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Tintin

Personnage de bandes dessinées créé par Hergé en 1929 dans l'hebdomadaire belge le Petit Vingtième : jeune reporter à la houppette, il est accompagné de Milou, son fidèle fox-terrier.

L’acte de naissance

Jusqu’à Louis Forton et sa série les Pieds Nickelés (1908), la bande dessinée européenne est extrêmement marginale. Dans les années 1920, elle se contente de réutiliser les super-héros américains des comics, petites bandes dessinées qui font fureur dans la presse d’outre-Atlantique. Un modeste mais réel changement s’opère aux alentours des années 1930 avec la multiplication des journaux illustrés. C’est dans ce contexte que Tintin va apparaître. En novembre 1928, l’abbé Norbert Wallez, alors directeur du journal belge le xxe Siècle, crée un supplément hebdomadaire illustré destiné à la jeunesse : le Petit Vingtième. Il en confie la rédaction en chef à l’un de ses employés, Georges Remi, qui, à vingt et un ans, signe déjà ses dessins du pseudonyme d’Hergé. Ce dernier y met en images une bande dessinée scénarisée par un certain Smettini, les Aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet, tellement insipide que l’abbé Wallez propose à Hergé d’imaginer sa propre série, dont il serait lui-même à la fois le scénariste et l’illustrateur.

Reprenant son personnage de Totor (Totor C. P. des Hannetons), un chef scout qu’il avait dessiné en 1926 dans la revue le Boy-Scout (devenue un an plus tard le Boy-Scout belge), Hergé publie le 10 janvier 1929 dans le Petit Vingtième la première aventure de Tintin : les Aventures de Tintin, reporter du « Petit Vingtième » au pays des Soviets. Influencée par le pamphlet Moscou sans voiles (1928) écrit par Joseph Douillet – ancien consul de Belgique à Rostov-sur-le-Don et farouche détracteur du régime communiste –, la bande dessinée campe un jeune reporter, Tintin (Hergé est un inconditionnel d’Albert Londres) et son chien Milou, qui prennent un train devant les emmener vers Moscou. Traversant l’Europe, ils échappent à une série d’attentats fomentés par des bolcheviques. Œuvre mineure qui tient davantage du gag que du récit, elle constitue néanmoins l’acte de naissance du mythique personnage dont les aventures vont, au fil des décennies, faire la gloire de son créateur.

Un reporter sans frontières

D’emblée les aventures de Tintin rencontrent le succès. Au point que les responsables du xxe Siècle imaginent une petite mise en scène relevant du merchandising éditorial : Lucien Pepermans, un jeune garçon de quinze ans, est choisi pour jouer le rôle de Tintin. Le 8 mai 1930 à 16h08, vêtu à la russe et la houppette gominée, celui-ci débarque à la gare du Nord de Bruxelles comme s’il revenait réellement d’Union soviétique ! La foule curieuse l’accueille chaleureusement. Fort de cette popularité naissante, Wallez, abbé cultivé, polémiste et anti-conformiste, incite Hergé à persévérer. Il lui suggère d’envoyer ses héros en Afrique, décor idéal pour mettre en valeur l’action évangélique des missionnaires. C’est ainsi qu’en 1930-1931 Hergé signe les Aventures de Tintin, reporter du « Petit Vingtième », au Congo, qui donne une vision naïve de l’Afrique et reflète l’esprit paternaliste de la Belgique colonialiste.

Les histoires suivantes confirmeront cette tendance à chercher l’aventure par-delà les mers : on retrouve bientôt Tintin et Milou aux États-Unis (Tintin en Amérique, 1932), en Égypte (les Cigares du pharaon, 1934, qui marque l’entrée en scène des policiers X-33 et X-33 bis, bientôt connus sous le nom de Dupond et Dupont), en Chine (le Lotus bleu, 1936) ou encore en Amérique du Sud (l’Oreille cassée, 1937). En 1939, le Sceptre d’Ottokar conduit Tintin dans les territoires de Syldavie et de Bordurie, royaumes balkaniques imaginaires. Le reporter, qui rencontre à cette occasion la pittoresque diva Bianca Castafiore, lutte contre un certain Müsstler (Muss[olini] / [Hi]tler) pour déjouer un coup d’État de nature fasciste visant à renverser Muskar XII, le monarque « syldave » éclairé.

Le journal Tintin

La Seconde Guerre mondiale met un terme au xxe Siècle mais n’interrompt pas le travail d’Hergé. Sous l’occupation allemande, le Soir, l’un des seuls titres autorisés par les nazis, publie notamment le Crabe aux pinces d’or (d’octobre 1940 à octobre 1941) – dans lequel apparaît pour la première fois le capitaine Haddock, Archibald de son prénom –, l’Étoile mystérieuse (d’octobre 1941 à mai 1942), le Secret de la Licorne (de juin 1942 à janvier 1943) – où l’on découvre le serviteur Nestor et le célèbre château de Moulinsart, inspiré par le château français de Cheverny et anagramme du village belge de Sarmoulin –, le Trésor de Rackham le Rouge (de février à septembre 1943) – dans lequel le professeur Tryphon Tournesol fait sa première et mémorable apparition.

À la Libération, Hergé est tenu à l’écart des rédactions pour avoir publié durant cette période. Les nouveaux pouvoirs lui refusent le certificat de civisme nécessaire à la poursuite de sa carrière. Lorsque s’ouvre le procès des journalistes ayant collaboré au Soir, il n’est cependant pas au rang des accusés. À la même époque, Raymond Leblanc, résistant notoire dont il vient de faire la connaissance, lui confie son désir de fonder un journal pour enfants. Publiquement réhabilité par le procureur du roi, Hergé relève le défi.

Le 26 septembre 1946 paraît ainsi le premier numéro d’un nouveau magazine illustré pour la jeunesse, baptisé Tintin (1946-1993), qui utilise astucieusement la popularité du petit reporter en en faisant la vedette principale. Hergé, directeur artistique, est bientôt rejoint par un groupe de scénaristes et de dessinateurs, parmi lesquels Albert Uderzo (créateur d’Oumpapah), Jacques Martin (Alix) et Edgar Pierre Jacobs (Blake et Mortimer). Le rythme hebdomadaire de publication de Tintin pousse les dessinateurs à innover : Hergé invente le « suspense de bas de page » et peaufine ses scénarios jusqu’à en faire des modèles du genre. Très personnel, son dessin sobre, lisible, efficace – un style appelé ensuite « ligne claire » – devient la marque de fabrique de l’« école de Bruxelles ».

Tintin, superstar

Ainsi, malgré l’existence d’autres personnages (Quick et Flupke – 310 épisodes publiés entre 1930 et 1940 –, Popol et Virginie ou Jo, Zette et Joko) dans l’œuvre d’Hergé, c’est incontestablement celui de Tintin qui fit sa gloire. Une gloire due en partie à la mise en valeur de vertus comme l’amitié, le courage ou la défense des plus faibles, mais aussi à une distribution formidablement typée des faire-valoir de la série : Milou, le fidèle au cœur pur ; le capitaine Haddock, impulsif, coléreux mais généreux ; les Dupondt, duettistes rigolos ; la Castafiore, excentrique et capricieuse ; le professeur Tournesol, qui allie la science et le rêve, composent en effet une galerie de caractères contrastés qui forment une savoureuse comédie humaine.

L’intelligente utilisation des thèmes d’actualité explique également l’ampleur du succès. Le colonialisme dans Tintin au Congo (1931), l’impérialisme japonais dans le Lotus bleu (1936), la montée des totalitarismes dans le Sceptre d’Ottokar (1939), les tensions au Moyen-Orient dans Tintin au pays de l’or noir (1950), la guerre froide dans l’Affaire Tournesol (1956), l’avion supersonique long-courrier dans Vol 714 pour Sydney (1968), la guérilla en Amérique latine dans Tintin et les Picaros (1976) ont par exemple conféré à la production du dessinateur belge une portée universelle.

Les aventures de Tintin, souvent en résonance avec l'actualité, témoignent donc des bouleversements du xxe siècle. Visionnaire, Hergé orchestre même les premiers pas de l’homme sur la Lune dix-neuf ans avant les membres de l’expédition Apollo 11 : le 23 février 1950, l’hebdomadaire Tintin publie la première planche d’On a marché sur la Lune. Quelques années plus tard, les éditions Casterman scinderont l’histoire en deux volumes : Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954). Refusant de céder à la pure anticipation, Hergé s’était dès 1947 entouré de conseillers scientifiques de premier ordre (tel le Franco-russe Alexandre Ananoff, auteur de l’Astronautique en 1950) et avait consulté des revues de référence américaines afin de rendre vraisemblables les différents éléments du décor (couchette ergonomique, sas de la fusée, scaphandre spatial, char lunaire).

Un personnage irréel

Héros infaillible, invincible, sans aspérité, Tintin est, dans sa perfection même, un personnage presque abstrait. L’interjection « tintin ! » en français ne signifie-t-elle pas : rien du tout, n’y comptez pas, vous pouvez toujours attendre, toujours courir ? À la question « Quel âge a Tintin ? » posée par le journaliste Michel Daubert en 1970, Hergé répond d’ailleurs, évasif : « Pour moi, Tintin n’a pas vieilli. Quel âge je lui donne ? Je ne sais pas… Dix-sept ans ? À mon sens, il avait quatorze-quinze ans quand je l’ai créé, boy-scout, et il n’a pratiquement pas bougé. Mettons qu’il ait pris trois ou quatre ans en quarante ans… Bon, faisons une moyenne : quinze et quatre, dix-neuf. »

Personnage asexué (on ne connaît rien de ses amours, de ses vices, et l’on ignore même s’il en a eus), aseptisé (il est imberbe, ne fume pas, ne boit pas), Tintin semble peu à peu perdre au fil des albums son statut de vedette au profit d’un capitaine Haddock ou d’un Tryphon Tournesol. Il devient dès lors, comme l’écrit Benoît Peeters, « un héros en creux » (les Bijoux ravis, 1984). Seul un réel esprit de chevalerie hérité du scoutisme l’impose comme un redresseur de tort intrépide, un Don Quichotte des temps modernes. Et sans doute doit-il cette aptitude à tirer profit des énergies environnantes à sa neutralité, à sa vacuité, qui le rendent justement plus leste et ouvert qu’un héros trop puissant, trop marqué, incapable d’évolutions. « Loin d’être une faiblesse des “ Tintin ” […], remarque Benoît Peeters, cette nullité du protagoniste est au contraire l’atout majeur de la série et le secret de sa prodigieuse longévité. » De la transparence, en quelque sorte, comme un gage de « parfaite lisibilité » (Benoît Peeters, le Monde d’Hergé, 1983), comme si tout un chacun, jeune ou moins jeune, fille ou garçon, pouvait, en remplissant ce moule vide, s’identifier au héros et vivre d’incroyables aventures à travers lui.

Les vingt-quatre albums de Tintin

Les aventures de Tintin ont fait l’objet d’une publication en albums standardisés (64 pages en couleur) chez l’éditeur Louis-Robert Casterman, à partir de 1942. Cette année-là, Hergé fait la rencontre d’Edgar Pierre Jacobs, qui ne connaît pas Tintin. Dans l’obligation de procéder à une refonte en couleur de ses albums en noir en blanc, Hergé – dont le génie aura aussi été de s’entourer d’éminents collaborateurs – fait appel à Jacobs. Couleurs et décors, ce dernier reprendra Tintin au Congo, Tintin en Amérique, le Lotus bleu et le Sceptre d’Ottokar, auquel il donnera une dimension balkanique. Par ailleurs, il participera étroitement à la réalisation du Trésor de Rackham le Rouge, des Sept Boules de cristal et du Temple du soleil.
– Tintin au pays des Soviets (1930, intégré dans la série classique en 1999)
– Tintin au Congo (1931)
– Tintin en Amérique (1932)
– Les Cigares du pharaon (1934)
– Le Lotus bleu (1936)
– L’Oreille cassée (1937)
– L’Île Noire (1938)
– Le Sceptre d’Ottokar (1939)
– Le Crabe aux pinces d’or (1941)
– L’Étoile mystérieuse (1942)
– Le Secret de la Licorne (1943)
– Le Trésor de Rackham le Rouge (1944)
– Les Sept Boules de cristal (1948)
– Le Temple du soleil (1949)
– Tintin au pays de l’or noir (1950)
– Objectif Lune (1953)
– On a marché sur la Lune (1954)
– L’Affaire Tournesol (1956)
– Coke en stock (1958)
– Tintin au Tibet (1960)
– Les Bijoux de la Castafiore (1963)
– Vol 714 pour Sydney (1968)
– Tintin et les Picaros (1976)
– Tintin et l’Alph-Art (resté inachevé, publié à l’état d’archives en 1986, intégré dans la série classique en 2004).