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intelligentsia

Ce mot, qui a trouvé sa fortune en Russie dans les années 1850, a servi à définir une élite éclairée face à l'État et à l'ensemble de la société. Issue du système d'éducation modernisé par Nicolas Ier, indifféremment noble ou roturière, nourrie par la découverte des philosophes et de la pensée européenne, elle émerge au moment de la crise d'autorité du régime tsariste et se développe sous Alexandre II, en réclamant un programme de réformes. Au début, la noblesse y domine en nombre, peu à peu rejointe par la classe des fonctionnaires, des fils de popes et des marchands (Bielinski, Tchernychevski, Dobrolioubov, Pissarev, Lavrov en font partie). Jusqu'à la révolution, l'intelligentsia évolue dans deux directions contraires : la récupération par la société et la définition de positions de plus en plus radicales.

En 1917, le problème déjà pressenti par Gorki de l'intégration des intellectuels à la société nouvelle se pose avec la réticence qu'ont certains artistes ou associations littéraires à s'engager. La littérature des années 1920 porte donc témoignage des inquiétudes de créateurs attachés à l'ordre ancien (Boulgakov), hostiles à la violence de classe (Pasternak), ou déchirés entre leur aspiration révolutionnaire et un individualisme foncier (Fedine, Malychkine, Oliecha) qu'un long combat permettra seul de surmonter (A. N. Tolstoï). Il est alors naturel que la « littérature d'édification » (1928) perçoive dans l'intellectuel indécis, héritier du libéral petit-bourgeois d'ancien régime (Gorki : Vie de Klim Samguine), un frein à l'élan des masses (Ehrenbourg), voire le suspecte de complicité consciente ou « objective » avec les ennemis de la révolution (Leonov), tout en lui offrant par la prise de conscience une possibilité de rachat (romans d'I. Guermane, drames d'Afinoguenov) : ainsi s'engage entre le créateur et la société un conflit, qu'atteste de façon voilée l'œuvre de Kaverine, et qui trouve une issue tragique dans la persécution et l'exclusion (Boulgakov : le Maître et Marguerite).

Absente en tant que telle de la littérature de guerre, l'intelligentsia réapparaît, à partir de 1954, dans des œuvres dénonçant, dans les milieux scientifiques (Doudintsev, Nikolaïeva, Granine, Kaverine) et artistiques (Ehrenbourg, Bondariev, V. Nekrassov, Tendriakov), la stérilisation de la création par la bureaucratie et le conformisme, tandis que des mémoires d'écrivains (Ehrenbourg, Paoustovski, Fedine, Berggolts) font revivre le climat complexe de la période 1917-1960, ou révèlent explicitement la répression (Soljenitsyne, Dombrovski). C'est alors que resurgissent des œuvres centrées spécifiquement sur les problèmes de la création (Paoustovski, Kataïev, Kaverine, Tendriakov), et que peut s'engager une réflexion sur la place de l'intellectuel dans la société soviétique, et sur l'embourgeoisement d'une intelligentsia nantie et institutionnalisée par la Constitution soviétique de 1977 comme « l'une des composantes de la base sociale » de l'URSS), plus soucieuse de confort matériel que de lucidité ou de création (Nekrassov, Trifonov, Baklanov).