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corse

Langue parlée en Corse, dont les formes septentrionales sont proches du toscan et les formes méridionales proches des dialectes du sud de l'Italie.

LINGUISTIQUE

Les différences dialectales entre le Nord et le Sud n'empêchent pas l'intercompréhension, le fonds lexical étant commun et la syntaxe identique. Devenu le support de l'identité (« nationale » pour certains, « régionale » pour d'autres), le corse, exclu de l'enseignement et de tout usage public, a été à partir de 1920 l'objet de revendications d'ordre politique et culturel. Depuis 1974, il est considéré en France comme une « langue régionale ».

LITTÉRATURE

Le corse, sous ses divers parlers, ne représente jusqu'à la fin du xixe siècle que l'un des deux niveaux (celui, local et oral, de l'usage quotidien et familier) d'une langue dont l'autre niveau (celui, uniforme dans l'île, de l'expression soignée et de l'écrit sous toutes ses formes) est l'italien. C'est donc dans cette langue que sont rédigées les chroniques de Giovanni della Grossa (1388-1464), de Pier Antonio Monteggiani (1455-1536) et de Marcantonio Ceccaldi (1520-1560), regroupées en 1594 par Anton Pietro Filippini sous le titre de Histoire de Corse. En 1506, un autre chroniqueur qui signait Petrus Cyrnaeus avait écrit en latin (De rebus corsicis, connu seulement en 1738). Au xviie siècle, Bastia possède un foyer de lettrés, qui prend le nom de « Accademia dei Vagabondi » (1659) suivant les modes de la péninsule. Avec la révolution de Corse (1729-1769) apparaissent les théoriciens et les polémistes, notamment Giulio Matteo Natali (Mise au point concernant la guerre de Corse, 1736) et Don Gregorio Salvini (Justification de la révolution corse, 1758 et 1764). La littérature politique comporte aussi, outre les livraisons du périodique Ragguagli dell'Isola di Corsica (1762-1769) et la volumineuse correspondance de Pasquale Paoli que l'on ne commencera à publier qu'en 1846, les Mémoires concernant le roi Théodore 1732-1736, de Sebastiano Costa, œuvre inédite jusqu'en 1972. Après la conquête française paraîtront de vibrants libelles patriotiques (Sentiments des nationaux corses envers l'invasion de leur patrie, en 1771, et la Corse à ses enfants en 1777). La tradition toscanisante et classique se poursuit du xviiie au xixe siècle avec le Calvais Vincenzo Giubega (1761-1800), poète de l'amour et traducteur d'Ovide et de Catulle. À Bastia, Francesco Ottaviano Renucci (1767-1842), auteur d'une Histoire de Corse, et surtout Salvatore Viale entretiennent par leur enseignement une active vie littéraire, dans laquelle se distingue aussi Giovan Carlo Gregorj, historien et traducteur (1797-1852). L'éditeur Fabiani y publie les recueils de nouvelles historiques de Giovan Vito Grimaldi (1804-1863) et de Regolo Carlotti (1805-1878). Politiquement engagés, le bonapartiste Giuseppe Multedo (1810-1896) et le républicain Gian Paolo Borghetti (1816-1897) sont des poètes de langue italienne qu'inspirent les luttes du Risorgimento.

La littérature populaire

C'est à cette époque que, sous l'influence romantique venue de l'Europe du Nord à travers l'Italie, on cherche à «  découvrir » des textes en corse appartenant au patrimoine populaire. C'est ainsi que Viale publie en 1835 à Bastia, en un recueil non signé, les Ottave giocose de Guglielmo Guglielmi, trente-six huitains en corse toscanisé écrits en 1702 (en 1843 paraîtra un nouveau recueil augmenté, également anonyme et qui connaîtra plusieurs rééditions). Le séjour de l'écrivain italien Niccolò Tommaseo, réfugié politique dès 1838, qui consacrera à la Corse un volume entier de ses Chants populaires (1841), le bref passage de Prosper Mérimée (Notes d'un voyage en Corse, 1840) et de l'Allemand Gregorovius (Corse, 1854) révéleront à un large public les « lamenti » et « voceri », lamentations funèbres chantées par des femmes, en strophes de six octosyllabes ne rimant qu'aux vers pairs, dont l'usage s'est maintenu jusqu'au premier quart du xxe siècle. D'autres genres de cette littérature populaire sont, en prose : les « fole » (contes) et les « stalvatoghji » (petites histoires vraies), en vers : les « chjama e rispondi » appelés aussi « cuntrasti » (échanges dialogués, et prolongés en joute, de couplets improvisés), les « terzetti » et les « paghjelle » (tercets et distiques chantés). Bien que composés par des lettrés, Vers sur le personnage de Sagra de Ugo Peretti, Bartulumea de G. V. Grimaldi, le Prêche de la serpe de P. M de la Foata seront de même répandus par transmission orale. Pietro Lucciana, dit Vattelapesca (1832-1909), est l'auteur d'une quarantaine de comédies et de saynètes bastiaises dont l'une, À la campagne, est en 1888 la première œuvre en prose corse à connaître l'imprimerie.

La floraison dialectale

Santu Casanova (1850-1936), d'abord poète burlesque en italien, et  fondateur en 1896 du premier périodique rédigé en corse, La Tramontane, représente le chaînon reliant la dernière génération des écrivains insulaires de langue italienne aux auteurs modernes qui se diront « dialectaux » (Printemps corse, 1927 ; Fleurs de Cyrnos, recueil de vers, 1930). La littérature corse assume dès lors pour certains un aspect « national » et, pour d'autres, un caractère provincial et régionaliste. Elle sera illustrée en 1914 par les auteurs du recueil A Cispra, puis, entre les deux guerres mondiales, par ceux que font connaître l'Année Corse, anthologie annuelle, et A Muvra, journal doublé d'une maison d'édition qui fut l'organe du Partitu corsu d'azione (devenu en 1927 le Partitu autonomista). Animé surtout par les élites cultivées, A Muvra fut accusé de conservatisme. Les figures marquantes de cette époque sont les poètes Dominique-Antoine Versini, dit Maistrale (1872-1950), créateur de chansons à succès, l'abbé Dominique Carlotti , dit Martinu Appinzapalu (1877-1948), également conteur, et l'auteur-comédien Ghiannettu Notini  (1890-1980). En 1930, Sébastien Nicolai, dit Dalzeto, publie l'Anguille, premier roman en corse. Dans le même temps s'affirment de jeunes poètes issus de A Muvra, notamment Anton Francescu Filippini (1908-1985), reconnu comme le plus talentueux (Poésies, 1929 et 1931). Interrompue par la guerre (soupçonnée de collusion avec l'irrédentisme italien, A Muvra est interdit en 1939) ; la production reprendra avec la revue U Muntese (1955-1972), fondée et dirigée à Bastia par Petru Ciavatti.

La poussée « identitaire » et ses limites

Au cours des années 1970 et 1980, le mouvement revendicatif « identitaire » favorise l'affirmation d'une nouvelle génération de créateurs. Rinatu Coti (né en 1944), auteur fécond dans une langue riche, tour à tour narrateur, poète et auteur dramatique, en est le principal représentant. Ghjuvan Teramu Rocchi, poète de l'enfance, sait aussi être émouvant dans les genres et les rythmes traditionnels. La revue littéraire Rigiru (24 livraisons entre 1974 et 1986, date de sa disparition) eut l'intention, demeurée à ce stade, de donner à la langue et à la littérature corses une dimension nouvelle devant permettre, dit l'un de ses promoteurs, « d'emboîter le pas aux grandes langues de culture écrite qui ont contribué à forger la civilisation occidentale ». Enfin, dans le fertile domaine de la chanson, l'auteur-compositeur Jean-Paul Poletti sut associer harmonieusement tradition et renouveau (fondation en 1975 du groupe Canta u populu corsu, aux nombreux épigones). Les dernières années du xxe siècle ont vu la raréfaction des productions littéraires corses et celle des lecteurs, dues au délaissement de la langue dans la vie courante et à la perte de la référence à l'italien. Deux maux auxquels ni le chaotique enseignement des parlers de l'île, ni l'emploi d'un calque servile du français dans les médias audiovisuels ne sauraient évidemment remédier. Il va de soi que la survie de la littérature corse dépend d'un souci scrupuleux de préservation de la langue, ce qui, entre autres exigences, implique celle d'acquérir la connaissance de l'aire culturelle d'origine et d'en cultiver le commun héritage.