans l'emploi ironique et « contrapuntique » de la musique) et une volonté de simplicité épique, dans l'évocation des duretés de la vie pastorale. Les paysages de Sardaigne sont très bien filmés dans leur espace et leur nudité. À signaler que le film fut tourné en 16 mm pour la RAI, puis « gonflé » en 35 mm pour l'exploitation en salles.