Identifiez-vous ou Créez un compte

la Kermesse héroïque

Comédie historique de Jacques Feyder, avec Françoise Rosay (Cornelia), André Alerme (le bourgmestre), Jean Murat (le duc), Micheline Cheirel (Siska), Bernard Lancret (Jean Breughel), Louis Jouvet (le chapelain), Alfred Adam (le boucher).

  • Scénario : Charles Spaak et Jacques Feyder, d'après une idée de Ch. Spaak
  • Photographie : Harry Stradling
  • Décor : Lazare Meerson assisté d'Alexandre Trauner et Georges Wakhevitch
  • Musique : Louis Beydts
  • Montage : Jacques Brillouin
  • Production : Tobis
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1935
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 55
  • Prix : Grand Prix du cinéma français 1936 ; prix de la meilleure mise en scène, Venise 1936 ; Grand Prix du cinéma international des critiques japonais 1936 ; prix du meilleur film de l'année, New York 1936

Résumé

Une petite ville de Flandre au xvie siècle. On prépare la kermesse et un fastueux banquet chez le bourgmestre ; celui-ci promet sa fille à un boucher, bien qu'elle soit éprise du peintre Breughel. Alors qu'il se fait vertement tancer par son épouse Cornelia, favorable aux tourtereaux, on annonce l'arrivée des Espagnols. Terrifié, le bourgmestre préfère se faire passer pour mort ; au contraire, sa femme, assistée de toutes les dames de la cité, décide de recevoir en grande pompe les « occupants ». Toutes y gagnent d'agréables moments, au détriment de l'honneur conjugal. Femme d'affaires avisée, Cornelia en profite aussi pour marier sa fille sous l'autorité du duc d'Olivarès, et obtenir pour la ville un an d'exemption d'impôts.

Commentaire

Une truculente satire

Travail soigné d'« artisans » méticuleux, la Kermesse héroïque connaît un franc succès tant auprès du public que de la critique. Les décors précis et somptueux, l'interprétation des acteurs, bien servie par des répliques souvent cinglantes, sont plus admirés encore que le subtil montage en alternance. Les cadrages savants, le travail de la lumière qui dose les contrastes entre l'éclat des blancs et la fluidité des ombres évoquent, au moins autant que les thèmes traités, les maîtres flamands explicitement cités par un film qui saisit la sensualité de la nourriture, des étoffes, des gestes. Le plus intéressant est la réflexion, amorcée dans le dialogue, mise en évidence par la composition des plans, sur la « reproduction » du réel et sur la fonction de trompe-l'œil de la représentation.

C'est dans l'inversion des rôles et des situations que réside le comique de cette « farce » que revendique Feyder. Aux gros hommes vantards, couards et pantouflards s'opposent des femmes énergiques, sensibles et sensuelles. Tandis que la morgue et la brutalité espagnoles, qui provoquaient les fantasmes de terreur du bourgmestre, se muent en civilité et élégance symbolisées par la fourchette dont use le duc au festin. Dans ce « miroir » qui renverse le monde, tous peuvent s'entendre, comme le font, autour de leurs travaux d'aiguille, le lieutenant-brodeur et l'échevin-tricoteur.

Sifflé en Flandre, interdit par Goebbels en 1939, censuré de fait en France pendant la guerre, le film laisse en effet percer, sous la charge truculente et anodine, la critique de certaines valeurs admises. On sent, derrière la caricature traditionnelle des femmes qui portent la culotte, un féminisme réel, qui laisse le dernier mot à Françoise Rosay, la seule à être sensible et intelligente. Et surtout, au-delà de la satire d'une « collaboration » entre occupants et occupées, persiste la trace d'un pacifisme qui prône la nécessaire entente entre nations et la fonde sur une meilleure connaissance des us et coutumes de chacune.

Version allemande : Die Klugen Frauen, avec Françoise Rosay, Paul Hartmann, Will Dohm (1935).