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Cléo de 5 à 7

Drame psychologique d'Agnès Varda, avec Corinne Marchand (Cléo), Loye Payen (Irma), Dominique Davray (Angèle), Jean Champion (le patron), Jean-Pierre Taste (le garçon), Lucienne Marchand (la conductrice de taxi), José-Luis de Villalonga (l'amant), Michel Legrand (Bob), Serge Korber (le Plumitif), Dorothée Blank (Dorothée), Antoine Bourseiller (Antoine), Robert Postec (le docteur).

  • Scénario : Agnès Varda
  • Photographie : Jean Rabier
  • Décor : Bernard Evein
  • Musique : Michel Legrand
  • Montage : Janine Verneau
  • Production : Georges de Beauregard et Carlo Ponti, Rome/Paris Films
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1962
  • Son : NB (avec la première séquence en couleurs)
  • Durée : 1 h 30

Résumé

Deux heures en fin d'après-midi, les aléas de Florence, alias Cléo, chanteuse en vogue. Une cartomancienne voit la Mort dans le tarot alors même qu'elle attend des résultats d'analyse. Cléo erre dans Paris, traîne dans les cafés de Montparnasse et rentre chez elle. Ses amis musiciens et son amant pressé ne parviennent pas à l'arracher à son angoisse. Avec son amie Dorothée, elle se promène en voiture et voit un petit film amusant au cinéma Delambre. Seule au parc Montsouris, elle rencontre Antoine, autre « mort en permission » qui doit rejoindre son régiment en Algérie. Vrai et drôle, Antoine sait égayer Cléo et lui permet d'affronter l'annonce des résultats.

Commentaire

Paris, la peur et l'amour

Phénomène parisien, la Nouvelle Vague l'est aussi d'une façon bien géographique : à la Rive droite des Cahiers du cinéma s'adjoint le groupe dit de « la Rive gauche » composé de personnalités attachantes qui ont pour nom Resnais, Demy ou Varda. Cléo de 5 à 7 est un véritable hymne « gauchiste » qui a pour centre la gare Montparnasse – celle d'avant la Tour – et pour bordure le parc Montsouris. Rarement Paris fut mieux filmé : si Michel Poiccard mettait un terme à sa carrière rue Campagne-Première, c'est Cléo qui nous fait sentir en un courant d'air les cafés d'Eustache, la capitale campagnarde de Rivette et cette évidence de Paris si chère à Rohmer. Varda sait d'ailleurs réunir les amis pour l'occasion, comme l'atteste un délicieux film dans le film où, en hommage au cinéma muet (mais non sans rapport avec la fiction), Jean-Luc Godard voit la vie en noir à cause de ses lunettes noires, mais peut retomber dans les bras d'Anna Karina après avoir déjoué le sort.

Sorti des temps héroïques, le cinéma est plutôt avare d'idées. Filmer en « pseudo temps réel » n'est d'ailleurs pas en soi une idée neuve (voir la Corde, par exemple), mais elle le devient quand le traitement est à la hauteur. Agnès la scénariste invente des chapitres : autant de points de vue strictement segmentés sur le malaise de l'héroïne ; Varda la photographe en profite pour faire le point, de minute en minute, en de somptueux pano-travellings. Mais pour qu'une idée soit, il ne suffit pas d'une adéquation technique – scénarique ou optique – avec son sujet, il faut encore qu'elle s'imprègne à la pellicule et que le trajet moral de l'héroïne soit le seul enjeu du pari.

Car l'essentiel concerne Cléo. Que la caméra de la documentariste s'attarde sur la ville ou sur le beau visage crispé de Corinne Marchand, que le pinceau de la moraliste fixe les faux amis en intérieur ou de bien proches inconnus dans le chatoiement du premier jour de l'été, une ombre domine le film. Non pas la Mort – ce n'est qu'une image en couleurs – mais plutôt la peur. La coquette Cléo se découvre peu à peu, l'enquête devient quête et quand la vérité telle quelle se dévoile, l'héroïne est prête. Nue face au tragique de l'existence, révélée par l'amour d'Antoine, Cléo n'a plus à s'inquiéter : elle n'a qu'à se soucier d'elle-même.