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Mademoiselle Julie

Fröken Julie

Drame psychologique d'Alf Sjöberg, avec Anita Björk (Mademoiselle Julie), Ulf Palme (Jean), Anders Henrikson (le père), Märta Dorff (Kristin), Max von Sydow (Stogvartaren), Lissi Alandh (Bertha), Margareta Krook, Inga Gill, Åke Claesson, Inger Norberg, Jan Hagerman, Kurt-Olof Sundström.

  • Scénario : Alf Sjöberg, d'après la pièce d'August Strindberg
  • Photographie : Göran Strindberg
  • Décor : Bibi Lindström
  • Musique : Dag Wiren
  • Montage : Lennart Wallén
  • Production : Sandrew
  • Pays : Suède
  • Date de sortie : 1951
  • Durée : 1 h 28
  • Prix : Palme d'or ex aequo, Cannes 1951

Résumé

Le soir de la Saint-Jean, seule au château, la comtesse Julie rejoint les farandoles des paysans qui célèbrent la fête du solstice d'été. Jean, le valet de son père, l'invite à danser. Elle feint de s'abandonner, il resserre son étreinte, elle le repousse brutalement. Attirée par les soupirs et les rires d'un couple couché dans le foin, Mademoiselle Julie les observe avec volupté et désir. Excitée, elle retrouve Jean dans la cuisine, trinque avec lui et lui ordonne de s'agenouiller et d'embrasser une de ses bottines. Il s'exécute. Dans l'atmosphère chaude et magique d'une nuit d'été, ils échangent des confidences, s'adonnent aux jeux pervers d'attraction/répulsion jusqu'au moment où Mademoiselle Julie se donne au domestique. Le lendemain, ils veulent fuir, mais la distance sociale qui les sépare réapparaît. Le comte sonne la cuisine, réclame ses bottes et son café. Jean redevient servile et supplie Mademoiselle Julie de quitter les lieux. Elle rentre au château et, prise de panique à l'idée d'affronter son père, se tranche la gorge.

Commentaire

Un authentique classique

En 1888, quand Strindberg écrit Mademoiselle Julie, il note que « ce sujet va faire du bruit ». En effet, en Suède, aucun directeur de théâtre ne montera la pièce avant 1906. Au cinéma, la première adaptation paraît en 1912 signée d'August Falck, suivie en 1921 de celle de Félix Basch avec Asta Nielsen et Wilhem Dieterle. En 1947, l'Argentin Mario Soffici en fait une version sonorisée. Admirateur passionné du texte de Strindberg, Alf Sjöberg le met en scène au Théâtre Royal de Stockholm en 1949 et le porte à l'écran un an plus tard. Le film remporte la Palme d'or au festival de Cannes en 1951 à égalité avec Miracle à Milan de Vittorio De Sica, remettant ainsi à l'honneur le cinéma suédois.

Son succès est immense : à Paris, il reste quatre mois à l'affiche et au Japon bat tous les records de fréquentation car « en se tuant pour se laver de sa souillure », l'héroïne procède, selon Sjöberg, « comme les antiques samouraïs lorsqu'ils se soumettaient au code d'honneur du hara-kiri ». En France, redécouvert lors des Journées cinématographiques de Poitiers en 1970, le film fait une seconde carrière : son statut de « classique du cinéma » est acquis. On le revoit à la Cinémathèque et au gré des rétrospectives du cinéma suédois ou autres hommages à Alf Sjöberg, tel celui du 13e festival de La Rochelle en 1985.

Ici comme dans ses autres films, Alf Sjöberg montre l'attirance d'êtres de classes sociales opposées qui se cherchent, se prennent et se repoussent. Le présent de l'amour brutal et éphémère déclenche en eux la remontée des souvenirs d'enfance dont l'interférence, voire la fusion, exprime leur désarroi existentiel et la complexité de leur désir et de leur peur. L'élégance et l'invention de la mise en scène et de l'utilisation de l'espace donnent au drame de cette comtesse – non pas aux pieds nus, mais aux bottines étincelantes – une grande émotion. La modernité du discontinu narratif justifie que les flash-back de Mademoiselle Julie soient des morceaux d'anthologie du langage cinématographique.