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Hamlet

Hamlet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Tragédie filmée de Laurence Olivier, avec Laurence Olivier (Hamlet), Basil Sydney (le roi Claudius), Eileen Herlie (la reine Gertrude), Jean Simmons (Ophélie), Norman Wooland (Horatio), Felix Aylmer (Polonius), Stanley Holloway, Anthony Quayle, Peter Cushing.

  • Scénario : Alan Dent, d'après la pièce de William Shakespeare
  • Photographie : Desmond Dickinson
  • Décor : Carmen Dillon
  • Musique : sir William Walton
  • Montage : Helga Cranston
  • Production : Rank Two Cities Films
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Date de sortie : 1948
  • Durée : 2 h 25
  • Prix : Lion d'or, Venise 1948 ; Oscar du meilleur film 1948

Résumé

Le château d'Elseneur, en Norvège. Chaque nuit, les gardes sont terrifiés par l'apparition d'un spectre, celui du défunt roi. Ce dernier apprend à son fils, le jeune prince Hamlet, que son frère Claudius l'a assassiné lâchement afin de s'emparer du trône, avec la complicité de sa femme Gertrude. Hamlet est effondré par ces révélations. Très lié à sa mère, amoureux d'Ophélie, la fille du chambellan Polonius fidèle au roi, il hésite à faire justice. Au cours d'une représentation donnée à la cour par des baladins, les masques vont tomber : Hamlet tue par mégarde Polonius caché derrière une tenture, avant d'être lui-même tué en duel, Claudius est châtié, la reine s'empoisonne, Ophélie devient folle et se noie.

Commentaire

Le mariage réussi du théâtre et du cinéma

Le film suit d'assez près la trame de l'œuvre célèbre de Shakespeare, qui fut portée très tôt à l'écran : en France dès 1900 avec Sarah Bernhardt, en Grande-Bretagne en 1904, par Georges Méliès en 1907, par le Danois August Blom en 1910, etc. Laurence Olivier était tout désigné pour tourner la version de référence. Homme de théâtre (il débuta à Stratford-on-Avon), metteur en scène, acteur puis – à partir de 1944 – codirecteur de l'Old Vic Company, il a à son actif une carrière parallèle – prestigieuse – de comédien de cinéma (les Hauts de Hurlevent, Rebecca, Lady Hamilton, etc.). Sa première réalisation, Henry V (1944), témoignait déjà d'une grande maîtrise dans le domaine du théâtre filmé. Fidèle à la lettre autant qu'à l'esprit de son illustre modèle, Olivier y ajoute une dynamique très personnelle, fondée sur une bonne connaissance de l'écriture filmique. Il ne fait pas oublier le théâtre : il en multiplie les pouvoirs par ceux du cinéma. On pourra lui préférer l'approche d'un Orson Welles dans Macbeth, plus spontanée, plus chaleureuse, moins soumise aux exigences de la scène. Le débat reste ouvert.

À l'inverse de Henry V, où la couleur brillait de tous ses feux, Hamlet est tourné en noir et blanc, dans un décor quasi expressionniste ; le texte de la pièce a été élagué, l'arrivée finale de Fortimbras supprimée, les résonances « politiques » de l'œuvre cèdent le pas à un approfondissement psychanalytique du caractère d'Hamlet : c'est un velléitaire en proie à un fort complexe d'Œdipe. D'autre part, le réalisateur utilise toutes les ressources de la technique cinématographique (amples panoramiques balayant l'espace scénique). Il s'adjuge le rôle-titre, bien qu'il en ait passé l'âge. À ses côtés, Jean Simmons campe une Ophélie diaphane, sobre, émouvante. Le résultat est un mariage harmonieux théâtre-cinéma, particulièrement réussi dans la scène du duel et de l'affrontement entre Hamlet et sa mère.

Le film obtint un grand succès, commercial et critique. L'auteur complétera sa trilogie shakespearienne à l'écran en 1955 avec Richard III. Le résultat sera moins heureux, et franchement décevant quand il s'essaiera, en 1957, à la comédie romantique avec le Prince et la Danseuse. À l'évidence, Laurence Olivier n'a jamais pu se libérer du carcan shakespearien : c'est sa limite, mais aussi sa grandeur.