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famine

(latin fames, faim)

Manque presque total de ressources alimentaires dans un pays, une région, aboutissant à la mort ou à la souffrance de la population.

Les famines existent au moins depuis les débuts de l'agriculture, à l'origine des fondements d'une société civilisée et stable. Cependant, on ne sait que très peu de choses sur la sévérité et la fréquence des famines passées. L'histoire est riche en allusions (la Bible ne mentionne pas moins de dix famines), mais l'inventaire est incomplet, et la quantification vague et superficielle.

Les causes naturelles

La sécheresse en est la cause la plus courante, mais les ouragans et les inondations peuvent être désastreux dans les régions côtières d'agriculture intensive. Historiquement, les sécheresses ont été le plus néfaste dans les régions très arides de l'Asie des moussons (sud de la Chine et nord de l'Inde), densément peuplées.

Dans les régions exposées à la sécheresse (Sahel – de récentes études réalisées montrent que le niveau des pluies de ces dernières années y est inférieur à celui du début du siècle –, Afrique australe, Australie, Arabie, Kazakhstan, désert de Gobi), et où parfois il tombe moins de 100 mm de précipitations par an, la pluie est un événement attendu par les agriculteurs et les éleveurs. Son retard ou son irrégularité sont à l'origine de mauvaises récoltes, voire, selon l'ampleur du phénomène, de l'anéantissement du cheptel et des réserves.

Les sécheresses viennent rompre l'équilibre, toujours précaire, entre production et alimentation.

À l'opposé, l'Asie méridionale est le domaine des moussons. La forte intensité des pluies entraîne des inondations comme celles qui, au Bangladesh, en 1974, causèrent d'immenses dégâts. En Chine, ce sont aussi des précipitations excessives qui ont fait déborder le Huanghe (« Fleuve Jaune ») en 1887, provoquant l'inondation des terres agricoles et la perte d'une grande quantité de vivres. En Europe, un refroidissement considérable des hivers ou la longue durée des pluies au printemps et en été ont constitué la principale cause des famines aux ixe et xe s. De la même façon, les pluies désastreuses du printemps et de l'été 1315 furent la cause principale des mauvaises récoltes sur l'Europe occidentale et de la grande famine qu'elle connut les années suivantes.

Les épidémies périodiques de maladies animales et végétales sont également à l'origine du phénomène de famine: le mildiou de la pomme de terre, par exemple, détruisit la majorité des cultures de l'Irlande au milieu du xixe s. La pomme de terre, tubercule d'origine sud-américaine introduit en Irlande au xviiie s., s'est révélée être une denrée idéale, si bien qu'à la fin du siècle elle représentait près de 80 % du régime calorique des paysans. Dû à un champignon, le mildiou est apparu trois fois entre 1840 et 1850, détruisant la majorité de la récolte malgré les efforts d'assistance. La population fut réduite de 25 % environ, 1,5 million de personnes ayant péri et presque autant ayant émigré.

L'invasion de ravageurs sur des surfaces importantes peut également avoir des conséquences désastreuses. En 1974, le Sahel fut touché par une immense colonie d'acridiens, formée pendant la première saison de pluies après une sécheresse de cinq ans: les récoltes de céréales perdues ont été évaluées à 350 000 t. D'autres phénomènes naturels, qui provoquent la modification de l'environnement, peuvent conduire à des destructions de récoltes (tremblements de terre, cyclones).

Les famines causées par les guerres

La guerre a depuis toujours été destructrice tant pour les plantes que pour les animaux: lors de la guerre du Viêt-nam, l'utilisation massive d'herbicides et de défoliants par les Américains a complètement détruit une importante partie du couvert végétal naturel du pays, hypothéquant ainsi les chances de son exploitation agricole. Les blocus et les sièges ont été responsables d'innombrables disettes et de centaines de milliers de morts, notamment au cours de la Seconde Guerre mondiale à Varsovie, aux Pays-Bas et en Grèce. La politique de la « terre brûlée », qui consiste à priver l'ennemi de ravitaillement par destruction des récoltes, est une des méthodes appliquées ; les pillages sont monnaie courante. Les populations menacées qui abandonnent leurs terres s'exposent à la famine : l'exemple le plus récent est celui de la Somalie en 1992, pays souffrant pourtant déjà de la sécheresse. Dans les pays où l'agriculture demeure la principale activité de la population et où une importante main-d'œuvre est nécessaire pour la conduite des travaux, les campagnes guerrières, qui mobilisent la plupart des actifs agricoles, sont aussi une cause de famines.

La limitation de l'approvisionnement en nourriture peut aussi être utilisée par des chefs d'État pour imposer leur volonté en temps de paix : la famine des populations de paysans ukrainiens, orchestrée par le gouvernement soviétique au début des années 1930, fut le résultat d'une politique impitoyable visant à forcer les paysans réticents à intégrer les fermes collectives.

Toutefois, les habitants d'une région ne souffrent pas tous de la même façon de la famine : quand la rareté de la nourriture, par exemple, fait monter les prix, les pauvres ne peuvent plus y accéder. La famine du Bangladesh, en 1943, a eu plusieurs causes : la conquête de la Birmanie par les Japonais, qui priva l'Inde d'une source traditionnelle d'excédents ; le déménagement des stocks de riz du Bangladesh, afin d'en interdire l'accès à un envahisseur potentiel ; une série d'ouragans qui avaient sérieusement endommagé la récolte principale de 1942 ; une prospérité sans précédent à Calcutta. L'association de ces différents facteurs a entraîné une multiplication du prix du riz par six. Ceux qui pouvaient trouver du travail en ville n'étaient affectés que faiblement, mais les prix n'étaient plus du tout à la portée des pauvres des zones rurales. Selon les estimations, entre 1,5 et 3 millions de personnes en sont mortes.

Vers la gestion des récoltes

La lutte contre les famines, toujours localisées, a bénéficié de l'amélioration des communications : si autrefois l'isolement de la plupart des communautés pouvait transformer une mauvaise récolte en une terrible calamité, aujourd'hui l'assistance peut être apportée rapidement malgré de grandes distances. Dans les sociétés disposant de moyens financiers, les vivres ont été acheminés facilement grâce au développement des transports.

Des réactions politiques divergentes

Au xviiie s., l'Espagne et la France ont pu adopter la politique de la « libre circulation des grains » afin d'équilibrer les stocks entre les régions excédentaires et les régions déficitaires. Par ailleurs, grâce à la construction d'un réseau ferré, l'Inde n'a pas subi de famines importantes entre 1900 et 1943. Et la famine survenue dans ce pays au milieu des années 1960, à la suite de mauvaises récoltes successives dues à l'absence de deux moussons, a été abrégée grâce à la rapidité de l'aide alimentaire, qui a fourni plus de 20 millions de tonnes de blé.

Malgré l'abondance actuelle de céréales et d'autres denrées qu'il est possible d'envoyer par avion dans les pays où la famine sévit, les situations politiques intérieures peuvent faire échouer les efforts d'assistance. En 1984 et 1985, les autorités éthiopiennes ont nié l'existence de la famine pendant plusieurs mois ; une fois la nécessité de l'aide reconnue et acceptée, le gouvernement a saisi et retenu les chargements destinés au Nord du pays parce qu'un mouvement séparatiste y combattait. Des fonctionnaires éthiopiens ont volé et revendu la majeure partie des denrées envoyées ; le reste s'est avarié avant d'atteindre les populations mourant de faim. Les arrangements pour l'acheminement de la nourriture fournie ont souvent échoué. Ce n'est que lorsque les victimes de la famine ont fui vers les camps de réfugiés qu'il est possible de les nourrir correctement.

La prévention

Il semble que la meilleure solution soit la prévention. De ce point de vue, les greniers d'État placés sous l'autorité directe du pharaon dans l'ancienne Égypte, ou de l'Église, dans l'Europe chrétienne, sont des exemples caractéristiques. Dans l'Égypte ancienne, par exemple, la production agricole était relativement équilibrée malgré les périodes de variation des crues du Nil, qui conditionnaient la valeur de cette production ; la situation alimentaire des habitants était satisfaisante grâce aux surplus mis en grenier en temps de bonne récolte. Les historiens enregistrent cependant des famines locales, comme celle dont témoigne la stèle découverte au niveau de la 1re cataracte du Nil et qui date d'environ 2 000 ans avant l'époque d'Abraham. Les famines sont devenues très graves quand s'est créé un déséquilibre entre une population urbaine demandeuse et une production rurale devenue insuffisante. La nécessité d'importer du blé s'est imposée à l'Égypte à partir du xe s. Des famines spectaculaires provoquèrent des troubles très graves au Caire, au xie s. : l'enrichissement des spéculateurs cotoyait la misère d'une population parfois contrainte de manger des rats. L'Afrique adopta la méthode de la « dispersion des risques », comme en témoignent les greniers éparpillés, que l'on rencontre encore. Quand les phénomènes météorologiques ont été à l'origine de famines touchant des localités de faible importance, l'aide mutuelle a été efficace pour tenir une ou deux années. Lors de famines climatiques, on a souvent enregistré des phénomènes de segmentation des villages tant que les terres libres étaient assez nombreuses.

Un problème mondial

Pour combattre la famine, l'organisation d'un système mondial de réserves alimentaires semble être une nécessité fondamentale, mais aucune structure de ce genre n'existe actuellement. L'Inde a eu la chance de voir coïncider sa crise de 1965-1967 avec l'existence d'importants excédents dans les plus grands pays exportateurs: si une crise semblable était survenue quelques années plus tard, le monde aurait eu plus de difficultés à répondre aux besoins d'aide et d'assistance de ce pays.

Le bond en avant qui a permis l'explosion de la productivité agricole et la multiplication des rendements n'a concerné qu'un nombre limité de cultures. L'équilibre génétique en a souffert, car les quinze principales cultures représentent plus de 75 % de l'apport calorique mondial actuel. Si des efforts ne sont pas entrepris pour maintenir l'équilibre naturel et biologique du monde végétal, de nouveaux parasites et maladies pourraient apparaître.

Les rendements des récoltes par unité de surface atteignent plusieurs fois les niveaux d'il y a seulement cinquante ans. De plus, le potentiel de gains supplémentaires de productivité des sols reste considérable, surtout dans les régions les plus pauvres. De vastes travaux d'irrigation dans ces régions ont réduit l'impact des précipitations irrégulières d'une année sur l'autre.

Au xxe s., le nombre exact de personnes décédées lors de famines reste inconnu en raison des difficultés à définir ce phénomène, mais surtout à cause de sa sporadicité. Les famines, essentiellement localisées en Afrique, sont déclenchées par la combinaison de plusieurs facteurs, qui conduisent à une situation critique: manque de réserves, arrêt des échanges, épuisement des ressources de l'environnement. Aujourd'hui, la Chine et l'Inde, devenues des pays exportateurs potentiels de céréales, sont parvenues à constituer des réserves importantes, bien qu'il reste à l'intérieur de l'Inde des zones où les populations souffrent de la faim. Si le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique a diminué de 20 millions depuis le début des années 1990, ceux-ci sont toujours 840 millions en 2002 et la situation dans les zones les plus sinistrées d'Afrique risque encore d'empirer dans les années à venir.